Mathieu David Blackbird

My essentials for Stereographics © Mathieu David Blackbird

 

LES ESSENTIELS DE MATHIEU DAVID BLACKBIRD

My essentials for Stereographics © Mathieu David BlackbirdMon père m’a offert cette guitare acoustique d’étude lorsque j’avais 16 ans. L’un de ses anciens élèves, guitariste classique au conservatoire, s’était chargé de m’enseigner quelques rudiments avant de me demander quelles chansons j’aimerais apprendre à jouer. Je lui avais alors enregistré certaines de mes favorites sur une cassette, parmi lesquelles ‘Each And Everyone’ d’EVERYTHING BUT THE GIRL et le ‘Headmaster Ritual’ des SMITHS.

Prudent, mon professeur m’avait  gentiment suggéré, au vu de ma technique balbutiante, d’opter plutôt  pour  ‘In Between Days’, le single de THE CURE sorti peu de temps auparavant et qui, il me fallait bien le reconnaître, était  plus dans mes cordes – de nylon. La plupart des chansons que j’ai écrite l’ont été sur cette glorieuse antiquité.

Everything But The Girl – Each and Everyone (Video)
The Smiths – The Headmaster Ritual (Video)

 

 

My essentials for Stereographics © Mathieu David BlackbirdProfitons de l’occasion pour rendre hommage à ce formidable ouvrage qu’est Le Dictionnaire Du Rock, ce travail de titan supervisé par Michka Assayas. Forcément incomplet puisque déjà obsolète au moment précis où il partait à l’imprimerie, c’est une œuvre imparfaite et c’est également ce qui en fait sa grande beauté – au-delà de son indéniable intérêt encyclopédique.

J’aime Le Dictionnaire Du Rock parce qu’il fallait être complètement dément pour tenter une aventure pareille. Conçu et rédigé au milieu des années 1990 à une époque où l’Internet était encore balbutiant – ce qui ajoute encore au caractère pharaonique de l’entreprise car vérifier chaque minuscule détail bibliographique ou discographique était une autre paire de manche qu’aujourd’hui – c’est un ouvrage qui peut parfaitement se lire comme un roman : Michka me racontait avoir un jour observé quelqu’un dans un train qui, après en avoir terminé une partie de la lecture, avait soigneusement marqué la page en cours comme il l’aurait fait avec n’importe quel livre lambda. Pour ma part, il m’arrive fréquemment d’ouvrir Le Dictionnaire Du Rock et d’en lire quelques pages au hasard ou de vérifier, lorsque j’écoute un disque, s’il existe une entrée à propos du groupe ou de l’artiste en question.
Signalons que Michka s’était entouré de nombreux collaborateurs, dont le très érudit Bruno Blum et l’immense Philippe Auclair à qui l’on doit entre autres les pages splendides consacrées à PREFAB SPROUT, THE JAM ou XTC – je ne me lasse jamais de les relire.

My essentials for Stereographics © Mathieu David BlackbirdAvouons-le : ce bonnet est une sorte de doudou. Acquis lors de mon premier séjour à Madrid au mitan des années 1990, il a évidemment une grande valeur sentimentale et m’accompagne fidèlement depuis par grand temps – averses diluviennes, pluies acides, tempêtes de neige ou giboulées diverses – et lorsque je vais courir le Dimanche matin au saut du lit – 10 heures. Être élégant en toutes circonstances : c’est important.

Saluons également la merveilleuse invention qu’est ce casque sans fil grâce auquel je peux préparer dans ma cuisine une sauce au curry – le secret : un gros trait de coulis de tomate – galvanisé par les fulgurances de JOHN COLTRANE, siroter un verre de Chablis sur mon balcon en compagnie de SUPERBRAVO,  m’immerger dans l’ambiance des tribunes du Santiago-Bernabeu sans quitter mon salon ou étendre mon linge en écoutant ma collection de singles de KIM WILDE – 1979-1983 exclusivement.
Wireless : l’une des clés du bonheur.

Conçu à l’origine pour l’Hôtel Royal du Danemark, le fauteuil EGG, dessiné par Arne Jacobsen en 1958 – et régulièrement surnommé ‘Le Fauteuil Du Patron’ dans la sphère familiale – est une sorte de cocon dans lequel j’ai effectué nombre de kilomètres sans bouger un orteil et écouté des milliers de disques. Doux et enveloppant – mais également pivotant et basculant – cette beauté toute en courbes est le véhicule idéal lorsqu’il s’agit de voyager loin le casque sur les oreilles.

 

My essentials for Stereographics © Mathieu David BlackbirdAvoir des yeux de chat et être capable de retrouver n’importe quel disque des BEATLES dans une totale obscurité – un don que la plupart des gens jugerait  parfaitement inutile mais qui me rend néanmoins de fiers services – me condamne logiquement à cligner de l’œil au moindre rayon de soleil. Mes paires de Ray-Bans sont mes amies.

Voilà pour la plupart de mes essentiels – même si j’aurais pu ajouter ma chaine hi-fi et un limonadier pour faire bonne figure. Le reste est accessoire – sauf l’amour bien évidemment car comme le chantaient magnifiquement THE PASSIONS, l’un de mes groupes fétiches : love is essential.

The Passions – Love Is Essential (Video)

 

Mathieu David Blackbird
Février 2022

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Pierre Lemarchand

My essentials for Stereographics © Pierre Lemarchand

LES ESSENTIELS DE PIERRE LEMARCHAND

Mon Enregistreur Zoom H2
Il a bientôt dix ans, il y a certainement bien mieux, mais j’y suis attaché ! C’est avec ce micro que j’enregistre toutes les voix de mon émission de radio, Eldorado, que je réalise ensuite seul à la maison. Je « fais » de la radio depuis douze années à présent, et depuis deux saisons c’est Eldorado qui incarne cette passion. Conçue dans la solitude, donc, elle parvient à trouver le chemin des auditeurs, qui me font parfois le plaisir de me faire signe. C’est étrange la radio, car elle nous situe à la confluence de l’unique et du multiple, de la solitude et de la multitude. Les auditeurs me confient avoir un rapport intime et rituel à cette émission, et cela me touche infiniment. Au travail, en contemplant la mer, en sirotant un café dans un bar, dans un hamac, en voiture, en train, en randonnée, au fond de son lit, sous les frondaisons, à la nuit tombée ou au petit matin : Eldorado a su se nicher dans les plis des vies de tas de gens. C’est un cadeau immense.

Ma Radio Tivoli
Je « fais » de la radio, donc, mais j’en écoute aussi énormément, et depuis toujours, me semble-t-il ! Il y eut les soirées en compagnie de Bernard Lenoir sur France Inter bien sûr (j’avais 16 ans quand j’ai découvert « C’est Lenoir »), qui ont cimenté mes attachements pour la radio et la musique. Aujourd’hui, « L’humeur vagabonde », « Les pieds sur terre », « Label Pop » ( pour n’en citer que trois) savent me consoler de tout.

To my son de Walt Dickerson Trio
Le jazz a été très important dans ma vie. Si j’ai aujourd’hui avec lui des rapports moins obsessionnels, cet amour demeure. J’ai choisi ce disque, j’aurais pu en choisir tant d’autres… (John Coltrane, Don Cherry, Charlie Haden, Charles Mingus, Thelonious Monk…). J’aime intensément cette musique et pendant 10 années, j’ai nourri cette passion dans ma première émission de radio, Jazz A Part, qui a enfanté un festival du même nom dans ma ville, Rouen. Pendant 10 ans, chaque vendredi soir à 20h00, je me suis rendu dans le petit studio de la radio HDR, sise dans un quartier populaire de Rouen, sur les hauteurs de la ville, et ai passé ces disques qui me bouleversent tant. Je me souviens d’une nuit magique, où j’étais absolument seul dans la radio, et regardais les flocons de neige tomber au rythme du « My Funny Valentine » de Miles. Pendant 10 ans, j’ai entamé chaque émission avec le même générique, les 40 première secondes du morceau « You can » du disque To my son du vibraphoniste Walt Dickerson. Dès la première note de ce morceau, une douce nostalgie m’étreint…

De beaux lendemains de Russel Banks
Depuis longtemps, je lis les auteurs américains. Ca a commencé avec Steinbeck (ma première grande émotion littéraire, ce doit être Le poney rouge), Caldwell, Hemingway. Puis vite, Faulkner, Paul Auster, John Fante et Jim Harrison. Tant d’autres ont suivi ! Je ne lis pas que de la littérature américaine, mais c’est incontestablement celle qui me touche le plus. On y parle si bien de la grandeur des vies modestes. Et puis il y eut la lecture de De beaux lendemains de Russel Banks, qui demeure aujourd’hui mon plus grand choc littéraire. J’avais vingt ans et des poussières. Ca m’a marqué à jamais.

Paris, Texas de Wim Wenders
C’est certainement un des films que je préfère… Je l’ai revu tant de fois, toujours avec le même plaisir, le même émerveillement, le même trouble. Il y a les grands espaces, leur photogénie, et le mystère intime des personnages. Il y a la musique de Ry Cooder bien-sûr, et puis la mélancolie qui se dégage du film… Je me souviens que la première fois que j’ai vu ce film, ce n’était pas au cinéma mais chez moi, sur le téléviseur familial. Je devais avoir 14 ans, 15 à tout casser. Le samedi midi, mon père venait parfois me chercher en voiture à la sortie du lycée (je prenais sinon toujours le car) et alors nous passions par le magasin de location de cassettes vidéos. Ainsi, nous avons un jour jeté notre dévolu sur ce film au titre étrange, et à la jaquette ornée d’un homme à casquette rouge marchant seul sur une voix ferrée…

Un de mes carnets et un de mes stylos / Une photographie de Karen Dalton
C’est la musique qui m’a mené à l’écriture. J’ai tout d’abord écrit pour le webzine « Le son du grisli », et j’écris aujourd’hui pour le magazine DIY « Equilibre Fragile » que mon ami Thierry Jourdain a créé. Ecrire, c’est donc pour moi, en premier lieu, rendre hommage, essayer de retranscrire des émotions, et susciter l’envie. En mars 2016 a paru mon premier livre, consacré à la chanteuse folk, disparue, Karen Dalton… Je ne pourrais jamais assez la remercier : c’est elle qui m’a conduit sur ce chemin périlleux et solitaire qu’est l’écriture d’un livre, c’est sa musique qui m’en a donné la force. Ce petit cadre, enfermant une photographie de Karen prise par Elliott Landy (le photographe du festival de Woodstock), cette même photographie qui orne la pochette de mon livre, Karen Dalton, le souvenir des montagnes, incarne la reconnaissance que je porte à cette immense artiste, ainsi que le lien – forcément – très fort qui m’unit à elle.

Ma statuette de Shiva
Pendant plus de dix années, j’ai travaillé dans une association humanitaire, qui lie actions de solidarité en France comme à l’étranger, le Secours populaire. Ce furent des années intenses, d’une richesse inouïe. Il y eut des moments durs bien sûr, mais c’était un privilège pour moi que de me dire que je pouvais, à mon niveau, « agir » sur le cours des choses. Je me sentais connecté, assez intimement, au pouls de notre monde… Pour éviter l’usure, pour libérer du temps aussi (pour être père!), j’ai changé de voie… Mais ces années là comptent encore aujourd’hui beaucoup pour moi, et ont fondé la personne que je suis aujourd’hui. Cette petite figurine de Shiva me fut offerte en 2006 lorsque j’étais en Inde, afin de finaliser un projet de développement (la création d’une coopérative laitière dans le Chenaï), par les femmes du village. Elle me rappelle non pas ce que j’ai donné, mais ce que je dois à tous ces hommes et ces femmes que j’ai rencontrés, ici ou là-bas, et qui malgré les difficultés surent se battre dans la dignité. J’essaie de m’en souvenir, et d’être à leur hauteur.

Un foulard
J’adore les foulards. Je ne sais pas pourquoi, mais j’en ai toujours mis, en toutes occasions, en toutes saisons. Ca me protège peut-être un peu, ça me rassure certainement… Aujourd’hui, ça fait partie de moi.

Harvest de Neil Young
Ce n’est pas mon disque préféré de Neil Young, mais c’est le premier que j’ai connu. Neil Young, c’est une longue histoire : le premier disque qui m’a véritablement obsédé, et m’a fait comprendre que la musique rock, folk, etc. était quelque chose d’infiniment sérieux, qui pouvait changer le cours d’une vie, c’est assurément Harvest. Je l’achète en cassette dans un supermarché. Des années plus tard, , en 1992, quand j’obtiens le bac, je vais voir Neil Young au Zénith. En 2014, j’y suis retourné (à Bercy), et dois dire que j’ai pleuré, de voir Young et ses vieux amis de Crazy Horse chanter les mêmes chansons, avec la même énergie, serrés comme des oiseaux au cœur de l’hiver, regroupés au centre d’une immense scène, gesticulant leur immémoriale danse, étirant leurs chansons comme pour s’abstraire des lois du temps… Neil Young me touche toujours autant. Il s’agit encore là de nostalgie peut être, mais avant tout de fidélité. Être fidèle à celui que j’étais à 16-17 ans, cela m’obsède : je ne veux en aucun cas faire taire cette voix là, je ne veux en aucun cas me surprendre un matin résolu, vaincu, marchant main dans la main avec le monde comme il va. Et l’art permet cela je crois : cultiver la fracture, vivre en dissidence. Tenter d’être soi.

Pierre Lemarchand
Juillet 2016


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