Hugues Blineau

Les Essentiels d'Hugues Blineau pour Stereographics / Photographie par Hugues Blineau


LES ESSENTIELS D’HUGUES BLINEAU

Sous ses formes toujours éminemment passagères, l’art est pour moi aussi essentiel que l’air que l’on respire. Et le champ des arts dits visuels, le rock ou la littérature constituent pour moi autant de territoires que de dérives possibles, pour le regard et la pensée. Rien de plus essentiel donc, afin de me sentir porté, et, sans nul doute, plus vivant que je ne l’aurais été. Leur absence, impossible.

En regardant l’image de ces quelques références obligées, je me rends compte combien certains chocs d’adolescence continuent de s’irriguer en moi, de me traverser comme autant de paysages bouleversants, et, en plus d’un sens, miraculeux. Car, en leur matière, le temps importe peu, leurs foudres toujours intactes. Les années qui passent n’altèrent jamais l’intensité de certaines images, la puissance électrique de certains morceaux, ou même la densité sensible des mots écrits et de ce qu’il suggèrent, ou laissent affleurer d’une possible expérience littéraire du vivant.

Aussi, lorsque je me déplace encore aujourd’hui, dans les rues, dans les trains ou les paysages, c’est toujours un casque sur les oreilles, pour écouter fort assez exactement ces mêmes titres qui bouleversèrent mon adolescence. Cet objet, un autre essentiel. Assez exactement, pour l’écrire encore, comme lorsqu’à l’âge de 16 ans, j’écoutais déjà, sous les combles de ma chambre, dans la pleine obscurité, les gouffres paradoxalement lumineux de Disintegration de Cure, l’un des disques de ma vie, assurément.

Une ligne de fuite, et ces jeux d’échos qui ont peu peu fini par rythmer et accompagner mon existence, en mots et en musiques, mais aussi en images. De l’improbable cartographie de la terre russe du Stalker de Tarkovski, aux visages des amants que filme Mizoguchi sous la brume, jusqu’aux découpes azur de la ville Malaparte qu’architecture Godard dans Le Mépris.

D’autres fantômes de cinéma encore, si loin, si proches, chez Chantal Akerman ou James Gray. Et puis les chemins du désir filmé par Wong Kar-wai, quelques phares dans la nuit d’Anatolie captés par la caméra de Nuri Bilge Ceylan.

D’autres apparitions nocturnes encore, périphériques au monde, celles d’Apichatpong Weerethakul ou de Pierre Huyghe. Et puis le personnage aussi fantasque qu’instable joué par Mathieu Amalric dans Comment je me suis disputé…, et ce fantasme toujours vivace de prendre part à cette fête estudiantine, forcément parisienne, sur le C’mon Billy de PJ Harvey. Car, l’essentiel est aussi dans ce que l’on est pas soi-même. Pour de multiples raisons.

D’autres essentiels, d’autres spectres encore. Dans les romans et les livres de philosophie. Et puis cette mélancolie qui m’étreint toujours, un peu, depuis l’écoute de ces sommets d’adolescence que furent pour moi les disques de Joy DivisionNew Order, ceux des Smiths et de CureCloser, Low-Life, The Queen is dead et Disintegration pour modeler le monde à leurs mesures -. Sans que je n’oublie de puiser, toujours, un peu de lumière au creux de leurs gouffres, dans les traversées qu’ils esquissent, dans les promesses qu’ils augurent, toujours. Réversibilité des sentiments, et, plus encore, de l’écoute de ces musiques tant aimées.

D’autres essentiels encore, enfin, sous les notes synthétiques du jeune Dominique A du temps de La Fossette, dans l’émotion que suscitent, toujours en moi aujourd’hui les voix de Beth Gibbons et de Stuart A. Staples, celles de PJ Harvey ou de Jarvis Cocker, parmi d’autres, d’autres, de nombreuses autres. Et puis les mots d’Annie Ernaux et de Patti Smith, ceux de Jean-Philippe Toussaint ou d’Éric Laurrent période Minuit. De Sébastien Berlendis éclairant si sensiblement ses paysages parcourus. Par la langue, l’image et la force du souvenir.

Impossible donc de les faire tous entrer dans un seul et même cadre. Celui de la photographie. Alors y placer un vieux boîtier 6 x 6 qui accompagna ces années de formation artistique, plus encore que musicale, et penser à Denis Roche qui utilisa souvent le même appareil pour cartographier le sentiment amoureux à sa mesure, et le corps de Françoise, sa femme. Boîtier de mélancolie, comme le poète-photographe l’écrivit si bien. Alors je pense à la puissance désirante de l’image, des images, et même de toutes les images que je n’ai pas encore capturées – par le dessin, la photo ou la vidéo – : car les plus essentielles sont toujours à venir.

Hugues Blineau
Juillet 2026


Plus d’informations à propos d’Hugues Blineau
huguesblineau.fr

Ouvrages par Hugues Blineau
Le jour où les Beatles se sont séparés
Vies et morts de John Lennon

Mes Essentiels pour Stereographics par Hugues Blineau
© Hugues Blineau / Tous droits réservés / Reproduction interdite sans autorisation de l’auteur

France de Griessen

Les Essentiels de France de Griessen pour Stereographics / Photographie par France de Griessen

 

 

LES ESSENTIELS DE FRANCE DE GRIESSEN
French version, please scroll for the english translation (bottom of the page)

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UNE CONSTELLATION DE TRÉSORS CHERS A MON COEUR
Texte et photographie de France de Griessen

FENDER MALIBU
Je suis très grande et j’aime les petites guitares
. J’ai acheté cette Fender Malibu vintage à New York. Je l’ai vue, essayée et aimée. Parfois, les choses sont aussi simples que cela. Au fil des années, ma connexion avec ma Malibu adorée est devenue de plus en plus forte à travers le nombre et la superposition d’expériences, d’émotions, de technique, d’aventures, de tournées, d’enregistrement en studio… ce qui a donné à cette connexion une densité très profonde et riche de sens, permettant à l’instrument de devenir une extension de mon corps et de mon esprit.
Ces guitares ont été fabriquées aux USA entre 1965 et 1971. Des modèles de guitare Fender Malibu sont toujours produites aujourd’hui ; elles sont cependant différentes à bien des égards. Quand je l’ai eu entre les mains, ma Fender Malibu n’était pas en très bon état, aussi elle a passé du temps entre les mains d’un luthier pour recevoir les soins et l’attention qu’elle méritait. Redonner vie à un instrument et l’entendre chanter à nouveau, c’est une expérience profondément émouvante. Je remercie tout spécialement Ben’s Guitar Repair Shop à Bruxelles !
J’utilise les sangles de guitare vegan Couch. Elles sont fabriquées en Californie, en utilisant principalement des matériaux de récupération comme du deadstock de revêtement de sièges de voiture, des sangles de ceinture de sécurité recyclées, du vinyle recyclé provenant de diverses sources industrielles et automobiles… cette entreprise est 100 % vegan et propose une gamme incroyable de sangles, exempte de cruauté envers les animaux. Ils en ont même une avec un imprimé pigeon que j’adorerais avoir car j’adore les pigeons. Certaines personnes les considèrent comme des nuisibles, ce qui est totalement inexact. Ce sont des animaux domestiques abandonnés qui ont sauvé des vies en portant des messages pendant les guerres, ils sont très amicaux, sensibles et doux ; nous devrions être reconnaissants de partager les villes avec les oiseaux et prendre soin d’eux. Lorsque les gens commencent à réaliser que les pigeons sont des créatures merveilleuses qui essaient simplement de vivre dans un environnement qui leur est hostile à cause des humains, très souvent, ils commencent à remettre en question beaucoup d’autres choses qu’on leur a dites et qu’ils ont répétées sans même se demander : “Est-ce vrai ?” L’un des rôles de l’art est de remettre en question les hypothèses, d’encourager le questionnement ; un pigeon sur une sangle est donc un symbole puissant.

BIJOUX VINTAGE
Une sélection de ma collection de bijoux fantaisie vintage. Ces magnifiques pièces tirent leur valeur du design, du savoir-faire, du symbolisme et du pouvoir évocateur plutôt que de matériaux précieux. Ils étaient portés par les actrices dans les films de l’âge d’or d’Hollywood, par les femmes élégantes lors de cocktails puis, entre les mains d’artistes surréalistes, ils sont devenus des œuvres d’art. Regardez les designs oniriques de Schiaparelli ! Elsa a collaboré avec Salvador Dalí et Jean Cocteau dans les années 1930’, et aujourd’hui la marque continue de flouter la frontière entre mode et art.
J’aime porter des pièces de ma propre collection, ou des bijoux que l’on me prête, avec une veste de foot italienne colorée des années 80, un kimono, une cape, une blouse romantique, ou… n’importe quoi, tout est possible ! Les bijoux fantaisie sont une merveilleuse expression de style et de créativité et il n’y a aucune raison de ne pas les porter quand on en a envie, de jour comme de nuit. Mon amie Virginie Sebbagh a une incroyable boutique de bijoux vintage aux Puces de Saint-Ouen, dans le Marché Vernaison. Je suggère une visite à tous ceux qui ont besoin d’une dose de glamour et d’excentricité flamboyante et princière ! Le strass est merveilleux sur toutes et tous, et “more is more” quand il s’agit de bijoux fantaisie. Il y a environ un an et demi, j’ai fait une reprise de All the Best de John Prine avec Pacôme Genty, duo qui est ensuite devenu un court métrage musical. Des bijoux fantaisie vintage ont été utilisés dans le film comme langage symbolique qui crée des narrations multiples. On peut créer des poèmes visuels avec les bijoux.

SHRUTI BOX
La shruti box est un instrument indien dont le son rappelle celui d’un harmonium. Il permet de créer des arrière-plans enchanteurs et obsédants. Je souhaite partager une citation d’un brillant article du chroniqueur culturel, historien de la musique, producteur de disques et pianiste de jazz Ted Gioia (The Honest Broker / @tedgioia) Drone Attacks: The New Sound of Contemporary Music : “L’histoire du rituel —qui est la la forme originelle de la performance live, je dois le souligner— documente une longue tradition de basses fréquences dont les pulsations sont associées à la transe et aux états extatiques. Ce genre de musique nécessite toutefois d’être joué pendant près de dix minutes avant d’exercer pleinement son effet sur le corps.(…) Si le temps ne me faisait pas défaut, je pourrais fournir un rapport sur l’histoire fascinante de ces puissants sons graves, qui opèrent à un point liminal où la musique devient une sorte de texture auditive continue, qui immerge l’auditeur dans un espace sonore global…”
J’ai reçu ma Shruti Box en cadeau. J’ai été très émue lorsqu’on m’a offert ce merveilleux instrument car il résonnait profondément avec qui je suis et il est devenu une partie très importante de mon expression musicale. Ce cadeau transcende les circonstances personnelles car il incarne une partie de ma créativité, laissant une marque durable qui conserve sa valeur quels que soient les changements de la vie. J’espère, tout au long de ma vie, avoir réussi à offrir de tels cadeaux.

ROUGE À LÈVRES ROUGE VIF
Le rouge à lèvres rouge vif est un élément incontournable de mon style personnel.
Je ne me maquille généralement pas beaucoup, mais le rouge à lèvres rouge vif est une affirmation. Même les jours où ma peau est loin d’être parfaite, un rouge à lèvres rouge vif fonctionne toujours. La nuance de rouge que je préfère est le « Scarlet Red ». Certaines marques de maquillage commercialisent cette teinte sous les noms de « Poppy Red », « Royal Red » ou bien d’autres encore. Ce qui compte vraiment, c’est la couleur ! Le sort de tous les êtres sensibles m’importe, et étant vegan, je ne veux ni participer à, ni tolérer, ni promouvoir la cruauté envers les animaux. Je choisis donc des rouges à lèvres vegan, de marques qui ne sont pas vendues en Chine, où les tests sur les animaux sont obligatoires. En ce moment, mes préférés sont ceux de deux marques françaises : Charlotte Bio et Pomponne.
Même si, hormis le rouge à lèvres, mon maquillage est très léger la plupart du temps, j’adore les livres sur le sujet, en particulier les livres de précédentes décennies. J’apprécie particulièrement les descriptions de Way Bandy sur la manière de créer des couleurs précises, à la manière d’un artiste utilisant sa palette. Il est l’auteur d’un livre dont le titre est  “Styling your face : An illustrated guide to fifteen cosmetic face designs for women and men”. Il a débuté sa carrière dans la seconde moitié des années 60 et est devenu très célèbre dans les années 70 et 80 en créant des maquillages qui ont un côté poupée, une élégance romantique, raffinée, sensuelle, puissante, glamour et qui a résisté à l’épreuve du temps.
Le rouge à lèvres rouge vif me rappelle aussi toujours les héroïnes de David Lynch, l’un de mes réalisteurs préférés. « Lynch est parvenu à ses visions par le hasard, les états de rêve et l’intuition. Les rencontres fortuites faisaient souvent partie de son travail. » (Ismail Muhammad, The lives they lived , The New York Times). Pour moi, le rouge à lèvres est bien plus qu’une simple manière de mettre en valeur son visage : tout ce que l’on aime nous amène à penser à d’autres choses que l’on aime. C’est pourquoi une teinte très spécifique qui résonne profondément en nous est si puissante.

COURONNES 
J’adore les belles couronnes
. Couronnes de fleurs, couronnes-bijoux anciennes, couronnes de feuilles, parures de tête… J’en ai toute une collection, que je porte sur scène comme au quotidien, car chaque jour peut être spécial si on le souhaite. Pour moi, elles symbolisent la magie qu’on peut apporter dans son existence, et aux moments qui nous importent. J’ai un tatouage sur l’avant-bras droit qui dit « King Captain ». Cela signifie que lorsqu’on est artiste, on est un capitaine qui navigue en mer, qu’on explore et qu’on manœuvre, tout en veillant à sa sécurité, même lorsque la mer est déchaînée, et on est le roi du monde que l’on a créé. Je pourrais aussi dire « reine », bien sûr. Mais j’ai choisi « roi » précisément parce que je suis une femme et que c’est ma façon d’exprimer que ce qui importe, c’est la personne que l’on est, et non son genre. Faites-vous preuve de gentillesse ? De compassion ? De respect ? C’est cela qui devrait avoir de l’importance. Rien de grand n’est accompli par des personnes au cœur rempli de haine.
Enfin, je pense qu’il est extrêmement important d’apprendre à se couronner soi-même. Cela n’a absolument rien à voir avec la vanité, l’arrogance ou l’égocentrisme. Il s’agit d’être assertive/f, de célébrer et de cultiver sa singularité sans attendre ni avoir besoin d’une validation ou d’une permission extérieure pour le faire. C’est beaucoup de travail, mais cela en vaut la peine.

LIVRES
Flocon le petit mouton texte de Gilbert Delahaye, illustrations de Simonne Baudoin. J’adore les livres pour enfants, surtout des années 40 aux années 80, car la plupart d’entre eux sont dessinés ou peints à la main, ils ne sont ni ironiques ni cyniques, ils sont poétiques, plein de compassion et d’imagination, et la nature est une présence constante. Tout cela me réconforte beaucoup. Certaines histoires comportent également des éléments mystérieux et sombres, comme les contes de fées. Ce qui me fait peur, c’est un monde sans art, centré uniquement sur les entreprises, les marques et le profit. Les livres de ma collection créent un monde dans lequel je peux vivre.
Sœurs, Saintes et Sibylles de Nan Goldin. L’artiste dédie ce livre de photographies à “toutes nos sœurs qui se sont suicidées ou ont été internées pour leur rébellion.” Il a changé ma vie. Nan Goldin a traversé de nombreuses périodes difficiles mais a néanmoins produit une œuvre extraordinaire. C’est très encourageant pour les gens qui ne se reconnaissent pas dans les cadres existants et je suis emplie de gratitude quand je regarde son travail. Je vois une telle beauté dans ses photographies. Je sais que certaines personnes pourraient décrire certaines photos comme « horribles », telle que celle de son bras couvert de brûlures de cigarettes et de plaies ouvertes. Pour moi, c’est une photo qui dit “ voici l’état terrible dans lequel j’étais et pourtant, j’ai pris cette photo, j’en ai fait de l’art, qui a du sens.”
L’art est la lumière qui ne détruit pas l’obscurité mais la domine.

 

France de Griessen
Juin 2026


Plus d’informations à propos de France de Griessen
francedegriessen.com
francedg.bandcamp.com
prohibitedrecords.com/fr/artists/france-de-griessen
Instagram @francedegriessen 


Mes Essentiels pour Stereographics par France de Griessen
© France de Griessen / Tous droits réservés / Reproduction interdite sans autorisation de l’auteur

 

 

MY ESSENTIALS BY FRANCE DE GRIESSEN 

Introduction by Cannonball Statman
“When I first heard France de Griessen’s music, I was on tour with my band in Hasselt, Belgium. We had just put our laundry up to dry on the front patio of the home of a fan who was kindly hosting us while we were in town. This patio was a small space and the clothesline was set unusually low, so our clothes kept hitting us in the face while we were walking around, and we realized we had to sit down to avoid being hit by our clothes.
So while we were sitting on the patio, drinking soda and waiting for our clothes to dry, we decided to listen to France de Griessen’s music; we’d just met her at a concert in Paris earlier in the tour, and we had no idea what her music would sound like, but we had a feeling it’d be really good. And, it turns out we were right! When her music came on the sound system, it made me so happy that I forgot I was holding a glass of soda. So the next thing I knew, I’d dropped my glass and spilled my soda all over the table!
Later on, after seeing France perform live on stage and getting to know more about her creative process through working with her on studio albums and other artistic projects, that experience makes more sense to me. Because France is one of those rare artists whose work immediately transports her audience to another plane of existence; somewhere that is at once completely otherworldly and, at the same time, profoundly intertwined with this world we live in.She sometimes says that when she performs her music, she enters a state she calls hyper-presence: a state of being fully there in the physical, mental, and emotional space that she’s creating in the room with us from moment to moment. But I’d say she’s also fully there in the spaces she’s creating with us far beyond this realm. We’re all there, too, just as we’re all in the room with her. So while all this is happening, it can be easy to suddenly forget you’re supposed to be holding a glass of soda; but even if you end up spilling it all over the table of a kind stranger whose table would’ve preferred not to be drenched in soda that day, you might also find something incredible you’d never thought you’d find.”

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A CONSTELLATION OF BELOVED TREASURES
Words & photography by France de Griessen

FENDER MALIBU
I am very tall and I love small guitars. I got this vintage Fender Malibu in NYC. I saw it, tried it and loved it. Sometimes things are as simple as that. Over the years my connection to my cherished Malibu became stronger and stronger through layers of experiences, emotions, technique, adventures, touring, recording music…which gave this connection a density that is very deep and meaningful, allowing the instrument to become an extension of my body and mind.
Those guitars were manufactured in the USA, from 1965 to 1971. New Fender Malibu guitars are manufactured today; they are, however, different in many ways.
When I got it, my Fender Malibu was not in great condition, so it spent time in a luthier’s hands, receiving the care and attention it deserved. Bringing an instrument back to life and hearing it sing again; what a deeply moving experience. Special thanks to Ben’s Guitar Repair Shop in Brussels!
I use vegan Couch guitar straps, which are made in California using mostly reclaimed materials, like deadstock car upholstery, recycled automotive seat belt webbing, upcycled vinyl from various industrial and automotive sources…this company is 100% vegan and cruelty-free, and they have an amazing range of straps to choose from. They even have one with a pigeon print that I don’t own yet but would love to, as I adore pigeons. Some people see them as pests, which is totally inaccurate. They are abandoned domestic animals who saved lives by carrying messages during wars, they are super friendly, sensitive and sweet; we should be grateful for sharing cities with birds and take care of them. When people start realizing pigeons are wonderful creatures who are simply trying to live in an environment that is hostile to them because of humans, very often, they start to question many other things that they have been told and have repeated without even asking themselves: “Is this true?”
One of the roles of art is to challenge assumptions, to encourage questioning; so a pigeon on a strap is a powerful symbol.

VINTAGE COSTUME JEWELRY
A selection from my collection of vintage costume jewelry. These magnificent pieces derive their value from design, craftsmanship, symbolism, and evocative power rather than precious materials. They graced old Hollywood films, adorned cocktail parties, and, in the hands of Surrealist artists, became works of art; have a look at Schiaparelli’s oneiric designs! Elsa collaborated with Salvador Dalí and Jean Cocteau in the 1930’s, and today the brand continues to blur the line between fashion and art.
I love to wear pieces from my collection, or borrowed ones, with something like a colorful Italian track jacket from the 80’s, a kimono, a cape, a romantic blouse, or…anything, really! Costume jewelry is a wonderful expression of style and creativity, and there is no reason not to wear it whenever one feels like it, day or night. My friend Virginie Sebbagh runs an incredible vintage costume jewelry shop at the Saint-Ouen Flea Market, in the Marché Vernaison. I suggest a visit to anyone who needs a dose of glamour, and flamboyant and princess-like eccentricity. Also, I think everyone looks great wearing strass, and that “more is more” when it comes to costume jewelry. About a year and a half ago I did a cover of John Prine’s All the Best with Pacôme Genty, which then became a musical short film. Vintage costume jewelry was used in the film as a symbolic language to tell stories. You can create visual poems with jewelry.  
SHRUTI BOX
A shruti box is an Indian instrument which produces a sound that is reminiscent of a harmonium. It provides sustained drones, creating enchanting and haunting backgrounds. I want to share a quote from a brilliant article by cultural critic, music historian, record producer, and jazz pianist Ted Gioia (The Honest Broker / @tedgioia) Drone Attacks: The New Sound of Contemporary Music: “The history of ritual—which is the original live performance, I should point out—documents a long tradition of throbbing low frequencies associated with trance and ecstatic states. But this kind of music really needs to be played for close to ten minutes before it exerts its full effect on the body.(…) If I had time, I could provide a fascinating survey of the entire history of these powerful low sounds, which operate at a liminal point where music becomes a kind of encompassing aural texture to the soundscape…”
I received my shruti box as a gift. I was very moved when I was presented with this wonderful instrument as it deeply resonated with who I am and became a very important part of my musical expression. This gift transcends personal circumstances because it embodies a part of my creativity, leaving a lasting mark that retains its value regardless of life’s changes. I hope I have given people gifts in that way throughout my life.

BRIGHT RED LIPSTICK
Bright red lipstick is an essential part of my personal style. I usually don’t wear a lot of makeup, but bright red lipstick is my statement. Even if it’s a day when I have very imperfect skin, a bright red lip always works for me. The color I love the most is Scarlet Red. Some makeup brands will sell this shade as “Poppy Red”, “Royal Red” or many other names. What really matters is the color! Other sentient beings matter to me, and being vegan, I do not want to participate in, condone or promote cruelty towards animals; so I carefully chose vegan lipsticks, by brands who are not sold in mainland China, where animal testing is mandatory. Right now, my favorites are by two French brands: Charlotte Bio and Pomponne.
Even though my makeup is quite minimal, I adore books on the subject, especially vintage ones. I love Way Bandy’s descriptions on how to create precise colors, like an artist using a palette. He’s the author of a book called Styling your face: An illustrated guide to fifteen cosmetic face designs for women and men. He started his career in the second half of the 60’s and went on to become very famous in the 70’s and 80’s. He created a romantic, refined, sensual, powerful, glamourous and doll-like elegance that stood the test of time.
Red lipstick also always reminds me of David Lynch’s heroines. He is one of my favorite filmmakers. “Lynch arrived at his visions through serendipity, dream states and intuition. Chance encounters often found their way into his work.” (Ismail Muhammad The lives they lived, The New York Times). Red lipstick, to me, is much more than a form of adornment: anything that you love leads you to think about other things you love. This is why a very specific shade that deeply resonates with you is so powerful.

CROWNS & WREATHS
I adore beautiful crowns. Flower crowns, vintage costume jewelry crowns, wreaths, headdresses…I have quite a collection, which I wear onstage and in everyday life, because every day can be special if you want it to be. To me they are the symbol of bringing magic into one’s life and into events. I have a tattoo on my right forearm that says “King Captain” whose meaning is that when you are an artist, you are a captain sailing the sea, exploring and navigating, and keeping yourself safe, even when the sea is raging, and you are the king of the world you created. I could also say queen, of course. But I picked king specifically because I am a woman and that is my way to express that what’s important is the person you are, not one’s gender. Are you kind? Compassionate? Respectful? That’s what should matter. Nothing great is accomplished by people with a heart full of hate.
Also, I think it’s extremely important to learn to crown oneself. It has absolutely nothing to do with being conceited, arrogant or egotistical. It’s about being assertive, about celebrating and cultivating one’s uniqueness without waiting for or needing external validation or permission to do so. It’s a lot of work, and it’s worth it.

BOOKS
Flocon le petit mouton (Flocon the little lamb) text by Gilbert Delahaye, illustrations by Simonne Baudoin.
I adore children’s books, especially from the 40’s to the 80’s, because most of them are hand-drawn or painted, they are not ironic nor cynical, they are poetic, compassionate and imaginative, and nature is a constant presence. All this is very comforting to me. Some stories also have elements of darkness and mystery, like fairy tales. What scares me is a world without art, focused solely on businesses, brands and profit. The books from my collection create a world I can inhabit.
Nan Goldin’s Sisters, Saints and Sibyls. The artist dedicates this photo book to “all our sisters who have committed suicide or been institutionalized for their rebellion.” This book changed my life. Nan Goldin has faced many difficult times but has nonetheless produced an extraordinary body of work. This is very encouraging for people who do not fit in and I am so grateful when I look at it. I see such beauty in her photographs. I know some people could describe some of them as gruesome, like the one of her arm covered in cigarette burns and open wounds. To me it is a photo that says “this is the terrible state I was in and yet, I took this photo, I created meaningful art.” Art is the light that does not destroy the darkness but overpowers it.

France de Griessen
June 2026


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My Essentials for Stereographics by France de Griessen
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Erik Andersson

Les Essentiels d'Erik Andersson pour Stereographics / Painting by Hickory Mertsching


LES ESSENTIELS D’ERIK ANDERSSON

I was honored to be chosen to contribute to Pascal’s labor of love. To celebrate my 60th birthday, I commissioned a still life of objects representing the people, places and things that comprise my life to date. It was good fun, and surprisingly challenging, to roam around my house seeking out items that would tell my story. I am finally finishing this up on my 62nd birthday. As they say, these things take time.

The artist is Portland, Oregon based Hickory Mertsching, whose work I’ve admired for many years.

From left to right:

I’m a classic film fan, and my favorite performer from the silent era is Harold Lloyd. He was the quintessential Everyman, and as it turns out, a favorite of my Farfar (my Swedish grandfather.) I have a couple Swedish movie posters from Harold Lloyd films and I like to think that my Farfar may have passed by one of them as he went to the cinema in 1920s Norrtälje, Sweden.

As a kid we’d drive down to Florida every year to give us a break from the New York winter. South of the Border is a basically a tourist trap and gas station, promoted on cheesy billboards from 200 miles in each direction. “Pedro says, ‘Chili today, hot tamale’” and “Turn around you meesed it” being the most memorable. But I think my love of road trips stems from those early years driving down Highway 301, before the Interstate existed.

The Royal Canadian Mounted Policeman (or “Mountie”) represents my time at McGill University in Montreal. I met some of my most favorite people there and continued my immersion in music – lots of concerts, used record store sprees and even a time as a DJ on CFRM- Radio McGill.

The pelican is for my dear mother, who loved them and had quite a collection of the birds. This is one of the ones I kept for my own house as a little reminder of her.

I’ve had the great fortune of traveling back to Sweden with my Dad to reconnect with family there. I love the country, and so appreciate getting to experience it with my Dad. We visited Iceland during one of those trips, and I’m very happy I figured out how to get an Icelandic mustard bottle featuring dancing hot dogs into the painting.

Another nod to my Dad, my Swedish heritage and my love of music is the dalahäst or Dala horse, traditional hand-carved and pained folk art. This one is a special one, made to celebrate ABBA and purchased at the Stockholm museum dedicated to them. I also grew up in Saratoga Springs, NY, a city with a long history of horse racing. 

What would a still life of my 60 years be without some favorite books. So many options to choose from! “The Four Million” by O. Henry is a collection of 25 short stories largely set in New York City exploring the lives of ordinary people. That was the time of the Gilded Age and the Four Hundred, a list of the 400 people worth knowing in New York Society. O. Henry countered that every New Yorker deserved attention and in fact there were four million worth knowing. I always loved that sentiment. The collection contains his most famous story, “The Gift of the Magi”. 

Walker Percy’s “The Moviegoer” is my favorite novel, a book that often feels like the author had access to my subconscious when he was putting pen to paper.  A favorite passage: “The fact is I am quite happy in a movie, even a bad movie. Other people, so I have read, treasure memorable moments in their lives: the time one climbed the Parthenon at sunrise, the summer night one met a lonely girl in Central Park and achieved with her a sweet and natural relationship, as they say in books. I too once met a girl in Central Park, but it is not much to remember. What I remember is the time John Wayne killed three men with a carbine as he was falling to the dusty street in Stagecoach, and the time the kitten found Orson Welles in the doorway in The Third Man.”

Kazuo Ishiguro is my favorite author, and I discovered him with this novel, released shortly after I graduated from college. “Remains of the Day” connected me to far away friends, and sent me to another time and place when I most needed the diversion of a great novel. 

The last of the books is the autobiography of my favorite film director, Preston Sturges. For folks unfamiliar with him, he arguably had one of the finest runs of comedies in the 1940s, writing and directing stone cold comedy classics like THE LADY EVE, THE PALM BEACH STORY and his best known work, SULLIVAN’s TRAVELS. His biography reveals his life to be incredibly fascinating, as evidenced by the fact that his productive years in Hollywood make up a relatively minor number of the pages. 

One birthday I took the day off and just roamed around my extended neighborhood at in Portland, Oregon. I stumbled across the toy car in an antique store and could not pass up the man and his dog on a road trip theme, something I had done often in real life. Turns out the dog was a dead ringer for my dog Ranger, the sweetest dog in the world that ironically became the Tasmanian Devil in a car.

The bottle of Berkshire Distillery Whiskey represents my family heritage on my mother’s side, from Western Massachusetts. The Berkshire Mountains are beautiful, especially in the fall when they turn all sorts of red, yellow and orange with the change of season.

Finally, Ned Kelly, the Australian bushranger, representing my time as a student in Adelaide, South Australia. I so enjoyed my time there, so much to see, hear and experience. And lifetime friends too! I got to see the Split Enz “Enz of an Era” tour in Adelaide and Hunters and Collectors in a small nightclub in.
St. Kilda in Melbourne. One very long-lasting musical memory: While there, I read a review of the Blue Nile’s “A Walk Across the Rooftops” in the NME and it ended with the line “Great music is still being made.” I sought out the import at an Adelaide record store, brought it back to my place and put it on the stereo. I just stared at the speakers – the music had such a hold on me from the drop of the needle. I’d never heard anything like it. Still think of that little Adelaide apartment when I listen to the Blue Nile. 

Erik Andersson
Juin 2026


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Mes Essentiels pour Stereographics par Erik Andersson
© Erik Andersson / Tous droits réservés / Reproduction interdite sans autorisation de l’auteur

Sandinista ¿Qué?

The Clash à Mogador, Paris, 1981 © Pierre Terrasson.

What do we have for entertainment?
Je me souviens encore des longues heures passées à écouter “Sandinista”, à essayer d’en mesurer l’immensité. Avec le fondateur “Cost of Living EP” acquis sur le marché de Portobello Market, l’énergie du premier album, mon obsession du morceau “Stay Free” (chanté par Mick Jones) et la perfection artistique de “London Calling”, j’ai comme grandis aux côtés de Joe Strummer.
Avec lui, j’ai découvert les préceptes d’une personne que j’ai adopté comme grand frère, une personne qui déchiffre le monde autour de moi, avec ce que je perçois d’intégrité, de finesse et d’intelligence. De rage aussi.
Ce nouvel album, je l’attends comme une nouvelle drogue.

Décembre 1980
Je ne connais pas encore New Rose et ce matin-là, je fais les cent pas à la Fnac Montparnasse dès l’ouverture. Un copain qui y travaille m’a appelé la veille pour me dire que le disque avait été livré. Je ne suis visiblement pas le seul à tourner dans les rayons en attendant la mise en bac de l’album. On s’épie du regard, presque complices.
Je me souviens encore des albums posés sur le présentoir, de la surprise du poids du disque dans mes mains, du prix incroyable (que j’ai d’abord pensé être une erreur d’étiquette) et de cette pochette qui élève le groupe au rang d’icônes de mode. Je ne le sais pas encore mais j’ai un trésor dans les mains.

Dans le métro qui me ramène chez moi, l’excitation est à son comble. Je ne peux pas résister, j’ouvre le disque, déplie le livret intitulé “The Armagideon Times, no. 3” que je dévore des yeux. Six faces, en noir et blanc, un nouveau numéro du fanzine du groupe. Arrivé chez moi, je pose religieusement le vinyle 1, morceau 1 sur la platine.
L’explosion “The Magnificent Seven”, hymne immédiat. Puis, le vertige de ces six faces qui n’en finissent plus. Je crois bien que cette première écoute fut un mélange d’incompréhension et d’admiration.

Je ne sais pas trop quoi faire de ces trois disques mais je ne peux m’empêcher d’y revenir tout le temps : écouter les six faces dans l’ordre ou sélectionner des morceaux ?
En quelques semaines, cet album gargantuesque est devenu la bande son de mes soirées, au point d’éclipser mes autres disques. Je voudrais en percer le mystère, arriver à en faire le tour. Au fil des écoutes, des morceaux s’installent, d’autres restent obscurs. Je reste comme aimanté par tant de diversité. Trois disques, six faces, trente-six morceaux, cent quarante-quatre minutes et dix-neuf secondes.

Peu à peu, je commence à percevoir l’ampleur de l’album. Les morceaux qui m’avaient d’abord presque ennuyé prennent une nouvelle saveur, celle de l’inconnu. J’ose m’avouer aimer des couleurs jazz, rap, calypso, gospel, blues que jusque-là je ne m’autorisais pas, pétris dans mes certitudes de “young punk”.
Je lis dans les magazines que certains voudraient réduire cet album à seulement quelques chansons (comme Sandinista Now!, la version presse de l’album). C’est mal le comprendre, je crois. C’est justement ce feu d’artifice d’inspirations, cet éclectisme qui en font la richesse : une immensité d’horizons musicaux, de métissages et d’avant-gardisme, sans perdre aucunement l’énergie du punk-rock. Il faut juste lui accorder du temps, beaucoup de temps.

Septembre 1981
Le groupe s’installe pour une semaine de concerts au Théâtre Mogador à Paris. J’y laisse toutes mes économies d’alors mais j’y suis tous les soirs. Je crois n’avoir jamais autant ressenti cette sensation d’assister à un moment d’absolu. Sept soirs de suite, mes chaussures sont couvertes de la poussière rouge de la moquette de Mogador laminée par un public fiévreux et agité.
Sept soirs d’éternité.

 

Épilogue
Quelques années plus tard, mon chat Gustave fera ses griffes sur la large tranche de l’album qui en porte toujours les stigmates. Il m’avait déjà rayé quelques disques en bondissant sur ma platine dont j’avais malheureusement cassé le couvercle. En découvrant son méfait, je me souviens l’avoir soulevé de terre, pris en quatre yeux pour lui expliquer le sacrilège qu’il venait de commettre. J’étais furieux, il me regardais, hagard. Avec le temps, c’est peut-être l’un des plus merveilleux souvenirs que je garde de lui.


Pascal Blua
12 Décembre 2025

Photographie : The Clash au Théâtre Mogador (Paris), 1981 © Pierre Terrasson

 

François Gorin

Les Essentiels de François Gorin pour Stereographics


LES ESSENTIELS DE FRANÇOIS GORIN

1. [Carry On, Jeeves by P.G. Wodehouse] Pelham Grenville Wodehouse (1881-1975), auteur anglais exilé aux Etats-Unis en 1947, a créé, avec le jeune rentier oisif Bertram Wooster et son valet personnel Jeeves, le duo comique le plus génial de toute la littérature mondiale. Schéma typique : Wooster se met dans des embarras (sentimentaux, familiaux), dont le sauve la perspicacité de Jeeves, au bout de moult péripéties. PGW nous a laissé 99 livres et je les ai tous lus. 

2. [Playtime, Jacques Tati] Le plus beau film du monde. Jacques Tati l’a achevé en 1967, ruiné. Il a bien failli y laisser sa peau. En 2002, une version restaurée de Playtime a été projetée dans le grand auditorium Louis-Lumière au festival de Cannes. J’en suis sorti en larmes, alors que M. Hulot avait juste raccompagné une amie américaine à l’aéroport. 

3. [Five Leaves Left, Nick Drake] Le plus beau disque du monde. J’ai découvert l’existence de Nick Drake deux ans après sa mort (le 25 novembre 1974, d’une surdose d’antidépresseurs), grâce à un article assez sibyllin de Philippe Garnier dans Rock & Folk. Quelques mois après, son premier album est entré chez moi. Un éblouissement qui ne m’a jamais quitté. 

4. [Bob Dylan – Writings and Drawings] La bible de mes 17 ans. Tous les textes des chansons de Dylan (plus les notes de pochettes), jusqu’en 1971. C’est l’édition anglaise de 1973. Je la trimballais un peu partout. C’était pour voir les mots qu’il chantait, pas pour les lire comme des poèmes qu’ils n’étaient pas, et pas non plus pour les comprendre. J’aimais bien ses dessins aussi, d’un Picasso enfantin. 

5. [photo] Une simple image du bonheur passager. 

6. [Scott – The Collection 1967-1970] Dans ce coffret tardif, les cinq trésors que j’avais mis des années à réunir sous leur forme originale (vinyle 33T) dans une vie précédente. Révélée par fragments au début des années 80, la musique de Scott Walker n’a cessé de me hanter jusqu’à devenir l’objet d’une fièvre complétiste. Même à travers un livre chroniquant cette obsession, je n’en ai pas fait le tour. 

7. [figurine pelotari] Un fétiche de hasard. Figurant le vague regret de n’avoir jamais pratiqué la pelote basque, éternel sujet de fascination (le fronton, les tenues blanches, les gestes comme chorégraphiés). Les séances de jokari solitaires sur la plage ou la digue du Val André n’en auront été qu’un bien pâle ersatz. Reste heureusement le tennis.

François Gorin
Mars 2025


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Musicolor

Mes Essentiels pour Stereographics par François Gorin
© François Gorin / Tous droits réservés / Reproduction interdite sans autorisation de l’auteur

Nesles (Live Report)

NESLES / Photographie © Renaud de Foville

NESLES
Médiathèque Violette-Leduc, Paris
13 Décembre 2024

Il règne une douce pénombre dans la salle : une lampe tempête brille faiblement sur le côté, une roue de vélo ornée d’une guirlande, comme rescapée d’une fête foraine déglinguée, illumine une scène en clair obscur. Nesles est venu ce soir présenter en avant-première les chansons de son nouvel album à venir dans un showcase intimiste et semi-acoustique.

Je suis un spectateur privilégié ayant eu la chance de pouvoir écouter ce nouvel album dans sa version studio. Il m’a laissé sur le carreau, comme lorsque j’ai découvert son album « Permafrost », il y a 7 ans déjà. Ce merveilleux electronica-folk aux paroles ciselées où chaque mot trouve sa place, comme une révérence à une langue française dont on a trop vite oublié la subtile richesse et le pouvoir évocateur. La prestance d’un dandy lettré qui entretient la flamme toujours brulante d’un manifesto punk.

Ce soir, Nesles, seul en scène, déroule un set organique, analogique, sans temps d’arrêt, parfois entrecoupé de pauses sonores en guise de décor (« 1976 »). Une suite d’instants maximisés, musicalement millimétrés, où se côtoient l’intimité d’une guitare en équilibre sonique (« Quelque chose brille »), les éclairs timbrés d’un thérémine qui électrisent « Agfa Chromes », l’incroyable pulsation rythmique de « Beckett» ou encore le tournis vertigineux du fantastique « Carquois » au final envoûtant.

À chaque fois que je vois Nesles sur scène, je ressens ces coups de poing qui mélangent avec tant de brillance la mise en scène romanesque et l’essai philosophique.
Ce soir encore, j’ai des bleus à l’âme.


Pascal Blua
14 Décembre 2024

Photographie : Renaud de Foville

Set list :
Quelque chose brille
Antilopes
Canon-fleur
1976
Agfa Chromes
Blanche
Carquois
Anatomie (Rien à Foutre)
Beckett

Plus d’information à propos de Nesles
nesles.bandcamp.com
instagram.com/neslesofficiel
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Jérôme Didelot (Orwell)

Les Essentiels de Jérôme Didelot pour Stereographics (Photographie de Thierry Bellia)

 

LES ESSENTIELS DE JÉRÔME DIDELOT (ORWELL)

Le piano droit Rippen
Un peu gonflé, me direz-vous, ce type qui n’a jamais pris une seule leçon de piano et qui choisit justement ce noble instrument en guise d’introduction. Mais ce meuble en bois de marque hollandaise, de qualité très moyenne, est indissociable de mon parcours de musicien. Il trônait dans la salle à manger familiale, ma grande sœur Isabelle a passé des heures dessus à travailler les œuvres de Mozart et Schumann, et lorsque ses nerfs ne lui permettaient plus d’aller plus loin, je prenais le relais sur le tabouret – moi, le petit dernier qu’on avait inscrit au club de foot plutôt qu’au conservatoire – et j’appuyais lentement sur les touches, un peu au hasard, jusqu’à ce que j’entende quelque chose qui me plaise. Ce même piano Rippen est désormais dans mon local de musique, on peut même l’entendre sur certains disques d’Orwell, et finalement ma façon de composer n’a pas beaucoup changé.  

Les chaussures à crampons
Vous l’avez compris, le foot occupait plus de place que la musique dans mes jeunes années. Pourtant, je sentais que ce qui me passionnait vraiment, c’étaient les envolées orchestrales des chansons d’Alan Parsons Project que j’écoutais dans mon walkman, en tout cas plus que les reprises de volée de Michel Platini. J’ai arrêté le foot à 15 ans, un peu par snobisme, c’était un “truc de beauf”. J’ai commencé la musique et les soirées arrosées. Et puis ce sport aussi magique que détestable, par certains de ses aspects, m’a rattrapé. Quarante ans plus tard, j’en suis encore à préparer mes chaussures à crampons pour le match du dimanche matin. Et je ne suis pas rancunier. En 2018, un ballon pris de plein fouet sur le pavillon de l’oreille gauche m’a fait perdre beaucoup en acuité auditive tout en me condamnant à un acouphène irréversible pas très plaisant. Au regard de cette anecdote, le titre de la chanson d’Orwell, Rien ne pourra me rendre sage, prend tout son sens. 

Simple Minds New Gold Dream (et le livre Themes for Great Cities de Graeme Thomson)
Je devais avoir environ 13 ans quand j’ai découvert Simple Minds grâce à Bernard Lenoir, je ne me rappelle pas si c’était sur France Inter (Feedback) au dans l’émission Rockline qui faisait partie de la programmation des Enfants du rock (Antenne 2). Séduit par ce que j’avais entendu, j’avais pris pour habitude d’aller écouter leurs disques dans les bornes de la Fnac de Metz où il fallait apporter le vinyle au vendeur, dont je sentais que je commençais à le gonfler car je n’avais pas souvent l’argent pour acheter ledit vinyle. En vacances dans le sud avec mes parents, je parviens à les persuader de m’acheter l’album New Gold Dream après une opération séduction dans un magasin. Problème : pas de platine dans la location. Alors je me trimballe le vinyle partout, persuade un restaurateur de passer le disque en fond pendant le repas et savoure les quelques notes que je perçois entre les bruits de fourchette. Finalement, le disque craquait déjà comme une antiquité à notre retour. Mais j’ai toujours cet exemplaire et il ne se passe pas un été sans que j’écoute cet album unique à mon sens. Bien plus tard, en lisant le fantastique livre Themes For Great Cities (Constable) de Graeme Thomson, j’ai réalisé à quel point les premières années de ce groupe ont été marquantes. De là a germé l’idée d’enregistrer le mini album de reprises Simple Minded

Sturgeon, le plus qu’auteur (ouvrage collectif)
Je dois aux genres de la science-fiction et du fantastique de m’avoir donné le goût de la lecture. Parmi les bouquins qu’on s’échangeait régulièrement avec mon pote de collège François Botella (Lovecraft, Dick, King…), ceux de Theodore Sturgeon résonnèrent particulièrement en moi. Les premières pages de Cristal qui songe, décrivant le sordide quotidien d’un enfant martyrisé et qui mange des fourmis sans qu’on sache pourquoi, m’ont littéralement happé. En 2018, j’ai eu la chance de coordonner une luxueuse publication sur cet auteur américain, épaulé par Florence Dolisi et Benoît Domis, Sturgeon, le plus qu’auteur (ActuSF).

Deux 45 tours : Michel Delpech Le chasseur et The Korgis Everybody’s Got To Learn Sometime 
Les images marquantes de mon enfance sont souvent sorties du poste de télévision. L’écran placé au centre du salon a contribué à forger ma conviction que les musiciens vivaient dans un monde à part, qu’ils soient grimés dans les émissions de Maritie et Gilbert Carpentier ou présentés dans les situations les plus étranges dans les premiers clips. Michel Delpech, le bienveillant, incrusté dans un décor bucolique pour chanter ses remords de chasseur ou James Warren, chanteur des Korgis les pieds dans l’eau au milieu d’un hangar, sont pour moi comme des polaroïds imaginaires incrustés dans des albums photos virtuels. Et la vie réserve parfois des surprises. Car ces deux chanteurs ont fini par s’inviter dans ma réalité. Le premier en 2000, lorsqu’après avoir découvert Orwell, il m’a invité à chanter un titre avec lui à la Cigale et qu’il a proposé au groupe de faire sa première partie à l’Olympia. Quel souvenir pour nous et Frédérique, notre manageuse d’alors, de le voir apparaître dans la loge, en chaussettes, pour nous souhaiter bonne chance ! Le second, c’est moi qui l’ai sollicité vers 2004, quand j’ai découvert qu’il était toujours actif avec le groupe Stackridge. J’ai depuis eu l’occasion de collaborer plusieurs fois avec James Warren, et je peux affirmer qu’il est un authentique gentleman doublé d’un songwriter aussi subtil que sous-estimé et doté de l’une des plus douces voix du Royaume-Uni. 

Jonathan Coe Bienvenue au club
Suite de la série “Toi aussi, rencontre tes idoles”. C’est ma compagne, Élise, qui m’a initié aux livres de Jonathan Coe. Et je suis vite devenu un grand amateur de ses histoires à tiroirs et de son regard souvent drôle et parfois cynique sur une Grande-Bretagne qui ne fait pas toujours montre de grandeur. C’est pourquoi ce message chaleureux arrivé dans ma boîte mail un jour de l’année 2007 – si mes souvenirs sont bons – me remplit de fierté. L’auteur avait découvert un titre d’Orwell dans l’excellente émission de radio The Curve Ball de Chris Evans. Notre première rencontre a eu lieu à un concert de Stackridge, premier groupe de James Warren, dont Jonathan Coe est un grand fan… Bienvenue au club ! 

David Bowie, Rainbowman de Jérôme Soligny
Personne en France (En Europe ? Dans l’univers ?) ne connaît mieux la carrière de David Bowie que Jérôme Soligny. Ce journaliste et musicien talentueux – c’est lui qui, entre autres, a composé Duel au soleil pour Daho – a écrit plusieurs ouvrages sur l’artiste britannique. Mais Rainbowman est un “must have”. Je ne suis pas religieux, mais je considère ce livre comme une bible qui offre des clés pour mieux comprendre la production protéiforme de David Bowie, sans lui enlever son mystère. Quelle riche idée d’être allé rencontrer la plupart de ses collaborateurs au fil du temps ! Et il est plutôt rassurant de constater, à travers ces témoignages, que cet artiste si novateur, ce défricheur, s’est beaucoup amusé en créant, laissant beaucoup de liberté à ses partenaires de sessions. Et surtout, qu’il a intensément réfléchi et travaillé pour se renouveler. 

Jérôme Didelot
Novembre 2024


Plus d’informations à propos de Jérôme Didelot
facebook.com/orwellfrenchband
orwell.bandcamp.com
hotpumarecords.com/en/artists/orwell 
orwellmusic.com

Mes Essentiels pour Stereographics par Jérôme Didelot
© Jérôme Didelot / Tous droits réservés / Reproduction interdite sans autorisation de l’auteur

Javier Mayoral

LES ESSENTIELS DE JAVIER MAYORAL (aka PulpBrother)

When I got the invitation to participate in this project I realized that aside from my family, my friends and my art there are no other essential things in the strict sense of the word that I absolutely need to keep going. What I have and treasure is music, literature, art and films that have given me many hours of joy and inspiration.

Some of the subjects I admire are not represented here because I could not find their portrait among the 11,000 paintings that I have catalogued but they are all in my heart and helped immensely in shaping the person I am right now.

Javier Mayoral
Septembre 2024


Photographs © Javier Mayoral


Plus d’informations à propos de Javier Mayoral
instagram.com/pulpbrother
pulpbrother.com

Easy Living with Pulpbrother / The paintings of Javier Mayoral (2024)
Monographie disponible chez artsfactory.net et serious-publishing.fr

Mes Essentiels pour Stereographics par Javier Mayoral
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Loud and Quiet

Daudi Matsiko / The King of Misery

Parfois, un disque envahit votre quotidien comme par effraction. Rien ne vous y avait préparés et vous ne pouvez pas vous empêcher d’y revenir.

The King of Misery m’hypnotise depuis quelques jours. C’est le premier véritable album (après deux Eps) de Daudi Matsiko, songwriter britannique d’origine ougandaise. Un album incroyablement fragile et spirituel. Désarmant. D’une clarté fulgurante, d’une honnêteté saisissante, un album qui mord au cœur.

10 chansons feutrées, chuchotées, caressées… Un chant comme une confession, porté par les cordes à peine effleurées d’une guitare, un harmonium discret, le souffle enfumé d’un saxophone, une chorale d’ami(e)s ou encore le bruissement d’une texture synthétique.
Chaque note, chaque syllabe, brille par sa présence ou par son absence ; un incroyable et délicat dialogue entre la musique et l’âme de son auteur, dont on ne sait plus bien au fil des écoutes qui accompagne l’autre.

Je ne peux m’empêcher de penser à John Coltrane, à cet équilibre entre douceur, douleur et puissance, folk, soul et jazz. The King of Misery, comme un murmure salvateur dans le bruit de fond du monde.


Pascal Blua
16 Mars 2024

Plus d’informations sur Daudi Matsiko
linktr.ee/daudimatsiko
soundcloud.com/hellodaudi

The King of Misery est paru le 19 janvier 2024 sur le label Really Good

Merci à Emmanuel Delaplanche (et son indispensable émission radio, Trémolo Le Laboratoire) pour la découverte de ce disque.

Julie Konieczny

Mes Essentiels pour Stereographics par Julie Konieczny


LES ESSENTIELS DE JULIE KONIECZNY

“ Questionner l’Essentiel, pour une matérialiste comme moi, c’est une tâche intimidante. Je sais bien que l’essentiel est invisible mais l’essentiel est concret, l’essentiel ne s’attend pas, il se crée, l’essentiel n’est pas pudique, il se vit. L’essentiel ne s’espère pas, il se convoque. Et quand il est parti c’est la misère. J’ai toujours eu l’essentiel. Voilà ce que je me dis, alors ce qui m’intéresse c’est comment le rendre beau et mieux encore : le rendre beau en équipe, ce qui est à la fois un luxe et la moindre des choses quand on a la chance d’avoir … l’essentiel. 

La main – ce livre d’illustrations par Philippe Dupuy a une histoire puissante. Ayez la curiosité de la découvrir. Elle donne beaucoup de force.

L’outil – l’humain a ceci de grandiose qu’il fabrique des outils pour la main qui forge au quotidien l’essentiel mais aussi des œuvres inutiles et enivrantes. 

L’ivresse – c’est un autre terme pour la joie. N’ayant pas une immense propension au bonheur,  je partage volontiers le vin qui rend gai et je trouve parfois autant de spiritualité dans un repas que dans un musée.

L’esprit – Ce texte infernal de Malcom Lowry m’accompagne chaque été depuis longtemps et je le lis exclusivement à l’occasion de mes vacances, quelques pages par jour sur une plage bretonne (idéalement). L’incertitude de le terminer un jour me convient très bien. “


Julie Konieczny
Février 2024


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