Dominique Dalcan

LES ESSENTIELS DE DOMINIQUE DALCAN

J’ai beau creuser, rien n’est plus juste pour représenter mon objet compagnon que ce laptop fatigué.
Si on parle de modernité, cet ordi est déjà dépassé. Il contient pourtant l’équivalent d’armoires entières d’archives ainsi que de nombreuses idées à aboutir.
L’équivalent de mes carnets d’avant est désormais sous forme digitale, comme pour beaucoup d’entre nous.

Parfois, je me dis que c’est triste pourtant je refuse d’être matérialiste.
La manipulation de cet outil d’aujourd’hui m’empêche de penser à hier.

J’essaie de m’éloigner des tentations nostalgiques qui caractérisent pour moi le passé. C’est particulier, car je pourrais ressortir des cartons, des photos, des livres précieux, des objets distrayants ou inspirants…en somme, des éléments déclencheurs qui m’ont fait avancer.
Mais ce serait me replonger dans le passé et probablement rouvrir des brèches.

C’est pas simple…

Quand j’étais plus jeune, j’adorais faire de la moto. La mienne n’avait pas de rétroviseur. Ici, c’est un peu la même chose. Pas de regard en arrière, pas de rétro même si je ne renie pas d’où je viens. Au contraire, j’essaie d’avancer, vers une direction qui demeure incertaine, enfin, il me semble…

Dominique Dalcan
Février 2022

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J. Aubertin

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“On les reconnaît de loin. C’est parfois le chapeau, la démarche, le sourire en coin, la bolo tie, le Denim, les carreaux, parfois tout à la fois, parfois rien. Un petit quelque chose qui fait dire : celui-là, il vient peut-être de Vesoul, de Belleville ou de Clermont, mais il a l’Ouest dans la peau.” — Baptiste Walker Hamon

Jean-Michel Dufour

LES ESSENTIELS DE JEAN-MICHEL DUFOUR

Mes essentiels concernent principalement la musique, la lecture et la peinture mais certaines expériences, endroits ou paysages sont également sources d’inspiration ou de plaisirs simples.

Mais entrons directement dans le vif du sujet !

Côté musique, deux groupes, pourtant assez différents, ont bercé ma jeunesse et continuent toujours de m’accompagner. Les points qui pourraient toutefois les relier sont un leader charismatique et l’absence (malheureusement) de succès auprès du grand public. Mais disons le direct, j’ai toujours eu tendance à tomber fan de groupes ou d’artistes assez confidentiels…

Coté pop hexagonale, Lili Drop reste le groupe qui m’a le plus marqué tant par le talent d’Olive que par l’originalité de ses textes et de sa musique. J’ai eu la chance de les voir plusieurs fois en concert (Casino de Paris, Olympia, Point FMR, …) mais mes plus beaux souvenirs resteront l’interview que j’ai faite du groupe backstage lors d’un concert à Clichy  et le fait d’avoir pu jouer sur mon propre piano le morceau « Paulo », extrait de l’album N, après avoir fait la demande de la partition à l’éditeur Clouseau Musiques. Pour illustrer Lili Drop, j’ai choisi comme objet essentiel la merveilleuse biographie du Groupe intitulée «Le soleil noir du rock français » rédigée par Jean François Jacq, livre truffé d’anecdotes et de souvenirs et toujours à portée de mains et d’yeux pour des relectures enthousiasmantes et émues !

De l’autre côté de la Manche, j’avais jeté mon dévolu sur un groupe pop emmené par un chanteur excentrique mais oh combien doué, j’ai nommé le Jazz Butcher aka Pat Fish ! Tout m’attirait dans ce groupe, la musique et ses mélodies pop à souhait, les paroles des chansons parfois loufoques et les pochettes de disques tellement originales ! Et quand Pat pouvait entonner quelques tubes en français (la mer, notamment), j’étais aux anges ! J’ai vu ce groupe une dizaine de fois en concert, et mon souvenir le plus marquant restera ces improbables concerts solos dans la cave du Troupeau, bar aujourd’hui disparu du 14ème arrondissement de Paris. Je me rappelle l’affiche bricolée à la main et cet escalier étroit menant à la cave du bar ou Pat y avait notamment interprété « Lost in France », micro tube parmi tant d’autres ! Maintenant, je me déplace à Londres pour voir jouer Pat et son groupe, à mon plus grand plaisir, dans l’attente d’une date parisienne que je n’ose plus espérer… mon essentiel reste le CD/LP « Fishcotheque » dédicacé par Pat himself !

Pour conclure sur la musique, j’évoquerai également Chet Baker, sa voix et sa trompette. Je ne compte plus les CD et LP de Chet que j’ai achetés et il ne se passe pas une année sans que je ne me procure telle ou telle réédition. Restera gravé ces deux soirées au New Morning peu de temps avant la catastrophe d’Amsterdam ; je me revois dans la rue des Petites Ecuries m’approcher d’un Chet tenant sur un fil et pouvoir échanger quelques mots avec lui. J’ai toujours préféré les disques live en jazz, et c’est pour cela que j’ai choisi « Memories, Chet Baker in Tokyo », calme et plénitude assurés.

S’agissant de peinture, je fonctionne plutôt au feeling, n’y connais pas grand chose et apprécie tout particulièrement l’art moderne. Mon artiste préféré est Jean Michel Basquiat. J’avais déjà pu apprécier ses œuvres dans des expositions à Paris et une fois au Musée de Brooklyn, mais je me rappellerai très longtemps d’un court séjour à Rome. En effet, en se baladant nous avions découvert dans les rues une petite affiche de Basquiat annonçant à priori une expo de l’artiste. Après plus d’une heure et demie de marche, nous étions arrivés dans un vieux quartier et devant la Chiostro del Bramante, qui accueillait donc cette expo, pas anodine, puisque plus de 100 pièces étaient exposées dans ce lieu atypique, si beau et si calme. Cerise sur le gâteau, seuls quelques touristes avaient pris le temps de s’y arrêter pour apprécier en toute quiétude ces formidables ouvres d’art. J’ai choisi comme essentiel le catalogue de l’exposition « JM Basquiat – New York City » ainsi que le flyer de l’expo.

Côté paysages et grands espaces, mon essentiel se trouve dans le Finistère Sud, le tout dans un petit périmètre avec grande ouverture sur l’océan, je cite la Pointe de Sainte Marine et son Phare. Je suis tombé amoureux de ce site grâce à mon épouse, originaire de ce havre de paix. Je m’y rends souvent à pieds ou en vélo, en famille ou seul. J’aime m’assoir sur un banc et regarder la mer et les bateaux qui prennent la direction des Iles Glénan. J’ai du prendre le phare des milliers de fois en photo mais les objets que j’ai choisis sont une photo encadrée et une petite maquette que j’ai achetées et que je conserve soigneusement.

Last but not least, j’ai également un faible pour les lampes, les montres et les horloges. Pas grand-chose d’autre à en dire sauf qu’aucune de mes montres et horloges n’est à l’heure et qu’elles avancent toutes d’environ 10 minutes. Petite anecdote, l’abat jour de la lampe retenue sur la photo est en voile de bateau recyclée.

Jean-Michel Dufour
Septembre 2018

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Lonny

LES ESSENTIELS DE LONNY

“Tout le secret du bonheur du Contemplateur est dans son refus de considérer comme un mal l’envahissement de sa personnalité par les choses”
Francis Ponge, Le parti pris des choses

Ma bague au Quartz Rose
J’ai un rapport assez mystique aux bijoux, surtout ceux avec des pierres. Je les choisis scrupuleusement selon les propriétés que je leur invente.

Une photo de mon enfance
J’ai trois ans dessus. J’ai le regard très perdu et très au courant à la fois. Je me salue régulièrement, comme pour préserver quelque chose de cette époque.

Alto
Il est Québécois. C’était l’alto de mon prof, François.
Je crois que cet instrument et son propriétaire m’ont tous les deux ouvert une porte vers la musique…Quelque chose qui a à voir avec la simplicité et la respiration. Je crois que c’est crucial, pour que la musique fasse son chemin jusqu’au bout.

« Legolas », mon Lierre du Jura
Mon amie Romane, avec qui je partage un certain goût pour les plantes et du Seigneur des Anneaux, m’a offert ce petit Lierre qu’elle a récupéré dans la forêt à coté de chez elle. Elle l’a appelé Legolas, évidemment.

Mon Guita-lélé
Parce que c’est un cadeau et qu’il n’y a rien de plus beau que d’offrir son instrument à quelqu’un. C’était à Reims, et il neigeait. J’ai promis à son propriétaire de lui jouer « Two Silver Tree » de Calexico.

Un 33 tours « Songs for Young Lovers » de Franck Sinatra.
(Attention, c’est triste)
Ce disque m’a été offert par mon ex amoureux.
Il devait être 20h00 et il me l’a offert en sortant des ballades sonores, où il l’avait trouvé. C’était touchant, car le titre ressemblait un peu à nous deux qui étions un jeune couple de 22 et 19 ans.
Puis, un coup de fil nous a brutalement sorti de notre bulle toute rose. Un coup de fil de ma copine Léa qui me demandait si ça allait, car j’habite rue de Charonne, et que nous étions le 13 novembre 2015.
La douche froide.
Ce disque est mon symbole de cette période, de l’innocence et la naïveté dans laquelle nous vivions, et que j’essaie de toujours garder avec moi, malgré les épreuves. Je crois que c’est très précieux.

Carnets
Je passe mon temps à me balader avec des carnets. J’écris ma vie, celle des autres, des listes et des paroles de chansons. J’en ai pleins, je passe mon temps à en re-commencer. 
Leur désordre ne me dérangent pas. Ils suivent un peu mes humeurs, mes fuites et mes aventures.

Vahinée qui danse.
Elle est mon indicatrice de beau temps, puisqu’elle danse au soleil.
Je l’adore. Je l’ai trouvée à Barcelone, dans un aéroport.
Et elle danse bien mieux que moi.

Les Rideaux en coton
Ma caverne. Du tissu qui m’a couté un bras au marché Saint-Pierre, et qui forme un baldaquin autour de mon lit. C’est une protection imaginaire monumentale.

Just Kids, dédicacé par Patti Smith
Pour mon adolescence, pour mes premières émotions à écouter quelqu’un chanter sur une scène. 
J’avais 15 ou 16 ans quand « Just Kids », le livre de mon idole est sorti. A l’époque, j’étais la baby sitter de Adam, qui ne devait pas avoir plus de 1 an. On peut dire qu’une certaine amitié s’était formée entre lui et moi, alors je l’emmenais partout. Ce jour là, je l’ai emmené à l’« Arbre à Lettre » ou Patti Smith faisait des dédicaces. Elle m’a regardée avec la même douceur que celle qui l’habite depuis toujours, et m’a dit qu’Adam était vraiment très mignon « he’s really cute » avec une voix très grave. Puis elle nous a dédicacé mon exemplaire, à lui et moi. Depuis, ce petit objet est la preuve que nos dieux font bel et bien partie de la réalité.

Ma Collection de porte-clé forcée par Florian.
Parce que c’est petit jeux un peu machiavélique et plein d’amour entre mon ami Florian et moi.
En retour, je le force à faire une collection de verres à shots.

Lonny
Mars 2018

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Theo Hakola

LES ESSENTIELS DE THEO HAKOLA

Il s’agit d’une guitare – une Fender Jaguar – et trois affiches.

Je suis très attaché aux Fenders – Stratocaster, Telecaster, Mustang… all of them. C’est la chaleur tranchante et le corps dans le SON qui me touchent, qui me pénètrent. Cet attachement fenderien est sans doute pour quelque chose dans mon amour de Hendrix (vu à l’âge de 13 ans – mon premier concert de rock – à Spokane dans l’état de Washington) et du groupe new yorkais Television, deux amours aussi forts que jamais aujourd’hui. (Et sur cette guitare, il y a l’autocollant d’un bar du nord de l’Idaho – THE SNAKE PIT – qui a donné le titre V.O. de mon dernier roman, sorti en traduction française sous le titre “Idaho Babylone” chez Actes Sud en 2016).

Quant aux trois affiches… Je n’étais pas formé pour faire de la musique. J’étais plutôt éduqué pour faire de la politique, formé comme organisateur en 1972 par la campagne de George McGovern (contre Nixon), puis employé à plein temps par la U.S. Committee for a Democratic Spain à New York au milieu des années 70. Depuis le temps, et après tant de déplacements, j’ai perdu beaucoup de choses et même pas mal perdu l’attachement aux choses, mais je suis content d’avoir encore ces trois affiches.

Celle de gauche est une réédition des années 70, par les Industrial Workers of the World (IWW), d’une gravure sur bois de l’époque de la Première Guerre mondiale : “Appelés de tous les pays, unissez-vous ! Vous n’avez rien à perdre sauf vos généraux !” Mon grand-père, lorsqu’il était bucheron dans les années 20, était membre de ce syndicat.

La deuxième affiche – “Pyramid of Capitalist System”, également des IWW – est la reproduction d’une classique qui date de 1911. Et en haut, à gauche, on trouve une petite réclame pour le journal The Industrial Worker – “Foremost Exponenent of Revolutionary Industrial Unionism” – publié à Spokane, ma ville natale, et dont l’abonnement annuel était d’un dollar.

Et pour la troisième… Avant de me mettre à faire de la musique en 1980, ma vie tournait plutôt autour de l’Espagne. À Barcelone, pendant l’été de 1976, j’étais surpris de trouver une affiche citant “l’Internationale” – publiée, je crois, par le Partido del Trabajo – en vente au grand jour dans un kiosque sur las Ramblas. La transition démocratique post-franquiste avançait lentement, mais sûrement, et on n’avait bientôt plus besoin de moi. Par la suite, c’était grâce aux liens humains et politiques que j’avais avec ce pays, qu’on a invité mon premier groupe – Orchestre rouge – a jouer deux soirs au Rock-Ola à Madrid en pleine movida (1982).

Theo Hakola
Janvier 2018

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theohakola.com

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Sauf-conduit #2

Un sauf-conduit est un document accordé par l’autorité d’un gouvernement à une personne de nationalité étrangère et qui garantit à cette dernière la sécurité et la liberté de mouvement à l’intérieur et à travers les frontières de la juridiction de ce gouvernement.

 

Sauf-conduit #2

/ La musique nous habitue aux retours des voix. Ces voix qui, avec le temps qui passe, désignent des morts. C’est souvent un vertige lorsqu’après un évènement merdique – un document CAF à remplir, une rupture amoureuse, une veste trop courte, une partie de bowling imposée et autres complications – notre réflexe premier est d’aller placer sur la platine la face A de Vivadixiesubmarinetransmissionplot. Petite voix de toujours, aigre et mélancolique, trafiquée, travestie, modulée, massacrée, cachée. Mark Linkous, aujourd’hui, est une bouche d’ombre, une absence piétinée et increvable. Sa mélancolie collante manque atrocement. Et que dire de Jason Molina ? Si jeune, perdu et lamentablement trimbalé par une lune opaque, terrible – un alcool trop fort. Une mort soudaine que je réécoute invariablement comme me le confirme mon amoureuse. Voilà venir ces réunions bouleversantes où l’on délivre les moments crûs de nos vies à ceux qui ne sont plus. Ecouter Hold On Magnolia et établir des bilans à la con, des comptes-rendus tristes, puissants, savoureux, magnifiques – vivants. //

/ Je pourrais aligner une suite de phrases considérables, fidèles, débiles, sur ces grands absents mais je crois que de manière imperceptible, à chacune de leur renaissance, ils me soumettent l’idée d’aller voir ce qui se passe chez les présents.
On est ingrat avec nos contemporains, c’est ce que nous indique nos morts. //

/ En travaillant, un peu, sur Dan Bejar – le poète caché derrière Destroyer – j’ai redécouvert un groupe que j’avais laissé un peu en plan pour des raisons absolument artificielles. Je n’écoutais plus ce groupe en question car il n’était plus présent dans les cahiers critiques des journaux spécialisés. C’est un réflexe très con de décréter qu’un groupe n’est plus valable car il ne se remarque plus médiatiquement. C’est un peu comme tous ces gens condamnant des écrivains qu’ils n’ont pas lu. //

/ C’est une question d’appel la musique; une vocation, une voix qui tonne ou que l’on étouffe. Frog Eyes s’est donc de nouveau invité dans mon quotidien, de manière tenace et sans compromis. Carey’s Cold Spring m’avait été conseillé par Dan Bejar lui-même lors d’une interview. Je n’ai jamais écouté ce disque de glace et de prières, de volonté coulée dans le métal le plus pur. Par paresse et pour les raisons indiquées précédemment. Carey Mercer a perdu son père lors de l’enregistrement de cet album tout en apprenant qu’il souffrait d’un cancer de la gorge. Ah ! Ces défis connus, pressentis que nous distribue la vie, de manière groupée, toujours. Longtemps Mercer a pensé perdre sa voix – il a écouté celle des autres: Cohen, Dylan et Jason Molina. Molina et sa gorge tapissée de blues, de tragédies et beautés, a maintenu les cordes vocales de Carey Mercer. Les émotions sont éternelles, elles transpercent et façonnent nos paroles. //

/ Écoutons nos disparus, nos frères inchangés qui nous manquent tellement mais jetons nos oreilles, également, vers ces héros ordinaires; Carey Mercer et Frog Eyes sont revenus avec un disque splendide, étrange – Pickpocket’s Locket. On a l’impression d’entendre Captain Beefheart s’essayer à des reprises du répertoire de Debussy. Immanquable folie pour une incroyable voix retrouvée. //

 


Lyonel Sasso
Septembre 2017

 

 

Illustration : Claude Debussy sur la plage d’Houlgate (© BnF)

Sauf-conduit #1. Des bâtiments neufs s’effondrant.

Un sauf-conduit est un document accordé par l’autorité d’un gouvernement à une personne de nationalité étrangère et qui garantit à cette dernière la sécurité et la liberté de mouvement à l’intérieur et à travers les frontières de la juridiction de ce gouvernement.

 

Sauf-conduit #1
Des bâtiments neufs s’effondrant.

/ J’aimerais, de nouveau, me concentrer sur un moment particulier d’un disque et le réécouter jusqu’à ne plus y déceler aucunes nouveautés. Je me faisais cette réflexion en regardant La Bataille de San Romano de Paolo Uccello, ce fantasme d’affrontement où les chevaux de craie, entourés d’armures piquées de rouilles et de sang, présentent une chorégraphie unique. Les armes brisées, pourpres ou ivoires, semblent sorties d’un décor de théâtre. Mais dans ce tableau, ce que je peux voir dans le moindre détail, les yeux pourtant clos, c’est ce lévrier argenté courir après un lièvre, à travers des champs de labour. Les arrières plans, voilà ce qui m’a toujours fasciné dans la peinture de la Renaissance italienne. Ce goût de l’observation demande du temps, les vertueux appellent cela de la contemplation. S’adonner à une écoute frénétique d’un disque et de surcroît à un moment précis de ce disque, nous amène à une forme particulière de satiété, vidant l’œuvre de toute vitalité. Je me souviens avoir ressenti cette émotion ambivalente lorsque vint le crépuscule de mes écoutes d’un album comme Vauxhall & I de Morrissey. Jeune homme et absolument mûr pour les amours imaginaires, j’étais écœuré d’avoir appris par cœur cet ensemble de compositions – une véritable petite mort. C’était pourtant un grand enseignement, cette petite mort. //

/ Une grande bataille, très contemporaine, oppose ceux qui ont conscience que les éléments, les villes, les humains et leurs œuvres puissent mourrir un jour aux si touchants enfants du déni. Kafka disait : « Le meilleur de ce que j’ai écrit se fonde sur cette aptitude à pouvoir mourir content ». Cette tension produite par l’acceptation d’une fin et d’un trait définitif est le charme perdu de la musique. Ressentir cette tristesse qui nous prend lorsque l’on réalise que l’on n’écoutera jamais plus un disque d’une telle façon – dévorante et comme mendiant la moindre note – comprendre, aussi, que le groupe aimé – les Pixies, Slowdive ou encore Grandaddy – va mourir ou plus exactement est bien mort. //

/ On reproche beaucoup de choses aux retrouvailles musicales. Elles tiennent souvent de l’insupportable remake hollywoodien. Des musiques refaites plan par plan, à l’identique. Les albums de Slowdive et de Grandaddy sont moins la reprise d’une œuvre qu’une simple répétition. Pour ce qui est de la reprise d’une œuvre, il faut aller consulter le cas Don Bryant. J’ai donc essayé d’écouter, jusqu’à l’écœurement, le dernier Grandaddy. Aucun arrière plan, jamais de basculement me plongeant de l’état passion à une satiété proche du dégoût, dégoût qui me forçait jadis à ne plus écouter un album durant un temps donné pour mieux m’y replonger après une période de jeûne nécessaire. Non, désormais, il s’agit d’une simple fréquence – l’ennui, l’ennui des groupes qui ne changent pas pour satisfaire des enfants qui ont vieilli. Voilà un bouleversant paradoxe, celui de la pop moderne. Cette impression qu’autrefois les disques nous façonnaient et qu’aujourd’hui, nous leur demandons de nous ressembler.
J’aurais aimé que Grandaddy ne sorte jamais cet album, étant entendu que le groupe était allé au bout de sa proposition musicale avec The Sophtware Slump. Il faut savoir disparaître. Parfois, j’ai l’impression que nous sommes responsables de ces retours pathétiques, nous, pareils à de grands capricieux ne voulant pas croire aux choses qui finissent. Quels mélomanes sommes-nous devenus ? Plus que la qualité de ces retours musicaux, voilà la véritable question. //

/ Ce que j’aime en écoutant les albums des Smiths, c’est qu’à chaque étape de ma vie, leur approche se métamorphose. Voilà le bien précieux de la musique: elle a beau, parfois, appartenir au passé, elle se fait pourtant actuelle et nécessaire, pour chacun d’entre-nous, à un moment donné. Ineffable liberté qui rend la voix d’un mort plus incarnée que notre voisin de table lors d’un déjeuner.
Je crois que mon pire cauchemar serait d’apprendre un matin, sur un quelconque réseau social, la reformation des Smiths. Chacun irait de son commentaire puis viendrait le moment du teaser de l’album que l’on regarderait sur Youtube et pour finir, on écouterait en streaming cette production référencée et bien mise comme un musée. La bataille sera, ce jour là, définitivement perdue et on y sera pour beaucoup. //

 


Lyonel Sasso
Juillet 2017

 

 

Illustration : Paolo Uccello, La Bataille de San Romano (extrait) – Vers 1440

Nesles

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LES ESSENTIELS DE NESLES

Il y a sans doute autant d’essentiels que d’heures dans une vie.
Cette photo aurait pu être une autre.

J’aime le bordel. Ce qui bouge. Le mouvement.
C’est une sorte d’équilibre.
Trop d’organisation me rend cinglé.
Mais trop de foutoir m’étouffe. Plus d’air.Une photographie c’est d’abord un cadre, et j’ai horreur des cadres.

Ici bien sûr, il y a ce qui est montré, mais surtout ce qui est « hors-cadre », à côté, en-dessous, enfoui dans les couches, les sous-couches – pour peu qu’on ait envie d’y passer du temps.

Prendre de la hauteur c’est se libérer d’une finitude – en l’occurrence, de celle d’une photographie.
De l’air encore.

Livres, bibelots, disques, instruments, carnets, crayons, pinceaux, radio, gommes sont autant d’organismes vivants, incessamment découverts, touchés, caressés, parcourus, lus, relus, scrutés, trimballés, écoutés, aimés, choyés, utilisés, oubliés, repris. Des milliers de fois. Sans aucune lassitude. Ou parfois si. Et sans hiérarchie aucune.
C’est une succession de cycles, de priorités ou d’abandons qui cohabitent, se chevauchent, s’annulent ou se complètent.

Bonne balade.

Nesles
Février 2017

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Dave O’Grady

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LES ESSENTIELS DE DAVE O’GRADY (aka Seaform Green)

Gibson J45 – This is the guitar that I take everywhere, I use for every gig and is my dearest friend.
Hat – I found this hat in a lovely little shop in Amsterdam a couple years, as soon as I put it on..it was difficult to take off, so I kept it.
Headphones – No explanation necessary.
Drawing – This sketch is by Rich Robinson called ‘American Beauty’, it was very generous gift from him a few years ago. I think it is a perfect combination of beauty and ugliness.
1977 Fender Champ w/picture of myself and my mother – I got this amp for £100 on a used good website, I haven’t changed anything..it sounds killer!
Writing book w/ turquoise stone – I am always trying to take note of my thoughts, where better to take them down.
Polaroid Camera – I love this camera, It’s much more special when someone wants a photo with you and you can offer them a actual photo than a stupid selfie.
Howard Marks – Mr Nice was the first book I read for pleasure whilst working on a ship in the north sea one Christmas. A man who has led an incredibly exciting life.
Incense & Pipe – Well…its good to relax.
Oscar Wilde – His writing is humbling.
Scarf – I grew up in Dublin, Ireland. My first emotional experiences were watching St Patricks Athletic win and lose. It’s also where I learned to sing…”Oh when the Saints, go marching in, Oh..”
Vinyl (Eddie Harris) – I never collected anything, so now I collect vinyl…and Eddie Harris is wonderful musician, I was never into Jazz but he grabbed me.

Dave O’Grady
February 2017


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Thomas Guerigen

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LES ESSENTIELS DE THOMAS GUERIGEN

Dark Crystal de Jim Henson : un de mes films fétiches, de par la technique employée de marionnettes filmées en direct.  J’espère un jour réussir à faire un long métrage avec cette même technique.

Jules Verne parce que j’aime son univers et qu’il m’a fait rêver. Je rêve d’adapter Vingt mille lieux sous les mers en animation.

Du coca zéro : ma boisson fétiche, je fais la tête quand il n’y en a pas dans un café et je suis capable d’apporter ma bouteille quand je suis invité…

Une visseuse Dewalt et un mètre Stanley, parce que j’aime bien bricoler et ce sont de bonnes marques pour ça.

Un moule, une spatule et le fouet de mon Kitchen Aid parce que j’aime faire de la pâtisserie, rien de bien élaboré mais ça me détend.

Gustave Doré, pour son œuvre mais surtout pour la composition des décors et la mise en scène dans ses gravures.

Mes clés, parce que c’est utile.

Un billet de concert, parce que j’y vais plusieurs fois par semaine.

Ma chemise fétiche bleu électrique qui commence à être un peu usée.

Et la marionnette de mon premier court-métrage Klonox.

 

Thomas Guerigen
Février 2017

 

PS: Ont été oubliés sur cette image :
– ma casquette car j’en porte toujours une mais là je l’avais justement sur la tête…
– mon MacBook avec lequel je fais tout dans ma vie.
– alors que la musique est une partie importante de ma vie, je n’ai pas mis de disques, d’albums ou de CDs car je n’ai plus rien pour les écouter.


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