David Jacob (aka Le Monocle)

David Jacob (aka Le Monocle)

LES ESSENTIELS DE DAVID JACOB (aka Le Monocle)

“Je me charge, j’étage, j’entasse méthodiquement, je jette un peu quand le classement vertical de mon tout, de mon rien vient à piquer du nez. Les objets sont ma mémoire, mes mains ou d’autres mains s’en saisissent et me les offrent, je les découvre, j’en use, je picore, j’y reviens, je les recommande, je les prête, oublie que je les ai prêtés. Alors, je les donne. Malestroit de Marcel Cohen, Armen de Jean-Pierre Abraham, Deux ans de vacances, Max Jacob, ce sont les terres bretonnes de l’enfance, la fascination pour la mer, pour les voyages que d’autres font à ma place, loin ou dans leur tête, et cette maison basse de l’ami de mon père dont la porte et la table se touchaient à chaque fois qu’on entrait ou sortait par le ressac des livres qui jonchaient le sol. 
Les mots m’accrochent parce qu’ils sont d’abord des musiques enfermées qui ne demandent qu’à éclater depuis la bouche du lecteur jusqu’à son oreille toujours occupée, sans repos, mais à qui nous pouvons tout demander. Il faut arrêter de lire avec les yeux sans la voix. Tout doit être dit. Dans Armen, Abraham alors gardien de phare écrit : “il faut courir. Sans cesse monter et redescendre les échelles. Descendre. Pousser les feux. Mais l’aube surgit.”

C’est armé de ces âmes que je me suis dit qu’il fallait que je mette de la clarté dans tout cela pour moi et pour ceux qui m’entourent, pour le fil sur lequel j’entraîne d’autres personnes qui n’ont souvent rien demandé. Alors, je me suis décalé. 

La musique m’accompagne depuis lors et il n’y a pas un jour où je ne chante pas. J’ai découvert Les Smiths au fond d’une église et je ne les ai plus quittés : pour la guitare, les mélodies, les paroles et les pochettes. Logiquement, je me suis procuré l’album vinyle puis plus tard le CD de Bradford sur les conseils toujours avisés et noctambules d’un Bernard Lenoir immanquable. Attention, il s’agit du pressage français de Midnight Music, un enregistrement tout particulier avec la voix captivante de Ian Hodgson. Je me rappelle du sticker rouge sur la pochette “Les Smiths et les Housemartins sont morts, vive Bradford !”. Ce presque “viva” qu’on avait retrouvé à l’époque sur le bleuté Viva Hate et le fameux Viva Dead Ponies des Fatima Mansions. 
Au début des années 90, tout se heurtait dans mon cerveau, je déchiffrais le Melody Maker, le Sound, je dévorais les Inrocks bimestriel et me délectais à chaque fois de cette formidable phrase d’attaque du magazine d’alors : “Trop de couleurs distrait le spectateur” signée Tati. Une époque merveilleuse de distance, de noir et blanc et de silence. 
Le CD du groupe angevin A Singer Must Die et celui de Tantely et Liva me ramènent à des soleils qui me sont tombés dessus alors que je n’étais que loin derrière ma lunette de guetteur. Ils m’ont proposé chacun à leur manière de contribuer à ces deux pépites avec quelques mots écrits et ma voix parlée pendant le concert de l’un, la pochette et le livret pour l’autre. Les bords de Loire sont propices aux trésors cachés avec en passerelle de ces deux productions, l’un des recueils du regretté et ami commun Jean-Louis Bergère : Jusqu’où serions-nous allés si la terre n’avait pas été ronde. La bonne question… 

À tout cela se catapultent et s’entrechoquent les œuvres de mes amis d’enfance, les frères de mes amis : Marc Lizano et ses bandes dessinées qui m’emmènent toujours aussi loin, les textes d’Eric Tessier, l’œuvre tout entière d’Olivier Mellano qui me relie aussi aux batteurs Régis Boulard et Gaël Desbois. 

J’y ai déposé des objets intimes comme ce carnet toujours à portée de mains et ce coquillage d’une âme sœur et un de mes petits livres La saison des puits. Ils constituent ma chambre d’échos. 

L’œuvre complète de John Fante me fascine comme elle touche des milliers d’autres personnes. Rien d’étonnant donc, sauf à dire que nous avons tous des raisons différentes de nous immerger dans ce bouillon. 

Un dimanche matin, certains connaissent l’histoire, j’ai longé le Canal Saint Martin. Et j’ai commencé là mes photos et à me dire que mes mots pouvaient prendre un peu le large, j’avais désormais l’eau comme fil conducteur. Je ne pars jamais sans appareil photographique et ceux qui m’accompagnent savent qu’ils vont devoir faire des haltes incongrues et gagner en patience. 
Le chasseur de reflets Etienne Orsini commet des livres aux nombreux visages, de cette eau et de cette lumière dont d’autres comme Anne Carter font œuvre encrée en quelques courbes et traits pour croquer ceux qui passent sans le savoir ou ne veulent pas le savoir.”

Quidam doux ou en colère, il faut garder l’œil offert…
Ce n’est pas un conseil, c’est un secret qu’il nous faudra toujours partager.

David Jacob (aka Le Monocle)
Juin 2022

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Le monocle de mon oncle.
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Xavier Hup

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LES ESSENTIELS DE XAVIER HUP

Le X : première lettre de mon prénom, je l’utilise également pour mon sobriquet lorsque j’officie derrière les platines vinyles (forcément) pour ambiancer les soirées. Etant un piètre danseur, je préfère faire danser les gens à l’instar du cuisinier qui prend du plaisir à concocter des plats pour les autres. Et si le cuisinier à son tablier, en tant que dj je prends soin de bien choisir mon tee-shirt (ici celui des Petsh’ sic) ou ma chemise, à fleurs de préférence. Je prends autant plaisir à être derrière les platines que derrière les fourneaux, et la gastronomie italienne (affiche des bons produits italiens) me fait le même effet que l’intro d’un morceau qui vient vous retourner le dance-floor : une délectation !
Cette lettre est également celle du groupe de super-héros le plus célèbre de l’univers Marvel, les X-Men dont Serval est mon personnage préféré. Et je dis bien Serval et non Wolverine, car gamin c’est bien sous cette appellation qu’il apparaissait dans les comics que j’achetais le dimanche à la sortie de la messe (éducation catholique de campagne oblige). Si on poursuit dans le 9ème art, on retrouve une dédicace réalisée par Julien Loïs, graphiste attitré du label Chinese Man Records.

Un ballon de basket, tout simplement pour représenter le sport que je pratique.

Le poste de radio : sans aucun doute c’est par ce média que tout a commencé. Il m’a permis de me forger une culture. Encore maintenant, j’aime à découvrir les radios locales pendant les vacances. Tout à commencer avec RTL et ces animateurs (Francis Zégut, Max Meynier,…) puis France Inter et Bernard Lenoir. Qui dit Lenoir, dit Les Inrockuptibles et sa période bénie de mensuel dans lesquels beaucoup ce sont forgés leurs références cinématographiques, musicales et littéraires citées autant par les artistes interviewés que par ces journalistes. 

Je ne vais pas rentrer dans le détail, mais certains artistes représentés ici (plus ou moins cachés) sont vraiment les fondements de mes goûts musicaux et pour certains d’entre eux correspondent aussi à une histoire d’amitié qui ne s’est jamais arrêtée. Pêle-mêle on retrouve outre les Pet Shop BoysNew OrderDominique A (dont le disque est posé sur la platine de droite), PJ HarveyThe Smiths, la BO de Twin Peaks (et donc David Lynch) ou dj Shadow.

En parlant d’amitié, il y a celle plus récente avec la bande du Mange Disque (allez jeter un oeil dans la rubrique “rencontres” de ce site) dont l’un d’entre eux, professeur en art graphique, réalise avec ces élèves des gigs posters (ici celui de Jean-Louis Murat). Les relations humaines n’est-ce pas là l’essentiel d’une vie ?

Pour finir on aperçoit Rachid Taha qui nous observe, et qui manque au paysage musical. Et comme le dit mon ultime essentiel, ma chérie qui partage mon quotidien et responsable de la mise en scène de la photo : “Rachid Taha ça s’écoute fort ou ça ne s’écoute pas !”

Xavier Hup
Avril 2022

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Marianne Vergé

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LES ESSENTIELS DE MARIANNE VERGÉ

Du thé, mais pas n’importe lequel : boire plusieurs tasses de thé m’est absolument indispensable le matin. Mes préférés sont le Earl Grey que l’on trouve chez Mariage Frères, au Palais des Thés, chez Bacquié à Toulouse ou encore à la Maison Arostéguy à Biarritz. Sur la photo, c’est le “Wedding Imperial” de Mariage Frères, un thé noir avec un parfum subtil de chocolat et de caramel. Enveloppant et réconfortant..

J’ai découvert la bière “IPA” lors d’un récent séjour à NY et j’en suis devenue accro. Je ne bois pas de vin, alors mes amis (ceux qui me connaissent bien !) ont la gentillesse de me réserver une petite bouteille de bière lorsqu’ils m’invitent à dîner.

Ce poste de radio lecteur CD me suit depuis mes années étudiantes, l’époque des premiers CD. Je ne me résous pas à m’en séparer. Le son est très bon et il a un lecteur K7 au cas où je voudrais un jour ré écouter celles que je n’ai pas jetées. J’écoute beaucoup la radio. J’adore qu’on me raconte des anecdotes sur des groupes et des chanteurs, comme le fait Michka Assayas sur France Inter. J’ai écouté bien sûr Bernard Lenoir pendant des années, et plus récemment, feu l’émission de Vincent Théval “Label Pop”.

Je ne suis pas fétichiste mais cette boîte vidée de ses biscuits corses contient les billets de tous les concerts que j’ai vus. Le plus ancien, c’est Elton John en 1984, le dernier en date c’est Grandaddy, un de mes groupes préférés.
Entre les deux, j’ai gardé comme tout le monde des souvenirs impérissables, entre autres The Cure à Toulouse en 1985, House of Love à Lille en 1993, Dominique A + Divine Comedy à Strasbourg en 1994, Radiohead à Rock en Seine en 2006…

Deux disques m’ont particulièrement marquée : “Aladdin Sane” de Bowie découvert vers 11 / 12 ans, un peu avant la déferlante “Let’s dance”. Bowie, c’est une histoire familiale. Je me suis rendue compte des années plus tard que c’était également le cas chez plusieurs amis. Il a été à une époque une sorte de fil conducteur dans mes amitiés. Bref, une star qui pour beaucoup d’entre nous est mêlée à l’histoire intime.
“Psychocandy” de Jesus & Mary Chain a été un autre de ces disques importants, ceux qui marquent le passage à une autre période de la vie (j’aurais pu citer aussi un disque des Smiths). L’écouter me procure aujourd’hui autant de frissons que lorsque j’avais à 16 ans.

Une assiette pour illustrer le pays basque où j’aime de plus en plus me rendre, où la “douceur de vivre” n’est pas un cliché. Tout y est beau, doux et agréable : les villages, les paysages de mer et de montagne, la cuisine, la météo, ses habitants… Il y a aussi un très bon cinéma à Biarritz, le Royal.

Cette boîte de bonbons est décorée avec une affiche ancienne de Soulac-Sur-mer (33780), une jolie station balnéaire du Médoc – c’est aussi une commune qui a connu un petit essor économique fin XIX° / début XX° – qui m’évoque des souvenirs d’enfance et d’adolescence lumineux. Une partie de ma famille y est née, y a vécu ou y vit encore. Hélas, je n’ai plus trop d’occasions d’y aller..

Mon tapis de Yoga. Cette discipline est pour moi essentielle, je la pratique depuis une vingtaine d’années. Le Yoga compte parmi ses innombrables bénéfices celui d’éveiller les sens… voir ci-dessus.

Marianne Vergé
Avril 2017

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Philippe Lavergne

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LES ESSENTIELS DE PHILIPPE LAVERGNE

Rickenbacker 330 Jetglo : ma première “vraie” guitare. Un rêve depuis que je passais des heures à dévorer du regard les pochettes des Jam et des Chords.
A mes côtés depuis 1985 mais je la redécouvre en quelque sorte aujourd’hui, comme une ancienne fiancée perdue de vue un long moment et que l’on rencontre à nouveau. Et, agréable surprise, elle est toujours aussi belle.

MacBookPro : sans ordinateur, pas de connexion avec la France, les amis, la famille, l’actualité. Ma fenêtre vers l’extérieur, ma vie américaine étant plutôt confinée. C’est aussi ma TV, mes archives, etc. Un outil devenu indispensable.

Fouet : outil de travail. Aucun rapport avec le métier que j’exerçais en France mais ma famille a toujours eu le goût pour les bonnes choses donc quand il fallu me lancer sur le marché du travail américain, cette solution s’est imposée d’elle-même. Bilan provisoire : la restauration est une profession de névrosés.

CDs : j’ai toujours besoin d’un support physique pour la musique que j’aime. Mais je ne fais pas partie des fêtichistes du vinyle, même si c’est un bel objet, surtout le 25 cm. L’instant où l’on insère l’objet dans le lecteur a toujours quelque chose de magique ou de sacré. J’ai laissé mes vinyles chez mon ami Jérôme Mestre et j’espère qu’il pourra leur donner une deuxième vie. Ici, une très petite sélection de mes groupes chéris : Orange Juice (indispensable intégrale) et The Jam (mes deux LPs favoris). Cette semaine, mes groupes préférés sont Light Fantastic et Ablebody, des Californiens.

Tableau : mon regretté père était peintre à ses heures (et graphiste de profession). Ma région natale, le Roussillon, était sa principale source d’inspiration. J’y pense souvent. Quand je m’y rendais en train, j’avais des frissons au moment de passer les Corbières, cette quasi frontière naturelle entre l’Aude et le Roussillon.

Echarpe du PSG : Paris la ville a toujours exercé une fascination pour le Perpignanais que j’étais. Mes parents s’y sont rencontrés et mariés, mais je n’y suis allé que quatre fois (dont une fois pour voir le premier concert français du Style Council au Palace) avant de m’y installer pour de bon, en 1989. J’ai mis du temps à aimer le foot, qui ne me l’a jamais rendu, et c’est le PSG que j’ai choisi après que feue ma mère nous ait acheté le maillot Le Coq Sportif/RTL chez Just Fontaine à Toulouse. Me rendre au Parc est l’une des choses qui me manquent de ma vie française (l’excitation en sortant du métro, les frissons en se rapprochant du stade). Mais aussi les barquettes au marron, les quenelles, le boudin blanc, le confit de canard, les pommes dauphine et les merguez.

Album photo : mes frères et moi le lendemain de Noël. Je dois avoir 7 ans sur celle-ci. Un signe que j’allais finir aux USA : je porte une panoplie de cow-boy. Ils ont été essentiels à l’acquisition de ma culture musicale. Sans eux, pas de disques importés d’Angleterre, pas de NME, pas de Bernard Lenoir. Je leur dois beaucoup. La famille a toujours été quelque chose d’important pour moi. Être loin d’eux et des amis est difficile à vivre. Nous ne sommes pas vraiment bavards mais la musique et le foot ont toujours été comme un langage entre nous.

Livres : depuis quelque temps je lis essentiellement des biographies de groupes, mais aussi des auteurs tels que Colin MacInnes, Alan Sillitoe, Arto Paasilinna, Tim O’Brien ou Nick Flynn. Je suis plutôt obsédé par les Smiths en ce moment. Cela devrait se ressentir dans mon projet d’album avec le fameux Jarvis Platini.

Carton : j’ai déménagé 22 fois dans mon existence, donc les cartons ont une importance majeure. Ma maison en est encore remplie, au cas où je doive encore bouger. J’aimerais me fixer quelque part mais il est important d’être réactif.

Philippe Lavergne
Octobre 2016

 


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Pierre Lemarchand

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LES ESSENTIELS DE PIERRE LEMARCHAND

Mon Enregistreur Zoom H2
Il a bientôt dix ans, il y a certainement bien mieux, mais j’y suis attaché ! C’est avec ce micro que j’enregistre toutes les voix de mon émission de radio, Eldorado, que je réalise ensuite seul à la maison. Je « fais » de la radio depuis douze années à présent, et depuis deux saisons c’est Eldorado qui incarne cette passion. Conçue dans la solitude, donc, elle parvient à trouver le chemin des auditeurs, qui me font parfois le plaisir de me faire signe. C’est étrange la radio, car elle nous situe à la confluence de l’unique et du multiple, de la solitude et de la multitude. Les auditeurs me confient avoir un rapport intime et rituel à cette émission, et cela me touche infiniment. Au travail, en contemplant la mer, en sirotant un café dans un bar, dans un hamac, en voiture, en train, en randonnée, au fond de son lit, sous les frondaisons, à la nuit tombée ou au petit matin : Eldorado a su se nicher dans les plis des vies de tas de gens. C’est un cadeau immense.

Ma Radio Tivoli
Je « fais » de la radio, donc, mais j’en écoute aussi énormément, et depuis toujours, me semble-t-il ! Il y eut les soirées en compagnie de Bernard Lenoir sur France Inter bien sûr (j’avais 16 ans quand j’ai découvert « C’est Lenoir »), qui ont cimenté mes attachements pour la radio et la musique. Aujourd’hui, « L’humeur vagabonde », « Les pieds sur terre », « Label Pop » ( pour n’en citer que trois) savent me consoler de tout.

To my son de Walt Dickerson Trio
Le jazz a été très important dans ma vie. Si j’ai aujourd’hui avec lui des rapports moins obsessionnels, cet amour demeure. J’ai choisi ce disque, j’aurais pu en choisir tant d’autres… (John Coltrane, Don Cherry, Charlie Haden, Charles Mingus, Thelonious Monk…). J’aime intensément cette musique et pendant 10 années, j’ai nourri cette passion dans ma première émission de radio, Jazz A Part, qui a enfanté un festival du même nom dans ma ville, Rouen. Pendant 10 ans, chaque vendredi soir à 20h00, je me suis rendu dans le petit studio de la radio HDR, sise dans un quartier populaire de Rouen, sur les hauteurs de la ville, et ai passé ces disques qui me bouleversent tant. Je me souviens d’une nuit magique, où j’étais absolument seul dans la radio, et regardais les flocons de neige tomber au rythme du « My Funny Valentine » de Miles. Pendant 10 ans, j’ai entamé chaque émission avec le même générique, les 40 première secondes du morceau « You can » du disque To my son du vibraphoniste Walt Dickerson. Dès la première note de ce morceau, une douce nostalgie m’étreint…

De beaux lendemains de Russel Banks
Depuis longtemps, je lis les auteurs américains. Ca a commencé avec Steinbeck (ma première grande émotion littéraire, ce doit être Le poney rouge), Caldwell, Hemingway. Puis vite, Faulkner, Paul Auster, John Fante et Jim Harrison. Tant d’autres ont suivi ! Je ne lis pas que de la littérature américaine, mais c’est incontestablement celle qui me touche le plus. On y parle si bien de la grandeur des vies modestes. Et puis il y eut la lecture de De beaux lendemains de Russel Banks, qui demeure aujourd’hui mon plus grand choc littéraire. J’avais vingt ans et des poussières. Ca m’a marqué à jamais.

Paris, Texas de Wim Wenders
C’est certainement un des films que je préfère… Je l’ai revu tant de fois, toujours avec le même plaisir, le même émerveillement, le même trouble. Il y a les grands espaces, leur photogénie, et le mystère intime des personnages. Il y a la musique de Ry Cooder bien-sûr, et puis la mélancolie qui se dégage du film… Je me souviens que la première fois que j’ai vu ce film, ce n’était pas au cinéma mais chez moi, sur le téléviseur familial. Je devais avoir 14 ans, 15 à tout casser. Le samedi midi, mon père venait parfois me chercher en voiture à la sortie du lycée (je prenais sinon toujours le car) et alors nous passions par le magasin de location de cassettes vidéos. Ainsi, nous avons un jour jeté notre dévolu sur ce film au titre étrange, et à la jaquette ornée d’un homme à casquette rouge marchant seul sur une voix ferrée…

Un de mes carnets et un de mes stylos / Une photographie de Karen Dalton
C’est la musique qui m’a mené à l’écriture. J’ai tout d’abord écrit pour le webzine « Le son du grisli », et j’écris aujourd’hui pour le magazine DIY « Equilibre Fragile » que mon ami Thierry Jourdain a créé. Ecrire, c’est donc pour moi, en premier lieu, rendre hommage, essayer de retranscrire des émotions, et susciter l’envie. En mars 2016 a paru mon premier livre, consacré à la chanteuse folk, disparue, Karen Dalton… Je ne pourrais jamais assez la remercier : c’est elle qui m’a conduit sur ce chemin périlleux et solitaire qu’est l’écriture d’un livre, c’est sa musique qui m’en a donné la force. Ce petit cadre, enfermant une photographie de Karen prise par Elliott Landy (le photographe du festival de Woodstock), cette même photographie qui orne la pochette de mon livre, Karen Dalton, le souvenir des montagnes, incarne la reconnaissance que je porte à cette immense artiste, ainsi que le lien – forcément – très fort qui m’unit à elle.

Ma statuette de Shiva
Pendant plus de dix années, j’ai travaillé dans une association humanitaire, qui lie actions de solidarité en France comme à l’étranger, le Secours populaire. Ce furent des années intenses, d’une richesse inouïe. Il y eut des moments durs bien sûr, mais c’était un privilège pour moi que de me dire que je pouvais, à mon niveau, « agir » sur le cours des choses. Je me sentais connecté, assez intimement, au pouls de notre monde… Pour éviter l’usure, pour libérer du temps aussi (pour être père!), j’ai changé de voie… Mais ces années là comptent encore aujourd’hui beaucoup pour moi, et ont fondé la personne que je suis aujourd’hui. Cette petite figurine de Shiva me fut offerte en 2006 lorsque j’étais en Inde, afin de finaliser un projet de développement (la création d’une coopérative laitière dans le Chenaï), par les femmes du village. Elle me rappelle non pas ce que j’ai donné, mais ce que je dois à tous ces hommes et ces femmes que j’ai rencontrés, ici ou là-bas, et qui malgré les difficultés surent se battre dans la dignité. J’essaie de m’en souvenir, et d’être à leur hauteur.

Un foulard
J’adore les foulards. Je ne sais pas pourquoi, mais j’en ai toujours mis, en toutes occasions, en toutes saisons. Ca me protège peut-être un peu, ça me rassure certainement… Aujourd’hui, ça fait partie de moi.

Harvest de Neil Young
Ce n’est pas mon disque préféré de Neil Young, mais c’est le premier que j’ai connu. Neil Young, c’est une longue histoire : le premier disque qui m’a véritablement obsédé, et m’a fait comprendre que la musique rock, folk, etc. était quelque chose d’infiniment sérieux, qui pouvait changer le cours d’une vie, c’est assurément Harvest. Je l’achète en cassette dans un supermarché. Des années plus tard, , en 1992, quand j’obtiens le bac, je vais voir Neil Young au Zénith. En 2014, j’y suis retourné (à Bercy), et dois dire que j’ai pleuré, de voir Young et ses vieux amis de Crazy Horse chanter les mêmes chansons, avec la même énergie, serrés comme des oiseaux au cœur de l’hiver, regroupés au centre d’une immense scène, gesticulant leur immémoriale danse, étirant leurs chansons comme pour s’abstraire des lois du temps… Neil Young me touche toujours autant. Il s’agit encore là de nostalgie peut être, mais avant tout de fidélité. Être fidèle à celui que j’étais à 16-17 ans, cela m’obsède : je ne veux en aucun cas faire taire cette voix là, je ne veux en aucun cas me surprendre un matin résolu, vaincu, marchant main dans la main avec le monde comme il va. Et l’art permet cela je crois : cultiver la fracture, vivre en dissidence. Tenter d’être soi.

Pierre Lemarchand
Juillet 2016


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Loïc Berenguier

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LES ESSENTIELS DE LOÏC BERENGUIER

Amateur de musique sans jamais en avoir pratiqué, ma vie tourne et a beaucoup tourné autour d’elle. Entre albums incontournables et concerts mythiques, impossible de mettre mes essentiels musicaux tant ils sont nombreux.

First of All : au centre, la Famille.

Des Vinyles et des CD : une fois encore pas vraiment d’essentiels tant ma consommation est gargantuesque, une folle envie de découverte mais aussi une fidélité à certains sons : la basse des Cure, les guitares de l’indie pop made in UK des Smiths à Blur, les synthés de Depeche Mode ou de New Order, les voix féminines de Bjork à PJ Harvey en passant par The Sundays, les amis de 49 Swimming Pools ou Autour de Lucie, les mix de DJ Shadow, la brutalité d’un Trent Reznor, les univers de Joy Division ou des Cocteau Twins.

Des places de concerts et des Pass festival : Ma culture musicale c’est beaucoup construite dans les concerts, des découvertes, des confirmations mais aussi quelques déceptions, avec une tendresse particulière aux Black Session de Bernard Lenoir ou au Festival des Inrocks qui m’ont beaucoup « ouvert  les oreilles ».

Un éco cup ASSE, car c’est l’ustensile le plus important en festival et que je suis stéphanois et donc lié pour toujours à mon club de foot de cœur l’ASSE.

Quelques Vedett, ma « pills » préféré, car je suis arrivé il y a plus de 10 ans dans le Nord et que je m’y sens bien, j’en ai adopté les us et coutumes. Une belle région à la situation géographique idéale me concernant car à un jet de pierre de Bruxelles, Londres et Paris mais surtout qui m’a accueilli à bras ouverts.

Un Ipod car mon écoute de la musique a aussi changé… et même si j’ai toujours besoin d’un support le Vinyle ou le CD, encore une fois pour sa pochette mais aussi ses crédits, j’aime avoir du son avec moi.

Mon smartphone, car connecté en permanence, pour la famille, les amis, les infos, pour le boulot, … pour avoir l’impression de ne rien manquer.

Quelques magazines, anciens fanzines, les Inrocks (idéalement version mensuelle), Magic ! , New Comer, car je fais partie de la génération qui lisait, qui écoutait la radio et qui scrutait les notes des pochettes d’albums pour découvrir les filiations, les ramifications… La génération « single club », Rough Trade rue de Charonne, celle de l’avant internet. (J’aurais dû ajouter un NME et un Melody Maker). Magic Mushroom et les Inrockuptibles plus spécifiquement pour les rencontres, l’international indie pop, les passionnés, les moments vécus… Manu, JD, Christophe, Philippe,…

Et des livres : Photos, Street Art, Paysage car j’ai toujours pensé la culture comme un tout. Sensible à l’esthétisme qui véhicule autant d’émotion que la musique, avec un attrait particulier pour la photo noir et blanc et un intérêt pour le graphisme et les logos.

Quelques marottes : les labels 4AD, Sarah Records et Mute pour l’ensemble de leur œuvre, aussi bien sonore que graphique, j’aurai pu y ajouter Factory, Mo Wax, Heavenly records ou Warp, car je suis aussi sensible au visuel, à l’esthétisme d’une pochette qu’à la musique. Oliver Vaughan, Peter Saville ou Futura m’ont autant fait acheter d’album que les grands passeurs comme Bernard Lenoir. Que serait Endtroducing de DJ Shadow, This Mortal Coil, Doolittle des Pixies ou Mouvement de New Order, sans leurs pochettes. C’est quand même, Oliver Vaughan (V23) qui m’a le plus marqué par son univers global autour de 4AD faisant de ce label, un objet de quasi culte me concernant.

Pour terminer : Mes polos Fred Perry et des Skate Shoes, parce que chacun a son uniforme, et c’est celui dans lequel je me sens bien. Une brosse à barbe, parce que je suis barbu.


Loïc Berenguier
Avril 2016

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“Avant de rencontrer Lisa, j’ai rencontré les mots de Lisa. J’ai commencé à la lire en 2010, elle tenait un blog. J’affectionnais son écriture …

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