Mathieu David Blackbird

My essentials for Stereographics © Mathieu David Blackbird
My essentials for Stereographics © Mathieu David Blackbird
J’avais noté dans un coin de mon agenda-mémoire cette réponse de Jane Birkin à un journaliste qui lui demandait de caractériser Etienne Daho avec qui elle venait d’enregistrer: “Comment définir le mystère ?” Je me suis dit que si l’on me posait un jour cette question au sujet de Mathieu David Blackbird, je répondrais la même chose. Ce jour est venu et cela me semble toujours le qualificatif le plus approprié pour présenter cet éternel jeune homme à la chevelure blanche immaculée, qui a fait sienne la citation de Jacques Tati : “trop de couleur distrait le spectateur”. Citation que j’avais découverte dans les Inrocks mensuels, l’une de ses nombreuses lectures de chevet dont les premiers numéros doivent être rangés sur une étagère de son immense biblio-discothèque, mais toujours à portée de main pour pouvoir être feuilletés en sirotant un Petit Chablis. Puisqu’il est ici question (surtout !) de musique, il est à noter que notre homme a endossé plusieurs rôles que l’on imagine peu souvent aller ensemble et qui pourtant lui permettent aujourd’hui de soutenir n’importe quelle discussion sur ce vaste sujet, en connaissance de cause : fils de musicien, musicien lui-même, songwriter, DJ, critique rock, chroniqueur radiophonique, organisateur de concerts, producteur de disques… Mais loin d’en tirer une quelconque gloire ou d’en imposer à moins érudit que lui, il a su rester “fan de…” et aime avant tout écouter les autres pour mieux les accompagner. Discret et passionné, exigeant et enthousiaste, sincère et espiègle, Mathieu est un indéniable défenseur du bel esprit et inlassable amoureux de la belle ouvrage (et vice versa) comme le prouvent les mots qu’il a choisis pour accompagner ses “essentiels”. Mais tentez de le réduire aux clichés associés aux objets qu’il a sélectionnés et vous vous retrouverez seul(e) avec votre cage vide (même dorée), l’oiseau ayant fui à tire d’aile à la première esquisse d’enfermement : “Blackbird, fly !” — Cathy Viale (aka Cathimini)

 

LES ESSENTIELS DE MATHIEU DAVID BLACKBIRD

My essentials for Stereographics © Mathieu David BlackbirdMon père m’a offert cette guitare acoustique d’étude lorsque j’avais 16 ans. L’un de ses anciens élèves, guitariste classique au conservatoire, s’était chargé de m’enseigner quelques rudiments avant de me demander quelles chansons j’aimerais apprendre à jouer. Je lui avais alors enregistré certaines de mes favorites sur une cassette, parmi lesquelles ‘Each And Everyone’ d’EVERYTHING BUT THE GIRL et le ‘Headmaster Ritual’ des SMITHS.

Prudent, mon professeur m’avait  gentiment suggéré, au vu de ma technique balbutiante, d’opter plutôt  pour  ‘In Between Days’, le single de THE CURE sorti peu de temps auparavant et qui, il me fallait bien le reconnaître, était  plus dans mes cordes – de nylon. La plupart des chansons que j’ai écrite l’ont été sur cette glorieuse antiquité.

Everything But The Girl – Each and Everyone (Video)
The Smiths – The Headmaster Ritual (Video)

 

 

My essentials for Stereographics © Mathieu David BlackbirdProfitons de l’occasion pour rendre hommage à ce formidable ouvrage qu’est Le Dictionnaire Du Rock, ce travail de titan supervisé par Michka Assayas. Forcément incomplet puisque déjà obsolète au moment précis où il partait à l’imprimerie, c’est une œuvre imparfaite et c’est également ce qui en fait sa grande beauté – au-delà de son indéniable intérêt encyclopédique.

J’aime Le Dictionnaire Du Rock parce qu’il fallait être complètement dément pour tenter une aventure pareille. Conçu et rédigé au milieu des années 1990 à une époque où l’Internet était encore balbutiant – ce qui ajoute encore au caractère pharaonique de l’entreprise car vérifier chaque minuscule détail bibliographique ou discographique était une autre paire de manche qu’aujourd’hui – c’est un ouvrage qui peut parfaitement se lire comme un roman : Michka me racontait avoir un jour observé quelqu’un dans un train qui, après en avoir terminé une partie de la lecture, avait soigneusement marqué la page en cours comme il l’aurait fait avec n’importe quel livre lambda. Pour ma part, il m’arrive fréquemment d’ouvrir Le Dictionnaire Du Rock et d’en lire quelques pages au hasard ou de vérifier, lorsque j’écoute un disque, s’il existe une entrée à propos du groupe ou de l’artiste en question.
Signalons que Michka s’était entouré de nombreux collaborateurs, dont le très érudit Bruno Blum et l’immense Philippe Auclair à qui l’on doit entre autres les pages splendides consacrées à PREFAB SPROUT, THE JAM ou XTC – je ne me lasse jamais de les relire.

My essentials for Stereographics © Mathieu David BlackbirdAvouons-le : ce bonnet est une sorte de doudou. Acquis lors de mon premier séjour à Madrid au mitan des années 1990, il a évidemment une grande valeur sentimentale et m’accompagne fidèlement depuis par grand temps – averses diluviennes, pluies acides, tempêtes de neige ou giboulées diverses – et lorsque je vais courir le Dimanche matin au saut du lit – 10 heures. Être élégant en toutes circonstances : c’est important.

Saluons également la merveilleuse invention qu’est ce casque sans fil grâce auquel je peux préparer dans ma cuisine une sauce au curry – le secret : un gros trait de coulis de tomate – galvanisé par les fulgurances de JOHN COLTRANE, siroter un verre de Chablis sur mon balcon en compagnie de SUPERBRAVO,  m’immerger dans l’ambiance des tribunes du Santiago-Bernabeu sans quitter mon salon ou étendre mon linge en écoutant ma collection de singles de KIM WILDE – 1979-1983 exclusivement.
Wireless : l’une des clés du bonheur.

Conçu à l’origine pour l’Hôtel Royal du Danemark, le fauteuil EGG, dessiné par Arne Jacobsen en 1958 – et régulièrement surnommé ‘Le Fauteuil Du Patron’ dans la sphère familiale – est une sorte de cocon dans lequel j’ai effectué nombre de kilomètres sans bouger un orteil et écouté des milliers de disques. Doux et enveloppant – mais également pivotant et basculant – cette beauté toute en courbes est le véhicule idéal lorsqu’il s’agit de voyager loin le casque sur les oreilles.

 

My essentials for Stereographics © Mathieu David BlackbirdAvoir des yeux de chat et être capable de retrouver n’importe quel disque des BEATLES dans une totale obscurité – un don que la plupart des gens jugerait  parfaitement inutile mais qui me rend néanmoins de fiers services – me condamne logiquement à cligner de l’œil au moindre rayon de soleil. Mes paires de Ray-Bans sont mes amies.

Voilà pour la plupart de mes essentiels – même si j’aurais pu ajouter ma chaine hi-fi et un limonadier pour faire bonne figure. Le reste est accessoire – sauf l’amour bien évidemment car comme le chantaient magnifiquement THE PASSIONS, l’un de mes groupes fétiches : love is essential.

The Passions – Love Is Essential (Video)

 

Mathieu David Blackbird
Février 2022

Plus d’informations sur Mathieu David Blackbird
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instagram.com/mathieudavidblackbird

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