Stéphane Auzenet

Stéphane Auzenet

LES ESSENTIELS DE STÉPHANE AUZENET

Le disque vinyle.
Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été hypnotisé par cet objet.

Au mitan des années 80, j’ai d’abord été happé par le hard rock et surtout par ses pochettes. Avant la musique, il y a donc le graphisme, et pour ça, le hard rock savait y faire. Des logos, du cuir, des cheveux longs, des filles, du feu, du sang, des monstres et tous les stéréotypes de l’enfer. Je ne savais pas par où commencer, et évidement, dans ce cas, il faut soit avoir des grands frères ou des grandes sœurs, et de ce que côté là c’était l’impasse, soit avoir des copains, qui eux, par chance, avaient des grands frères ou plutôt, en ce qui me concerne des grandes sœurs.

Je passais mes après-midi du mercredi et du samedi à squatter la chambre de deux filles que je ne connaissais pas, et qui, bien sûr n’étaient pas au courant que mon pote et moi restions des heures à écouter de la musique, à décortiquer les pochettes et leurs symboles subliminaux. Je me souviens précisément de Powerslave de Iron Maiden et sa pochette « Egyptienne ». Mais il y a eu aussi le Kill’em all de Metallica qui m’a marqué à vie. Tant sur le graphisme que sur la musique. C’est avec eux, que j’ai su qu’ils n’avaient pas envie de me divertir, mais de me bousculer.

Et puis grâce aux disques, il y a eu les revues musicales, Enfer Magazine, Hard Rock Magazine. Et puis comme une évidence, il y a eu la première guitare achetée par mes parents dans un dépôt vente de ma ville de la banlieue sud. Une guitare électrique noire sans marque. Pas les moyens d’avoir l’ampli qui allait avec alors je la jouais en acoustique.

Le disque vinyle mène à tout.
Depuis cette époque, j’ai une mémoire compulsive concernant les crédits sur les pochettes, les paroles, les photos. Je n’écoute plus du tout de Hard Rock ou de heavy metal, mais j’ai énormément de respect pour ce qui représente maintenant un sous-genre musical.

J’ai basculé vers la fin des 80’s vers d’autres horizons et je crois que le changement radical s’est fait avec The Clash, U2 et Hubert Felix Thiéfaine. 3 artistes découverts au hasard chez mon cousin, de trois ans mon ainé. Et là encore le même mode opératoire que pour les disques de Hard Rock, il fallait tout regarder, analyser, interpréter et imaginer :
– La photo de Paul Simonon qui est sur le point d’exploser sa basse sur scène. Je m’imaginais la suite. La musique du double London Calling donne une réponse auditive à la photo.
– Le Under a Blood Red Sky avec cette couleur orange, ce profil dans la fumée, la musique qui va avec donne aussi des indications sur l’ambition du groupe.
– Le Thiéfaine était super énigmatique : 2 enfants dans une décharge avec des regards qui ne sont pas de leur âge, des attitudes de « grands ». La musique, elle aussi collait bien à la pochette. J’aurais pu prendre des centaines d’exemples, mais ceux-là sont révélateurs de ma formation musicale.

On entre comme on peut dans la musique, je vous ai fait découvrir mes portes.
Une fois les fondations solides, on découvre ce qui restera.

Après, ce n’est plus du « guilty pleasure ». Ce sont des groupes, chanteurs ou labels que j’écoute encore, et ce depuis des décennies. Les plus fameux : 4AD, avec une identité visuelle, et un catalogue d’artistes exceptionnels ! Combien de temps à regarder les pochettes de Red House Painters, en écoutant les chansons ? Un pont, un Rollercoaster, un lit … Un photographe, un typographe, un graphiste, des musiciens, et une tête pensante : Ivo Watts-Russel. L’Art visuel et auditif, dans son entier.

Factory Records, Sarah, Mute… D’un coup d’œil, il était facile de différencier les labels ! Sur la foi d’un label, j’achetais tout ! Sans écouter. Un groupe qui cohabitait avec « Brighter » ne pouvait qu’être bon ! j’achetais donc tous les 45T (ou presque) de Sarah. L’œil et l’oreille se trompent rarement

Plus loin de nous, Elvis, Byrds, Nick Drake… Et là encore, les pochettes disent beaucoup, influencent une époque, une mode vestimentaire, une coupe de cheveux, une attitude !!!
Sonic Youth a fait connaitre des artistes contemporains grâce à leurs pochettes ! Pavement a relancé la mode du « collage ». Warp a réussit à intellectualiser la musique avec ses visuels ! Plus proche de nous, il y a encore et toujours de superbes logos de « maisons de disques ». Des graphismes improbables, des artisans  qui transforment l’objet disque en une œuvre d’art. La musique passe, évidement en premier mais, pas loin derrière, il y a l’image.

Et quitte à contredire les paroles d’un groupe référence : « Le mal du siècle, ce n’est pas forcément l’emballage ».

Stéphane Auzenet
Mai 2022

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Fred Signac

Fred Signac

LES ESSENTIELS DE FRED SIGNAC

Quelle question importante que de retenir ce qui nous est indispensable et, de fait, nous définit. Je soulignerai quatre priorités qui déterminent ma personnalité, mon approche du monde et mon rapport à moi-même.
L’enfance, l’amitié, la création comme souffle d’expression et la curiosité artistique.

J’ai passé mes années d’enfance placé chez une nourrice. J’y ai vécu dix ans avec Noël et René, fils de ma nourrice, qui devinrent non seulement mes frères mais aussi mes premiers initiateurs.

Écoute et découverte de l’émotion vécue à travers la musique. Dès mes six ans, j’entendais les chansons de Léo Ferré dans la maison. Étrangement pour cet âge, « Amour Anarchie » me bouleversa profondément et son écoute assidue fut un premier déclencheur.
Je me trouvai dans un territoire m’étant, en quelque sorte, destiné et que je comprenais. Une incursion qui allait donner un premier sens à ma jeune vie, la place de la musique et la découverte du sublime.
Deuxième objet rapporté de l’enfance, ce cœur emprisonné dans un chariot, bouts de fer fabriqués par Noël. En fait, une sorte de casse-tête. Le but étant de séparer les deux objets, mais comment ? Jeu solitaire de patience et de logique, très utile pour un garçonnet plutôt sauvage.

L’amitié est une main dont les cinq doigts suffisent largement à définir le nombre d’amis. Le tableau présent est une œuvre de Jean Gonzalez, ami de longue date et passeur de culture. En exergue « Oubliés de Dieu, de la prière, de la richesse terrestre, broyés par le travail la vie la solitude et paumés dans un désert de souffrance ».

L’Ami le plus important, le frère d’âme et de cœur, que je connais depuis quarante-cinq ans, se nomme Joël Rodde.
Joël est un auteur puissant et les pattes de mouche posées sur les feuillets exposés devinrent les premières chansons que j’ai composées.
La guitare, une bonne vieille Takamine électro-acoustique, fut celle avec laquelle l’aventure commença.
Je découvris que je pouvais interpréter les mots de Joël (il écrit la plupart des textes) sur des mélodies de mon cru. Et que ça nous plaisait, et que c’était une nouvelle porte qui s’ouvrait. Alors première incarnation sous le pseudo Dimanche Désuet. Un Ep vinyle six titres ,« La couleur de l’or » sortit en 1996.Une chanson « Ses absences » fut diffusée par Lenoir grâce à J.D Beauvallet.
En 2000, je chantais sous le nom Fred Signac et sept albums furent publiés depuis (avec l’aide précieuse de Christophe Jouanno, Jeanne Morisseau et Eric Signor), dont le dernier en date, « Signac » date de 2018, en attendant la prochaine récolte. Je prends la création des chansons , en premier lieu, comme une nécessité, la libre expression de soi en recherche de beau, d’émoi et aucun problème si je reste dans la minorité.

Pour finir bien sûr, les nourritures de l’esprit, essentielles, vitales, phares, oasis dans le désert de la vie.
La littérature et la musique.

Comme dans toute quête, il nous faut tomber sur les passeurs de flamme. Une petite sélection de livres s’est imposée avec Bukowski, Dostoïevski, Brautigan, Jean Meckert (découvert par un autre ami cher, Jean-François Jacq) et Albert Cossery. Écrivains dont les livres donnent cette impression qu’ils ont été écrits pour soi-même, qui nous attendaient pour nous donner une révélation et dont les mots palpitent comme la vie fait palpiter le cœur.

La musique procède de la même manière.Il est des grands frères, Ferré, Gainsbourg, Bashung, Manset, Dylan, Nick Cave, Lou Reed, etc…qui sont , eux aussi, des passeurs de flamme.Il y a quelque chose de l’ordre du sacré dans tout ça.
Ce pouvoir d’émotion, de grâce, de panache, d’inspiration, de transmission, miroir de nos propres vies, donne la réponse à la question que l’on se pose éternellement : « Quel est le sens de ma vie ? »

Les Essentiels, c’est donc en fait, me permettre de trier et garder « la substantifique moelle » qui m’aide à me connaître mieux, me satisfaire du nécessaire tout en sublimant les jours qui passent.

Fred Signac
Mai 2022

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David Rosane

David Rosane

LES ESSENTIELS DE DAVID ROSANE

La fine ligne verte
De l’art d’être un rockeur-ornithologue, et donc funambule

Hypothèse : ceux et celles qui connaissent le chant des oiseaux sont forcément musiciens. Voire, mélomanes. Ne serait-ce que par simple amour de la musique. Il entendent le gazouillis fruité de la fauvette à tête noire, ou les longues sérénades mélodieuses du merle noir, et sautent aussitôt sur leur guitare pour entonner une nouvelle ballade.

Et inversement : les musiciens, compositeurs ou interprètes, sont forcément de grands amoureux des oiseaux, et donc ornithologues, sachant identifier et déchiffrer les comportements de tout volatile qui se voit par la fenêtre, au bord de l’autoroute ou lors d’une promenade printanière dans les bois..

Faux.

Je sais d’expérience que j’incarne une anomalie statistique. Dans ma longue double carrière d’ornithologue naturaliste ET de musicien rock (&folk), je n’ai pour ainsi dire jamais rencontré des musiciens ornithologues, et encore moins d’ornithologues musiciens. Deux mondes parallèles, qui communiquent rarement, voire jamais.

Je ne parlerais pas d’hostilité entre les deux camps, ni de rivalité, comme au bon vieux temps du lycée où les matheux dédaignaient les littéraires et que les sportifs tabassaient les geeks, à la sortie du bahut, mais il y a comme un gêne : quand je traîne avec mes potes musiciens, êtres humains (stéréo)typiquement assez « cool » et cultivés, et que je leur parle du comportement fascinant de mes oiseaux adorés, ils regardent un peu ailleurs, ou font semblant d’écouter en baillant. Quand ils ne virent pas à la boutade taquine : « Alors David, t’as encore vu des petits oiseaux ? »

Il y a plus « cringe » encore. Quand je parle de mon dernier concert survolté dans un rade pourri qui sentait la bière rance à mes camarades ornithologues, la plupart (pour beaucoup des gens plutôt solitaires et timorés), regardent nerveusement leurs pieds et évitent le contact des yeux tellement cela peut être inconfortable pour eux.

Heureusement, je m’autocensure : je ne leur compte jamais ces superbes anecdotes autour de la drogue, du sexe et de la décadence totale et de ces rébellions sans lendemains qui ont accompagné mes itinérances rockandrollesques du début, dans les années 80, quand j’étais (ahem…), jeune et franchement demeuré.

Je sais, j’exagère un peu, il y a toujours des cas particuliers comme celui de Messiaen, compositeur de génie et grand féru des chants d’oiseaux. Mais cette inadéquation sociale dont je témoigne, entre ces deux univers opposés, ces deux « tribus » ou sous-cultures humaines que tout sépare, la « ‘zique » et les « piafs », s’est manifestée tellement de fois en 56 ans que j’ai dû, pour finir, cloisonner mes deux vocations et leur populations respectives, et vivre une douce schizophrénie entre mes deux passions.

Dr. Bird and Mr. Hyde, donc. « Ornitho » le matin, rockeur la nuit. Naturel et printanier au lever du soleil, grand fan de la Wilderness et des paysages de Jack London ; puis, le soir venu, amateur de déclin urbain et d’auto-destruction organisés. Joy Division, Sex Pistols, les Stranglers. Charles Bukowski.

On est d’accord, c’est du Rock, pas de la Musique de Chambre. « The devil’s music », de Robert Johnson à Billie Eilish, la musique du diable. Mais quand même.

Comme j’adore la science, j’adore aussi les statistiques, et surtout les anomalies du même nom, c’est à dire tous ces cas anecdotiques qui dévient de la norme.  A la règle énoncée ci-haut, selon laquelle ornithologie et l’univers décérébré d’un Iggy Pop seraient plutôt incompatibles,  il y a bien évidemment des exceptions. Une fois, par exemple, j’ai connu et joué avec un musicien punk-rock qui aimait autant la nature que moi, à défaut d’être un spécialiste des oiseaux. Il aimait comme moi jardiner, sentir les fleurs, faire les courses et cuisiner, et assumait clairement (comme moi) sa part de féminité. Un gars de la campagne. En France.

Et cet américain croisé au début des années 2000, bassiste de rock indé des Swirlies, originaire de Boston, aujourd’hui docteur es-sciences en Evolution, spécialiste des hérons et des aigrettes. Un crâne d’œuf, mais super cool. Ou un gars très branché, mais énorme geek quand même. Au choix.

J’ai entendu parler aussi d’un chanteur de Death Metal, géant maladroit et quelque peu chevelu, dont les paroles consistaient en de longues énumérations inaudibles de ses espèces d’oiseaux préférées…

Puis ce musicien classique new yorkais (excentrique) qui jouait de la clarinette sous les arbres et prétendaient ainsi communiquer avec les merles moqueurs, oiseaux capables d’improvisations et d’imitations (dont alarmes de voiture et assimilées) proches du Free Jazz. L’Amérique en a bien entendu fait une célébrité et le gars a publié un best-seller où il prétend que les oiseaux ne chantent que par amour et pour le plaisir, et non pas par territorialité, thèse qui pour moi constitue une offense délibérée à la pensée scientifique rationnelle, ô pauvre darwinien réductionniste endurci que je suis devenu.

Vrai, les oiseaux ressentent du plaisir lors de l’exécution de leur chant, ce qui s’explique par un simple lâcher d’endorphines dans leur cerveau, mais le but ultime de ce « chant » est d’affirmer un statut social hiérarchique envers ses congénères, et de manifester une qualité génétique aux femelles qui l’écoutent.

Parce que la nature, certes belle, source de jouissance esthétique et intellectuelle sans fond pour moi et mes pairs naturalistes, repose sur un socle assez punk, de concurrence permanente et impitoyable entre les individus et les espèces, mais aussi de maladies et de prédation, de dépeçage et autres déchiquetages sans fin, de dents et de griffes acérées, de venin, de tricherie, de tromperie, de manipulation et j’en passe.

La nature, c’est la loi de la jungle, et comme le hurlait si viscéralement Jeffrey Lee Pierce des Gun Club, groupe phare de punk blues dans les années 80, en reprenant le morceau de Creedence Clearwater Revival, « je vais courir à travers la jungle, sans jamais regarder en arrière… »

Mieux : « L’horreur a un visage et vous devez vous faire une amie de l’horreur, soupirait Brando en Colonel Kurtz, dans Apocalypse Now…

Et c’est justement là, pile poil à cet endroit, où l’humain devient animal et l’animal devient humain, que les deux univers, mon obsession pour les oiseaux et la nature, leur observation et leur étude, et le rock and roll – où l’on ne chante pratiquement que les trois mêmes incantations archétypales : la mort, le sexe, et l’apocalypse, se touchent. Et s’accouplent.

Contrairement aux personnes, vivant parmi nous en démocratie, qui fantasment une nature harmonieuse et pacifique, idyllique, où tout est équilibre, et qui par volonté idéologique, en font une sorte de conte de fée walt-disneyesque où les animaux sont tous gentils comme de mignons petits écureuils, je pense, avec beaucoup de mes collègues chercheurs, que la nature, proposition amorale par définition, n’est, pour paraphraser le cinéaste Werner Herzog, que « chaos, hostilité et meurtre. »

No future, quoi.

Oui, des exemples sublimes et abondants de symbiose et d’altruisme et de coopération prolifèrent à travers la biosphère, et j’en reste pantois, émerveillé, mais la vie sur terre reste à dominante sanguinaire. Redoutable. Et c’est ma reconnaissance intellectuelle, simple, des faits, empiriques, surtout au devant du comportement humain, aussi complexe que sombre à travers l’histoire de notre espèce, qui me fait chanter le blues. Et qui me rend, encore un peu beaucoup à mon age, un rebelle « sans pause ».

Lorsque mon ami Pascal Blua, graphiste et music lover, m’a demandé de participer à son projet « Les Essentiels », où il est question pour un artiste de photographier ce dont il ou elle a absolument besoin pour survivre, je me suis tout de suite imaginé en naufragé, et forcément, j’ai dû réfléchir à ce que j’amènerai sur cette légendaire « île déserte ».

Bah voilà. Dans le scénario déliré où, à défaut de pouvoir emmener d’autres gens avec qui m’engueuler, je prendrai donc ma guitare, mes jumelles, et de quoi écrire ou dessiner. Plus quelques bouquins préférés sur la gente ailée et le comportement merveilleux des mes frères et sœurs Homo sapiens, laissés derrière moi.


David Rosane
Mars 2022

PS : je suis américain, je suis né en Amérique du Sud, dans la Jungle, une pure cacophonie de perroquets criards, et ma première phrase debout était donc « shut up little birdies », « vos gueules les petits oiseaux ». Mes deux passions pour le rock et les oiseaux sont nées simultanément, par magie et de façon totalement inexpliqué à ce jour, vers l’âge de six ans, quand je vivais avec mes parents dans les bois de l’état du Vermont, aux Etats-Unis, parmi ours, castors et ratons-laveurs. Adulte, je vis en France depuis trop longtemps, j’y travaille en tant que journaliste scientifique et guide ornithologue, et une de mes études préférées sur le comportement humain a démontré qu’un gars (le même), lorsqu’il marchait dans la rue avec une guitare sur l’épaule, attirait beaucoup plus le regard des filles que lorsqu’il se promenait sans son instrument. Voilà, vous savez tout : sur l’île déserte, ma guitare ne servira à rien.

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Dominique Dalcan

LES ESSENTIELS DE DOMINIQUE DALCAN

J’ai beau creuser, rien n’est plus juste pour représenter mon objet compagnon que ce laptop fatigué.
Si on parle de modernité, cet ordi est déjà dépassé. Il contient pourtant l’équivalent d’armoires entières d’archives ainsi que de nombreuses idées à aboutir.
L’équivalent de mes carnets d’avant est désormais sous forme digitale, comme pour beaucoup d’entre nous.

Parfois, je me dis que c’est triste pourtant je refuse d’être matérialiste.
La manipulation de cet outil d’aujourd’hui m’empêche de penser à hier.

J’essaie de m’éloigner des tentations nostalgiques qui caractérisent pour moi le passé. C’est particulier, car je pourrais ressortir des cartons, des photos, des livres précieux, des objets distrayants ou inspirants…en somme, des éléments déclencheurs qui m’ont fait avancer.
Mais ce serait me replonger dans le passé et probablement rouvrir des brèches.

C’est pas simple…

Quand j’étais plus jeune, j’adorais faire de la moto. La mienne n’avait pas de rétroviseur. Ici, c’est un peu la même chose. Pas de regard en arrière, pas de rétro même si je ne renie pas d’où je viens. Au contraire, j’essaie d’avancer, vers une direction qui demeure incertaine, enfin, il me semble…

Dominique Dalcan
Février 2022

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J. Aubertin

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“On les reconnaît de loin. C’est parfois le chapeau, la démarche, le sourire en coin, la bolo tie, le Denim, les carreaux, parfois tout à la fois, parfois rien. Un petit quelque chose qui fait dire : celui-là, il vient peut-être de Vesoul, de Belleville ou de Clermont, mais il a l’Ouest dans la peau.” — Baptiste Walker Hamon

Nicolas Vidal

“Aujourd’hui, s’il devait se résumer à l’un de ses essentiels, s’il fallait choisir « l’essentiel des essentiels de Nicolas », je choisirais le sablier. Parce-­que le temps passe, sans aucun doute, pour nous tous, mais que lui ne le laisse pas filer en vain et qu’il nous entraine dans son sillage avec panache et bienveillance.” — Constance Petrelli

Lonny

LES ESSENTIELS DE LONNY

“Tout le secret du bonheur du Contemplateur est dans son refus de considérer comme un mal l’envahissement de sa personnalité par les choses”
Francis Ponge, Le parti pris des choses

Ma bague au Quartz Rose
J’ai un rapport assez mystique aux bijoux, surtout ceux avec des pierres. Je les choisis scrupuleusement selon les propriétés que je leur invente.

Une photo de mon enfance
J’ai trois ans dessus. J’ai le regard très perdu et très au courant à la fois. Je me salue régulièrement, comme pour préserver quelque chose de cette époque.

Alto
Il est Québécois. C’était l’alto de mon prof, François.
Je crois que cet instrument et son propriétaire m’ont tous les deux ouvert une porte vers la musique…Quelque chose qui a à voir avec la simplicité et la respiration. Je crois que c’est crucial, pour que la musique fasse son chemin jusqu’au bout.

« Legolas », mon Lierre du Jura
Mon amie Romane, avec qui je partage un certain goût pour les plantes et du Seigneur des Anneaux, m’a offert ce petit Lierre qu’elle a récupéré dans la forêt à coté de chez elle. Elle l’a appelé Legolas, évidemment.

Mon Guita-lélé
Parce que c’est un cadeau et qu’il n’y a rien de plus beau que d’offrir son instrument à quelqu’un. C’était à Reims, et il neigeait. J’ai promis à son propriétaire de lui jouer « Two Silver Tree » de Calexico.

Un 33 tours « Songs for Young Lovers » de Franck Sinatra.
(Attention, c’est triste)
Ce disque m’a été offert par mon ex amoureux.
Il devait être 20h00 et il me l’a offert en sortant des ballades sonores, où il l’avait trouvé. C’était touchant, car le titre ressemblait un peu à nous deux qui étions un jeune couple de 22 et 19 ans.
Puis, un coup de fil nous a brutalement sorti de notre bulle toute rose. Un coup de fil de ma copine Léa qui me demandait si ça allait, car j’habite rue de Charonne, et que nous étions le 13 novembre 2015.
La douche froide.
Ce disque est mon symbole de cette période, de l’innocence et la naïveté dans laquelle nous vivions, et que j’essaie de toujours garder avec moi, malgré les épreuves. Je crois que c’est très précieux.

Carnets
Je passe mon temps à me balader avec des carnets. J’écris ma vie, celle des autres, des listes et des paroles de chansons. J’en ai pleins, je passe mon temps à en re-commencer. 
Leur désordre ne me dérangent pas. Ils suivent un peu mes humeurs, mes fuites et mes aventures.

Vahinée qui danse.
Elle est mon indicatrice de beau temps, puisqu’elle danse au soleil.
Je l’adore. Je l’ai trouvée à Barcelone, dans un aéroport.
Et elle danse bien mieux que moi.

Les Rideaux en coton
Ma caverne. Du tissu qui m’a couté un bras au marché Saint-Pierre, et qui forme un baldaquin autour de mon lit. C’est une protection imaginaire monumentale.

Just Kids, dédicacé par Patti Smith
Pour mon adolescence, pour mes premières émotions à écouter quelqu’un chanter sur une scène. 
J’avais 15 ou 16 ans quand « Just Kids », le livre de mon idole est sorti. A l’époque, j’étais la baby sitter de Adam, qui ne devait pas avoir plus de 1 an. On peut dire qu’une certaine amitié s’était formée entre lui et moi, alors je l’emmenais partout. Ce jour là, je l’ai emmené à l’« Arbre à Lettre » ou Patti Smith faisait des dédicaces. Elle m’a regardée avec la même douceur que celle qui l’habite depuis toujours, et m’a dit qu’Adam était vraiment très mignon « he’s really cute » avec une voix très grave. Puis elle nous a dédicacé mon exemplaire, à lui et moi. Depuis, ce petit objet est la preuve que nos dieux font bel et bien partie de la réalité.

Ma Collection de porte-clé forcée par Florian.
Parce que c’est petit jeux un peu machiavélique et plein d’amour entre mon ami Florian et moi.
En retour, je le force à faire une collection de verres à shots.

Lonny
Mars 2018

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Theo Hakola

LES ESSENTIELS DE THEO HAKOLA

Il s’agit d’une guitare – une Fender Jaguar – et trois affiches.

Je suis très attaché aux Fenders – Stratocaster, Telecaster, Mustang… all of them. C’est la chaleur tranchante et le corps dans le SON qui me touchent, qui me pénètrent. Cet attachement fenderien est sans doute pour quelque chose dans mon amour de Hendrix (vu à l’âge de 13 ans – mon premier concert de rock – à Spokane dans l’état de Washington) et du groupe new yorkais Television, deux amours aussi forts que jamais aujourd’hui. (Et sur cette guitare, il y a l’autocollant d’un bar du nord de l’Idaho – THE SNAKE PIT – qui a donné le titre V.O. de mon dernier roman, sorti en traduction française sous le titre “Idaho Babylone” chez Actes Sud en 2016).

Quant aux trois affiches… Je n’étais pas formé pour faire de la musique. J’étais plutôt éduqué pour faire de la politique, formé comme organisateur en 1972 par la campagne de George McGovern (contre Nixon), puis employé à plein temps par la U.S. Committee for a Democratic Spain à New York au milieu des années 70. Depuis le temps, et après tant de déplacements, j’ai perdu beaucoup de choses et même pas mal perdu l’attachement aux choses, mais je suis content d’avoir encore ces trois affiches.

Celle de gauche est une réédition des années 70, par les Industrial Workers of the World (IWW), d’une gravure sur bois de l’époque de la Première Guerre mondiale : “Appelés de tous les pays, unissez-vous ! Vous n’avez rien à perdre sauf vos généraux !” Mon grand-père, lorsqu’il était bucheron dans les années 20, était membre de ce syndicat.

La deuxième affiche – “Pyramid of Capitalist System”, également des IWW – est la reproduction d’une classique qui date de 1911. Et en haut, à gauche, on trouve une petite réclame pour le journal The Industrial Worker – “Foremost Exponenent of Revolutionary Industrial Unionism” – publié à Spokane, ma ville natale, et dont l’abonnement annuel était d’un dollar.

Et pour la troisième… Avant de me mettre à faire de la musique en 1980, ma vie tournait plutôt autour de l’Espagne. À Barcelone, pendant l’été de 1976, j’étais surpris de trouver une affiche citant “l’Internationale” – publiée, je crois, par le Partido del Trabajo – en vente au grand jour dans un kiosque sur las Ramblas. La transition démocratique post-franquiste avançait lentement, mais sûrement, et on n’avait bientôt plus besoin de moi. Par la suite, c’était grâce aux liens humains et politiques que j’avais avec ce pays, qu’on a invité mon premier groupe – Orchestre rouge – a jouer deux soirs au Rock-Ola à Madrid en pleine movida (1982).

Theo Hakola
Janvier 2018

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Matthew Edwards

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LES ESSENTIELS DE MATTHEW EDWARDS

1 — New York Tenderberry by Laura Nyro. In so much as one can consider a record essential so I consider this to be. I have never been without it wherever I have lived and I have bought copies for many of my most loved people. For me it is indispensable – It made me fall in love with the idea of New York as a passionate English schoolboy. This is the first copy I owned so excuse it’s tattiness.
2 — A key ring with my childhood address etched into a steel disc by my father. My Dad loved making things and had a very utilitarian aesthetic. I carry it with me always.
3 — A St Christopher that was given to me by my Grandmother on the day I was born. Nan had 30 grandchildren and for some reason I was the favoured one. It is always on my person.
4 —The Green Book – When I have a song 90% written it goes into this green wallet. It’s from the 1930’s and was a bookmakers racetrack diary/ note-book. I found it in a barn years ago.
5 — A 1963 Guild Parlour acoustic guitar. Bought in Santa Rosa a few years ago from a man who’d owned it from new. Sometime in 1967 he changed the headstock logo to a carved rose. As I walked away from his house with it I turned around and saw he was crying. It was precious to him and it is precious to me.
6 —The Unfortunates by BS Johnson. It gave me the name of my group. I love Johnson although this is not my favourite of his. That would be ‘Trawl’.
7 — A Season Ticket to watch Birmingham City FC. I am a Birmingham City supporter from birth. All my family are from within half a mile from the ground in Small Heath and we all supported the Blues. Being a Bluenose is an awful curse – we snatch defeat from the jaws of victory over and over again. BCFC are my only religious affiliation.

Matthew Edwards
Décembre 2017

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Peter von Poehl

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LES ESSENTIELS DE PETER VON POEHL

Mon album s’intitule Sympathetic Magic, comme “magie noire”. Voici la définition de magie noire donnée par Wikipedia. “Dans la magie noire, un fétiche (par exemple une poupée vaudou) peut être utilisé pour créer une connexion entre une personne et un objet, mais peut aussi acquérir des pouvoirs spéciaux si on le relie à un saint, un dieu ou toute autre personne vénérée. Les mediums ou les voyants utilisent régulièrement un objet ayant appartenu à une personne disparue dans l’intention d’entrer un contact avec elle pendant la séance.”  Cette définition me semble en lien avec le principe des Essentiels. Voici donc mes objets.

Orgue Bergman
J’ai commencé à écrire les onze chansons de Sympathetic Magic après avoir sauvé ma collection de vieux claviers qui allait finir à la décharge. Des synthétiseurs bon marché et des orgues électroniques qui prenaient la poussière dans le grenier de mes parents depuis mon adolescence se sont alors retrouvés dans un tout petit studio d’enregistrement dans le centre de Paris. J’ai longtemps pensé qu’il était difficile d’écrire des chansons sur des synthétiseurs avec tous ces boutons et ces possibilités infinies. Mais comme une madeleine de Proust, ces vieux instruments m’ont parlé comme une voix du passé, et malgré leur son qui n’a rien d’élégant, ils ont résonné comme une langue que je comprenais soudain.

Le lièvre aux yeux d’ambre
J’ai récemment lu ce superbe roman écrit par l’auteur et poète Edmund de Waal. Le livre retrace l’histoire de la famille de l’auteur, entre Odessa, Paris et Vienne à travers les aventures d’une collection de sculptures miniatures japonaises, les seuls objets appartenant à sa famille que les Nazis ne parvinrent pas à aryaniser après leur prise de pouvoir en 1938. Je n’ai pour ma part pas un esprit collectionneur et j’ai, jusqu’à présent, mené une vie beaucoup trop nomade pour conserver autre chose que le strict minimum. Mais quand je regarde l’histoire de ma propre famille, je constate que la valeur des objets les plus simples dépasse largement leur usage quotidien, et je vois comment ils peuvent ressusciter le passé.

Vélo pliant Brompton
À mes yeux, le vélo est le moyen de transport idéal. Je dirais même que le vélo, en tant que construction, est le seul objet — plus qu’un instrument de musique ou du matériel d’enregistrement — sur lequel je peux fantasmer. Cette œuvre particulièrement réussie de l’ingénierie britannique est mon fidèle ami depuis plus de dix ans. Ce vélo m’a emmené à tant d’endroits que j’en ai forcément oublié certains. J’avais même fait construire un flight case à un moment pour pouvoir l’emmener en tournée.

Harlequin, de Charlotte von Poehl
Ma sœur m’a gentiment prêté une de ses œuvres pour trois de mes quatre pochettes d’albums. Je suis, comme vous pouvez l’imaginer, fan de son travail. On dit qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture, mais je crois pouvoir affirmer que sur chacun de mes disques, l’œuvre en couverture a d’une manière ou d’une autre inspiré le contenu musical.

Cordon d’un pass backstage japonais
Je m’en sers toujours en porte-clefs. Plutôt par habitude que pour son aspect pratique ou ses vertus esthétiques. Il n’y a pas très longtemps, j’ai croisé un des membres de Phoenix, qui avait joué à ce même festival cette année-là. Curieusement, il avait gardé le même pass backstage pour s’en servir de la même façon.

Râpe à parmesan
Une des questions qu’on me pose souvent c’est comment et quand j’écris une chanson. Pour moi la composition est rarement un processus avec un début et une fin bien définis. Ce sont des bouts et des morceaux qui s’assemblent de façon plutôt mystérieuse comme dans un puzzle. La composition de The Story of the Impossible était quelque peu particulière : j’habitais à l’époque dans un grand appartement à Berlin, dans le quartier de Kreuzberg, où j’avais aussi mon studio d’enregistrement. Une nuit, après une bonne assiette de penne all’arrabbiata faits maison (une recette de pâtes pour laquelle je suis plutôt doué), j’ai trouvé la partie de guitare autour de laquelle s’articule la chanson et les paroles ont suivi dans la foulée. J’ai enregistré jusqu’au petit matin ce qui était censé être une démo de la chanson mais qui a finalement terminé sur l’album. Mon ingénieur du son a joué la partie de flute et l’organiste français Charlie O. a ajouté un peu de célesta, mais c’est tout.

Peter Von Poehl
Mai 2017

En collaboration avec

Article paru initialement dans le #204 de Magic RPM (mai/ juin 2017)
Photographies par Julien Bourgeois / Mille mercis à Vincent Théval et à Magic RPM.


Plus d’informations sur Peter von Poehl
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My essentials for Magic RPM by Peter von Poehl
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