Xavier Hup

My essentials for Stereographics © Xavier Hup

LES ESSENTIELS DE XAVIER HUP

Le X : première lettre de mon prénom, je l’utilise également pour mon sobriquet lorsque j’officie derrière les platines vinyles (forcément) pour ambiancer les soirées. Etant un piètre danseur, je préfère faire danser les gens à l’instar du cuisinier qui prend du plaisir à concocter des plats pour les autres. Et si le cuisinier à son tablier, en tant que dj je prends soin de bien choisir mon tee-shirt (ici celui des Petsh’ sic) ou ma chemise, à fleurs de préférence. Je prends autant plaisir à être derrière les platines que derrière les fourneaux, et la gastronomie italienne (affiche des bons produits italiens) me fait le même effet que l’intro d’un morceau qui vient vous retourner le dance-floor : une délectation !
Cette lettre est également celle du groupe de super-héros le plus célèbre de l’univers Marvel, les X-Men dont Serval est mon personnage préféré. Et je dis bien Serval et non Wolverine, car gamin c’est bien sous cette appellation qu’il apparaissait dans les comics que j’achetais le dimanche à la sortie de la messe (éducation catholique de campagne oblige). Si on poursuit dans le 9ème art, on retrouve une dédicace réalisée par Julien Loïs, graphiste attitré du label Chinese Man Records.

Un ballon de basket, tout simplement pour représenter le sport que je pratique.

Le poste de radio : sans aucun doute c’est par ce média que tout a commencé. Il m’a permis de me forger une culture. Encore maintenant, j’aime à découvrir les radios locales pendant les vacances. Tout à commencer avec RTL et ces animateurs (Francis Zégut, Max Meynier,…) puis France Inter et Bernard Lenoir. Qui dit Lenoir, dit Les Inrockuptibles et sa période bénie de mensuel dans lesquels beaucoup ce sont forgés leurs références cinématographiques, musicales et littéraires citées autant par les artistes interviewés que par ces journalistes. 

Je ne vais pas rentrer dans le détail, mais certains artistes représentés ici (plus ou moins cachés) sont vraiment les fondements de mes goûts musicaux et pour certains d’entre eux correspondent aussi à une histoire d’amitié qui ne s’est jamais arrêtée. Pêle-mêle on retrouve outre les Pet Shop BoysNew OrderDominique A (dont le disque est posé sur la platine de droite), PJ HarveyThe Smiths, la BO de Twin Peaks (et donc David Lynch) ou dj Shadow.

En parlant d’amitié, il y a celle plus récente avec la bande du Mange Disque (allez jeter un oeil dans la rubrique “rencontres” de ce site) dont l’un d’entre eux, professeur en art graphique, réalise avec ces élèves des gigs posters (ici celui de Jean-Louis Murat). Les relations humaines n’est-ce pas là l’essentiel d’une vie ?

Pour finir on aperçoit Rachid Taha qui nous observe, et qui manque au paysage musical. Et comme le dit mon ultime essentiel, ma chérie qui partage mon quotidien et responsable de la mise en scène de la photo : “Rachid Taha ça s’écoute fort ou ça ne s’écoute pas !”

Xavier Hup
Avril 2022

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facebook.com/xavier.hup
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Alex Mélis

Alex Mélis
Alex Mélis, avril 1980 © DR

AU DÉBUT

Quels sont tes premiers émois musicaux et/ou graphiques ?
Quels souvenirs en gardes-tu ?
Alex Mon tout premier émoi phonographique, c’est « Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band» des Beatles que j’écoutais au casque religieusement dès mes 8 ans. Je découvrais plein de choses en même temps : la musique pop, la langue anglaise, le mode de fonctionnement d’un électrophone… La profusion de personnages, de détails sur la pochette, m’a complètement fasciné. J’ai passé des heures à essayer de déchiffrer cette pochette, à essayer de trouver un sens à ces textes et ces images… La richesse visuelle me semblait constituer un écho naturel à celle de la musique. C’était (et demeure) un disque-monde, suggérant une grande variété de paysages, de situations et d’émotions. J’adorais aussi la planche cartonnée avec les accessoires à découper (moustache, galons, badge…) insérée dans la pochette…

Plus tard, j’ai acheté mes premiers disques et ils avaient, eux aussi, tous un univers graphique fort (Depeche Mode et les incroyables photos de Brian Griffin, les travaux de Peter Saville pour Joy Division et New Order, ceux de Vaughan Oliver pour Cocteau Twins, les pochettes des disques des Smiths).

Mon tout premier émoi phonographique, c’est « Sgt Pepper’s Lonely Hearts Club Band » des Beatles que j’écoutais au casque religieusement dès mes 8 ans.”

Quand on assiste régulièrement à des concerts, on comprend rapidement que l’expérience dépasse largement le musical pour englober tout un tas de paramètres : L’attitude des musiciens, leurs tenues, leurs instruments, leur humeur du jour, celles du public, le cadre, la qualité de la sonorisation, celle des éclairages scéniques, la place qu’on s’est dégoté dans la salle, la compagnie (ou pas) des amis, la qualité et le prix de la bière…
Il me semble qu’il en va de même pour le disque : la pochette fait partie intégrante de l’expérience du disque, au même titre que l’endroit où on l’achète, celui où on l’écoute, les gens à qui on le prête, etc… La particularité, c’est que c’est un paramètre sur lequel les musiciens ont (ou devraient avoir) le contrôle.

Y a t’il des liens entre ta sensibilité graphique et ta passion pour la musique ?
Alex Oui, c’est évident. Il m’est arrivé plus d’une fois d’acheter un disque sur la foi de sa pochette, et j’ai, à vrai dire, été très rarement déçu.

It's Immaterial "Life's Hard And Then You Die"

J’ai une anecdote à ce sujet : je me suis offert mon premier CD bien avant d’avoir accès à un lecteur qui m’aurait permis de le lire. Ça en dit long sur mon rapport à l’objet disque. C’était « Life is hard and then you die » du groupe anglais It’s Immaterial. Je l’avais acheté parce que tout m’intriguait dans ce disque : le nom du groupe, le titre de l’album, le design graphique de la pochette avec sa tête de clown énigmatique. Le CD contenait un livret avec les paroles des chansons. J’ai dû écouter le disque pour la première fois plus d’un an après son acquisition mais j’en connaissais déjà quasiment les textes par cœur…Je n’en avais jamais entendu la moindre note auparavant mais je savais que ça me plairait. Ce fut le cas.

” La pochette fait partie intégrante de l’expérience du disque, au même titre que l’endroit où on l’achète, celui où on l’écoute, les gens à qui on le prête, etc… .”

Je suis très sensible au soin et à l’exigence qu’on peut mettre dans la conception comme dans la réception de ces signes. Je peux être rebuté avec la même intensité par un crénage mal réglé que par un son de caisse claire disgracieux. A l’inverse, une belle typo utilisée avec finesse peut me donner envie à elle seule de feuilleter un bouquin ou écouter un disque. A ce titre, le boulot de Reid Miles, notamment pour les disques du label Blue Note, constitue pour moi une sorte de mètre-étalon de l’élégance.

Pauvre Glenda, 45 tours vinyle 5objet Disque) / Artwork Rémy Poncet
Pauvre Glenda, 45 tours vinyle (Objet Disque) / Artwork © Rémy Poncet

J’ai cru comprendre que tu avais un intérêt particulier pour la typographie…
Alex — Je n’ai pas de culture graphique académique ou de compétences avérées en graphisme mais j’ai développé une fascination croissante pour la typographie. Je passe des plombes sur des sites comme Fontsinuse. J’ai même composé et enregistré (avec mon ami Stu Kidd) une chanson qui s’appelle « Bodoni » pour mon projet musical Pauvre Glenda ; une chanson d’amour à propos de typographie et de calligraphie ! J’ai réalisé que la pop music et la typographie avaient énormément en commun en ce sens que l’une et l’autre sont partout dans nos quotidiens, qu’on peut difficilement y échapper et qu’ils ont tous deux un impact plus ou moins subliminal mais très important dans le paysage émotionnel et esthétique de chacun.

GRAPHISME ET MUSIQUE

Que penses-tu du « retour » en force du vinyle face à la dématérialisation de la musique et de sa distribution ?
Alex — J’ai grandi en achetant du vinyle. J’ai donc une tendresse un peu irrationnelle pour ce format, où le support graphique occupait matériellement une place importante. Mais je n’aime pas du tout l’idée que le disque soit un produit de luxe. Je n’aime ces objets que dans la mesure où ils demeurent accessibles. Je suis très attaché à l’idée que la pop permet d’enchanter ou réenchanter le quotidien du plus grand nombre et que le design (graphique ou autre) puisse jouer le même rôle. Je ne suis donc pas friand des coffrets collector qui coûtent un bras, des éditions limitées qui cultivent l’idée du luxe et de la démonstration de richesse. C’est un truc qui me met mal à l’aise. Du coup, les vinyles qui coûtent deux ou trois fois le prix du CD, c’est sans moi. Pour moi, le plus intéressant, c’est justement de parvenir à faire de belles choses avec une certaine économie de moyens. De nombreux éditeurs de bouquins et labels de disque font ça très bien.

ARTWORK

En tant que « discophage » et que musicien, quelle importance accordes-tu à une pochette de disque ?
Doit-elle être une véritable réflexion sur la mise en images de la musique où une démarche purement artistique et/ou graphique ? 
Alex
— C’est une question passionnante. J’ai peur de la redondance. J’ai tendance à craindre qu’en cherchant à mettre en image la musique, on prive l’auditeur d’une part de liberté imaginative. J’ai tendance à penser que l’idéal est que la pochette propose un contenu artistique additionnel, singulier et séduisant, qui dise quelque chose de la musique sans la dévoiler complètement, sans en restreindre la portée. Aussi, je pense que graphistes et musiciens doivent avoir une bonne connaissance de leurs travaux respectifs et une vraie complicité si on veut que le résultat soit réussi et ait du sens.

J’ai tendance à penser que l’idéal est que la pochette propose un contenu artistique additionnel, singulier et séduisant, qui dise quelque chose de la musique sans la dévoiler complètement…

Un musicien, un groupe ou un label doivent-il avoir un univers visuel et graphique qui leur est propre ?
Alex Je ne crois pas que ça doive constituer une règle. Parmi les groupes que j’aime, il y en a qui ont opté pour une continuité graphique inflexible (je pense à Talk Talk, à Passion Fodder ou à Penguin Café Orchestra, pour n’en citer que trois) et d’autres où les pochettes se sont succédées sans se ressembler, mais en maintenant un niveau d’exigence singulier sur la question graphique (New Order, par exemple, où le seul fil rouge, finalement, c’est que la pochette va être « arty » d’une façon ou d’une autre). D’autres groupes voient l’univers graphique de leurs disques évoluer davantage que leur style musical.
Tant que le design graphique et la musique se répondent, je crois que tout doit être permis. A l’échelle d’un label, c’est tentant, comme ça a pu être fait avec Blue Note, ou plus récemment avec Sacred Bones et sa charte graphique en frontal, d’apposer une sorte de « sceau » graphique, parce que ça valorise la cohérence du label et que ça favorise l’esprit de collection, dont certains fans de musique sont friands. Mais ça à tendance à écraser un peu la personnalité artistique des groupes, je trouve….

Sacred Bones Records vs Peter Saville (Factory Records)
Artworks © Sacred Bones Records / Artworks © Peter Saville pour New Order (Factory Records)

” Tant que le design graphique et la musique se répondent, je crois que tout doit être permis.

HALL OF FAME

Quels sont les productions actuelles qui attirent ton attention en terme de graphisme ?
AlexJe suis de près les travaux de Rémy Poncet (a.k.a. Chevalrex), que ce soit pour son propre label ou d’autres. Egalement les travaux de Pascal Blua (je ne crois pas trop au hasard des rencontres… et je le devine partant pour fonder avec moi une Amicale du Bodoni !),

© Artworks Catapulte Records / Pascal Blua / Jo Anatole / Rémy Poncet
© Artworks by Catapulte Records / Pascal Blua / Jo Anatole / Rémy Poncet

J’ai aussi beaucoup aimé les visuels très sobres qu’a produits Jo Anatole pour les récentes productions de Rémi Parson. J’adore aussi le label Catapulte Records et ses superbes pochettes exotiques et colorées. C’est marrant parce qu’en faisant le point pour répondre à cette question, je me suis rendu compte de l’incroyablement faible nombre de belles pochettes qui sont produites chaque année, au regard de la quantité de disques qui sortent…

Ton Top 5 des plus belles pochettes ?

Eric DOLPHY – Out To Lunch (Blue Note / Design de Reid Miles)
Un exemple parmi des centaines du genie de Reid Miles. Cette pochette est un point cardinal pour moi.

SPARKS – Propaganda
Faire le choix du portrait photographique d’un groupe pour la pochette d’un disque s’avère souvent l’une des idées les plus convenues et les moins stimulantes qui soit. Sauf si le groupe est aussi puissant visuellement que Sparks et qu’il s’amuse à se mettre en scène dans des situations improbables.

THE STYLE COUNCIL – Our Favourite Shop
A dire vrai, je ne suis pas fan de toutes les chansons de ce disque mais j’adore sa pochette, qui propose un inventaire incroyablement excitant des objets préférés du duo. Ça préfigure bien la série des « Essentiels » de ce site ! Des années avant Pinterest, et d’une façon aussi élégante qu’astucieuse, le Style Council proposait sur cette pochette un « moodboard » qui ressemble aussi au départ d’un jeu de pistes… Avec la photo en bichromie alliée à une typo efficace, on n’est pas loin non plus de l’esprit des pochettes des Smiths, auquel je suis viscéralement attaché…

HAROLD BUDD & COCTEAU TWINS – The Moon and the melodies (4AD)
Sans doute pas le meilleur disque de ses protagonistes, mais la pochette est splendide. Je n’ai toujours pas compris ce que représentait l’image (sans doute la vue au microscope d’un textile ?) mais c’est justement cette abstraction et ce mystère qui rendent ce visuel intemporel.

WILCO – A Ghost Is Born (Design par Peter Buchanan-Smith)
Comme un pendant symétrique au fourmillement de « Sgt Peppers » ou de « Our Favourite Shop », il y a la splendide épure de quelques pochettes qui ont fait le choix du minimalisme. Celle-ci m’a particulièrement marqué. Pas juste la « front cover » mais aussi tout le reste du design, évidemment (les photos du nid, de la coquille ouverte, etc.).

Pascal Blua
Février 2022


Plus d’informations sur Pauvre Glenda :
objetdisque.bandcamp.com/album/pauvre-glenda
facebook.com/pauvreglenda

Rita Zaraï

LES ESSENTIELS DE RITA ZARAÏ

Parler de ses propres essentiels est quelque chose de particulièrement effrayant en ce qui me concerne. Notamment à cause de la lourde tâche de préparation : il faut trier, sélectionner, organiser, chercher une cohérence, une cohésion. En théorie, je suis familère de ce genre d’exercice, lorsqu’il ne ME concerne pas. Ce qu’il faut savoir c’est que je suis quelqu’un de particulièrement dispersée. Ranger n’est pas forcément quelque chose de naturel pour moi.

Le soir même j’ai commencé à rassembler les objets. Je me suis donc retrouvée avec une montagne de livres. Une redécouverte plus qu’intéressante pour moi-même. Donc merci déjà pour cela.

En toute honnêteté je n’ai pas trop su par quoi commencer, alors j’ai fini par m’arrêter à la sélection la plus restreinte possible, et déjà je trouve qu’il y en a bien trop !! J’ai disposé ces objets à plusieurs endroits de l’appartement, afin d’essayer de prendre la photo la plus avantageuse, la moins brouillonne possible. Sacré challenge.

Commençons par le début. Enfin, décidons de façon arbitraire qu’il s’agit du début de l’histoire, car sur la photographie ce n’est pas forcément évident.

Le téléphone
J’ai pris des notes sur mon téléphone. Il ne figure pas sur la photo puisqu’il m’a servi à la prendre. Cela commence bien n’est ce pas… J’en suis esclave. Consciemment. Il me sert à peu près à tout. J’écris, je fais des photos, des recherches, des images, je regarde des vidéos, j’écoute de la musique. Bref sans cette chose j’imagine que je serai perdue, car il s’agit clairement d’un doudou destiné à combler l’angoisse. Il remplit le vide et mon esprit. Je suis une hyperactive molle. J’ai peur de m’ennuyer. Je fais cinquante choses à la fois. Je me passionne aussi vite que je me lasse. Je parlais de doudou, en fait je crois que cet appareil me fait plutôt office de baby-sitter ainsi que d’animateur de loisirs. Le casque je l’ai toujours avec moi. Pour écouter de la musique, notamment lorsque je marche.

La musique
Évidemment, si je devais choisir un groupe emblématique cela serait New Order. Ce groupe m’accompagne depuis 25 ans, avec plus ou moins de fidélité. J’en fait une source d’inspiration pour à peu près tout dans ma vie : je m’inspire de leur iconographie , je les ai tatoués sur mon bras, Substance est le titre de mon blog, je vénère Barney plus que n’importe qui dans ce bas monde, bref : l’abominable fanatisme au premier degré dans toute ce qu’il a de plus risible. Mais j’assume complètement. Je pourrais parler de Joy Division aussi, ou d’autres groupes qui ont participé à ma construction personnelle. Mais le but n’est pas d’écrire un roman je crois. Quoi qu’il en soit, la musique est importante, elle a constitué d’ailleurs pendant de longues années l’essentiel de mon activité professionnelle. Acquérir, conseiller, échanger : tel était mon quotidien pendant assez longtemps, au sein d’une médiathèque municipale.

La musique m’a permis aussi de rencontrer, virtuellement et «IRL» des personnes d’une énorme valeur. La plus importante rencontre sur le réseau social est sans conteste celle avec Matthieu Malon. De cette amitié est née Brûlure. Un projet poético musical déjanté (s’il fallait le définir) orchestré à des centaines de km de distance. J’écrivais les textes, les enregistrais, les envoyais, il faisait la musique. C’était drôle. Un vrai bon moment.

En musique les querelles de clochers me dépassent un peu… les discussions sérieuses, les gens qui s’écharpent comme si leur vie dépendait de la conversion du monde entier au fanatisme qui les concerne, je ne pige pas trop. Mais j’aime m’en amuser. Quelle perte de temps franchement, alors que tout le monde sait que le meilleur groupe du monde est New Order!

Les images
J’ai commencé par faire vaguement de la photo. Ensuite, temps libre disponible à l’infini aidant, je me suis prise de passion pour la gravure et la sérigraphie, suite logique finalement lorsqu’on aime les images. Mes photos sont essentiellement réalisées à partir de mon téléphone, mais depuis peu j’ai un « vrai » appareil. Je n’ai aucune idée de la manière dont fonctionne la bête. Je fais ça au hasard. C’est ce que je dis tout le temps, j’ai le hasard avec moi. Et je le remercie de m’accompagner en toutes circonstances. Cette photo de l’Atomium de Bruxelles est la première que j’ai faite développer et affichée dans mon intérieur. C’est un morceau de ma ville natale qui trône bien en évidence.

Les publier ces images a été une véritable épreuve pour moi. J’ai créé donc un blog, Instagram m’occupe pas mal en ce moment. Tout cela je le dois particulièrement à Matthieu qui a su m’encourager et me filer un coup de pied au cul. J’ai commencé avec les pochettes de Brûlure en fait. Et maintenant je continue….

Les livres
A la base, c’est mon métier. Je crois que ceux qui m’ont le plus marqué sont ceux que j’ai lu plus jeune. Mon principal problème, c’est que je ne me souviens pas toujours de ce que j’ai lu. En fait la plupart du temps j’oublie. Les deux ouvrages que j’ai choisis ont été lu bien plus récemment.

Je voue une admiration sans failles à Houellebecq dont les livres résonnent en moi comme une évidence. J’ai vraiment l’impression que le type écrit pour moi, il y a une connexion. En plus je le trouve terriblement drôle. L’humour c’est tellement important.

J’ai aussi choisi Blackhole de Charles Burns. C’est une bande dessinée d’une noirceur absolue, un vrai chef d’œuvre qui pour moi doit absolument figurer dans tout bonne bibliothèque.

Le reste….
La couture, la cuisine, les jeux vidéo, les lunettes que je ne mets jamais (j’aime le brouillard), le petit livre rouge (clin d’œil à mon soi-disant militantisme fantasmé d’extrême gauche) et Sainte Rita. Cette fameuse sainte est à l’origine du pseudo que je traîne depuis quelques années sur Internet. Elle est la patronne des causes désespérées. Attention, je ne m’attribue absolument pas la qualité du désespoir. En revanche, être la patronne, c’est une idée qui me plait bien.

Rita Zaraï
Mai 2018

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Daniel Yeang

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LES ESSENTIELS DE DANIEL YEANG

Cinq albums île déserte
Choix cornélien et injuste de partir avec seulement quelques disques si je décidais un jour de m’isoler sur une île déserte. Pour ma part, cela serait Forever Changes de LOVE, ce live datant de 1963 (mais sorti en 1985) et peut-être le meilleur à n’avoir jamais été publié de SAM COOKE, Closer de JOY DIVISION, Technique de mon groupe préféré de tout l’étang NEW ORDER et surtout Vilosophe de MANES auquel je suis viscéralement attaché au point que j’utilise le titre de cet album comme pseudo. En effet, lorsque j’ai découvert ce disque, j’ai passé tout un week-end cloitré dans ma chambre à le passer en boucle — soit à peu près une cinquantaine de fois ! — et cela reste l’expérience auditive la plus intense que j’ai vécu dans toute ma vie. Cela ne m’était jamais arrivé auparavant et cela ne se reproduira certainement pas.

Un blazer Ugo Baldini, un polo Gran Sasso, une pochette Simmonot-Godard, une cravate tricot Howard’s Paris, des souliers Barker England, une besace 48h Leon Flam
Ce que l’on nomme parfois le “sartorialisme” est mon autre grande passion avec la musique. Auparavant, je me ruinais en vêtements de marques beaucoup trop chers, vous savez celles qui dépensent en millions en espaces publicitaires, et ce n’est que depuis quatre ans que je me suis réellement penché sur le sujet. Il s’agit ici de certaines de mes pièces favorites qui ce ne sont pas forcément parmi les noms les plus connus. Je fais désormais attention à la matière, la coupe, la fabrication ou les couleurs (majoritairement dans les tons bleus ou gris), m’inspirant autant du style britannique que celui preppy des universités américaines. Bref, j’assimile la recherche du beau vêtement comme le “digging” de vinyle. Les gens sont souvent étonnés de me voir habiller ainsi, d’ailleurs au boulot on m’appelle toujours “Monsieur le Directeur” (rires) !

Quelques classiques hip-hop
Le hip-hop à été le premier véritable univers musical auquel je me suis confronté durant mon adolescence, c’est pour cela qu’il était obligatoire que quelques classiques du genre fassent partie de ces essentiels. Le rap a réellement pris son essor en France durant la moitié des années 90 grâce à l’influence du boom bap new-yorkais et à cette époque j’avais toute la panoplie : je me sapais en t-shirt Helly Hansen et en baggy Triangle, j’écoutais religieusement Génération 88.2 et je voulais être rappeur ! Je me faisais appeler MC Ekinox et j’avais même enregistré sur K7 quelques freestyles avec des potes ! Par la suite, je me suis intéressé au black metal et me suis ouvert à d’autres courants musicaux. Même si je me suis ostensiblement éloigné de cet univers, je n’ai jamais renié le rap et je me suis remis à en réécouter massivement depuis cinq ans. Aujourd’hui, je considère tout ce qui touche au hip-hop ou au r’n’b contemporain comme la nouvelle norme pop, les productions sont ce qu’il y a de plus audacieux dans la musique actuelle.

Ma carte UGC illimitée
Je suis à la base un grand cinéphile et j’ai accumulé au fil des années près d’un millier de dvds que je revends au fur et à mesure. Cependant à partir de 2009, par manque de temps et surtout parce que je commençais parallèlement ma collection de vinyles, j’ai dû seulement mater une dizaine de longs métrages dont la moitié chez moi. Il aura fallu que j’aille voir Interstellar au cinéma en 2014, qui m’aura bouleversé, pour reprendre goût à cette passion et à me faire une carte d’abonnement mensuelle. Depuis, je vais en moyenne 8 à10 fois par mois en salles (en plus des films que je regarde à la maison) et j’essaye d’être plus curieux et de découvrir des petits films indépendants, étrangers ou français, chose que je n’aurais jamais pensé faire auparavant.

Ma collection de Blut aus Nord
BLUT AUS NORD
est certainement mon groupe préféré actuellement et je considère Vindsval, initiateur du projet, comme l’un des rares génies dans la musique. Par le passé, j’ai déjà tenté de collectionner TOUS les disques de certains de mes artistes/groupes favoris, je pense notamment à New Order ou Prince, mais j’ai finalement décidé de me ruiner uniquement pour BaN et je dois en posséder plus d’une cinquantaine pour le moment.

Des livres sur la musique, des mangas et des comics
En réalité et c’est parfois tabou de l’avouer, mais je déteste lire et j’ai vraiment du mal à stimuler mon imagination devant un bouquin. Par contre, je suis friand des livres au sujet de la musique: le black metal, ÉTIENNE DAHO, BILL CALLAHAN, la MOTOWN, FACTORY RECORDS et bien entendu PRINCE et DAVID BOWIE qui nous ont quittés cette année. Il est difficile de voir disparaitre coup sur coup deux de ses idoles en un si peu laps de temps. Pour ce qui est des mangas, je n’en achète plus autant qu’auparavant et le seul que je suis encore régulièrement est Coq de combat. Gen d’Hiroshima fait partie de mes essentiels, car il est à ce jour le seul manga à m’avoir fait pleurer. Quant aux comics, j’en ai plus d’un millier, VF et VO, collectés en près de 25 ans. Je suis surtout très super héros, mais cela ne m’empêche pas d’apprécier des choses plus “mondaines” telles que le mythique Maus.

Mon coffret COIL Colour Sound Oblivion
COIL
est un de mes groupes préférés et lorsque Peter “Sleazy” Christopherson prit la décision de sortir en 2010 un coffret en bois de 16 dvds retraçant quelques concerts, dont beaucoup filmé par des spectateurs, je n’ai pas hésité un instant malgré son tarif un brin exorbitant. Je reçois finalement le magnifique objet quelques mois plus tard en provenance de Thaïlande (Sleazy s’étant notamment établi là-bas dû à sa passion pour les jeunes hommes) et de devoir payer les frais de douanes s’élevant à un tiers du prix du coffret ! Bon je suis heureux de le posséder, c’est mon artefact à moi, et il vaut à priori quatre fois le tarif que j’ai dépensé à présent, mais cette taxe six ans après me reste toujours en travers la gorge (rires) !

Un maillot de l’équipe de France de football
Cela fait 25 ans que je suis fan de foot et ceux qui me connaissent à travers les réseaux sociaux ne se doutaient pas de cette passion puisque je n’en parlais quasiment jamais alors que je regarde des matchs toutes les semaines. Il aura fallu que j’évoque l’Euro cet été pour voir ressurgir tous les clichés éculés sur les footballeurs et leurs supporters, ça m’avait assez chagriné et j’ai tenu à faire une mise au point sur le sujet. C’est un mal uniquement français, si ce n’est pas le football, c’est un autre phénomène qui sera désigné coupable idéal des maux de notre société actuelle.

 

Daniel Yeang
Octobre 2016

 


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Chan Masson

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LES ESSENTIELS DE CHAN MASSON

Mes essentiels gravitent autour de la musique et des livres, du thé et de la mer, selon une orbite bordélique et fusionnelle.

Je lis à haute dose depuis que je sais lire, toujours deux livres en même temps, l’un de jour posé sur le canapé, l’autre de nuit posé à côté du lit – j’aime lire allongée. Je ne pars jamais sans bouquins dans mon sac. Je ne m’endors jamais, quelle que soit l’heure, sans avoir lu au moins quelques pages.

Je suis tombée dans la musique depuis les 80s en Grande Bretagne et les années n’ont pas émoussé mon plaisir. Je ne suis pas nostalgique d’une époque, j’écoute bien sûr toujours mes vieux disques mais je découvre aussi beaucoup de jeunes groupes qui me surprennent, me font décoller et me donnent envie de continuer. Je ne suis pas collectionneuse, je prête volontiers disques et livres, je n’ai pas une vocation de gardienne de musée.

L’asso dont je fais partie, Sabotage, organise des concerts à Dijon. J’héberge les groupes, occasion de belles rencontres qui perdurent, d’échanges passionnés et de soirées prolongées. La musique est un lien intergénérationnel et ignore superbement les frontières.

Qui dit musique dit badges. Je fais des badges depuis quelques années, ce mini support qu’on perd, qu’on retrouve dans une poche, qu’on offre. Les groupes qui passent à la maison dessinent leurs propres modèles et veulent absolument tester la machine. “Oh my god, it works!”. J’aime l’idée que mes badges se baladent à Londres, New York, Wellington ou sur l’île d’Eigg.

La mer est indispensable à mon équilibre. Quand je dis la mer, c’est principalement en Bretagne et au Pays de Galles, je n’ai pas d’affinités avec les palmiers et les cieux trop bleus. J’habite si loin dans les terres, les retrouvailles maritimes sont d’autant plus attendues et jouissives.

Et je ne pourrais vivre sans thé because tea is a warm caress.

Voilà mes essentiels, dans le désordre qui est aussi un essentiel.
Livres, musique, badges, Bretagne, Pays de Galles, tout est arrimé autour des amitiés qui se nouent au fil des années.

« On a thousand islands in the sea
I see a thousand people just like me »


Chan Masson
Juillet 2016

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Matthieu Dufour

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LES ESSENTIELS DE MATTHIEU DUFOUR

Mon mini-bureau Muji où une grande partie de tout se passe. J’adore leur esthétique zen, minimalisme et pragmatique. Comme beaucoup de choses du Japon d’ailleurs.

Quelques unes de mes obsessions littéraires et poétiques.
Fitzgerald, Duras, Reverdy, une édition originale de Rivage des Syrtes de Gracq qui me vient de mon père. Je suis rarement emporté par les auteurs du moments alors je me réfugie dans la poésie ou mes classiques personnels que je peux relire sans fin. Je conseille d’ailleurs à tous ceux qui ne le connaissent pas de lire La littérature à l’estomac de Gracq où ils trouveront des lignes savoureuses sur le milieu et les prix littéraires qui sont d’une actualité féroce. Parmi ceux que je lis aujourd’hui, Franck Magloire, l’un des meilleurs stylistes qui soit en ce moment en France, un auteur qui n’hésite pas à se confronter aux zones d’ombre de notre société mais qui n’a malheureusement plus d’éditeur. Il est notamment l’auteur du formidable Ouvrière.

Quelques unes de mes obsessions musicales en version vintage.
Daho par Pierre & Gilles, ce vinyle est une véritable madeleine de Proust comme ces K7 de New Order, Morrissey ou Marc Seberg. Je navigue aujourd’hui entre les merveilles de cette époque fondatrice et la formidable vitalité de la scène actuelle, notamment en France. Si j’ai grandi avec la pop anglaise, j’ai toujours eu un fort penchant pour la langue française en musique.

C’est ce que j’essaye de faire vivre aujourd’hui avec mon blog Pop, Cultures & Cie.
Né sur un coup de tête, sans ligne éditoriale ni plan, il m’est devenu essentiel. Il me permet d’assouvir un goût ancien pour l’écriture et cette passion pour la musique sous toutes ces formes. Paradoxalement, cette entreprise très égoïste s’est révélée être une formidable aventure humaine parsemée de superbes rencontres et d’échanges passionnants. De personnes devenues essentielles pour moi. Ce billet sur ton blog en est la preuve. Aller voir des concerts deux ou trois fois par semaine, prendre des centaines de photos floues, enregistrer des Mega Octets de pirates saturés, faire des interviews, découvrir une magnifique chanson dans un lien envoyé par un artiste inconnu : ce blog a changé mon quotidien.

Jamais sans mon Mac. Bien qu’attaché à la tradition physique des objets livre et disque, je suis aujourd’hui totalement accro à mon environnement digital et connecté : Mac, hub USB, iPhone, disque dur de 4 To (pour stocker les photos floues et les pirates saturés, entre autres, je suis un parano obsédé par la perte de ces données digitales, j’ai plusieurs disques de sauvegarde chez moi, je n’ose pas dire combien), lecteur multicarte, micro USB pour enregistrer des chroniques pour l’émission de Greg Bod sur Radio U, Le cabinet des curiosités. Une heure sans wi-fi et je passe en hyperventilation.

Essentiel aussi le casque pour ne pas effrayer mon fils lorsque j’écoute des choses un peu radicales ou m’attirer les foudres du voisinage lorsque je chronique un peu tard dans la nuit.

Manquent sur cette photo une tasse de thé vert japonais qui est en train d’infuser dans la cuisine, ma chemise en chambray fétiche qui est dans la machine et mon appareil hybride Fuji X-T10 avec lequel je prends cette photo et qui ne me quitte plus.


Matthieu Dufour
Janvier 2016

Plus d’informations sur Matthieu Dufour :
Pop, Cultures et Cie
www.facebook.com/dufour.matthieu

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