Le Mange Disque, portrait d’un fanzine

Logotype Le Mange Disque © Fred Le Flaher

AU DÉBUT

L’histoire du Mange-Disque commence donc en 2005…
Fred Le Falher — Oui, ça démarre comme souvent par une bande de copains réunis autour d’une même passion pour le rock. Au départ, on est cinq : Bruno Mosnier, Fred Sérager, Daniel Aimé, Jeff Vidal et moi-même. On est en 2005, on a entre 30 et 40 ans (sauf Daniel, notre doyen : la petite soixantaine), on boit des coups, on voit pas mal de concerts, et on se dit que ce serait cool de construire quelque chose ensemble, de transformer cette amitié en une réalisation concrète, durable.
Certains montent un groupe ou un festival, nous on a créé un fanzine. Il n’y avais pas de fanzine à Aurillac, et on trouvait marrant de se lancer là-dedans à nos âges, alors que les fanzines sont plutôt un truc qu’on fait à 20 ans.

Pourquoi en 2005, choisir d’éditer un fanzine papier alors que les webzines fleurissent sur internet ?
FLF — On est tous attachés à l’objet : les disques, les vinyles, mais aussi les bouquins, la presse, les affiches… Nos maisons ou apparts sont gavés de tout ça, les étagères débordent, ça n’en finira jamais. Donc, il était hors de question dès le départ de faire un web-zine : on voulait un truc imprimé et relié, à l’ancienne, un journal qu’on puisse glisser dans un sac, lire aux chiottes, conserver dans une étagère, bref, un “vrai” fanzine.

“Certains montent un groupe ou un festival, nous on a créé un fanzine” — Fred Le Falher


Quelles étaient vos envies en créant un fanzine ?

FLF — On a fait une réunion ou deux (bien arrosées) pour définir ce qu’on voulait faire, et on a adopté une série de parti-pris bien définis :
– on parle de ce qu’on veut, sans lien nécessaire avec l’actualité
– on défend chacun notre petit univers personnel : Bruno plutôt punk, Fred des trucs assez “arty”, Jeff n’écoute que du reggae, moi plutôt de la pop, Daniel raconte ses anecdotes de vieux routard des concerts parisiens…
– chaque sujet doit avoir un rapport avec la musique, c’est la seule contrainte
– on se fait plaisir à défendre des trucs qu’on adore, on ne fait pas d’articles “contre” mais “pour”.
On a sollicité d’autres copains autour de nous, nos frangins, des gens susceptibles de collaborer régulièrement ou ponctuellement au Mange-Disque… Au total, en plus du noyau dur des cinq zigottos du début, il doit y avoir une bonne trentaine de personnes qui ont écrit dans le fanzine.

Pourquoi Le Mange-Disque ?
FLF —  Ça a failli s’appeler “Single”, et puis finalement on a choisi Le Mange-Disque, parce que ça faisait moins prétentieux. Un Mange-Disque, c’est presque un jouet, c’est un appareil pour les enfants, ça nous allait bien. Ça fait pas trop sérieux, ça exprime une forme de légèreté, une approche plutôt ludique de la musique, c’est un nom qui nous plaisait bien parce qu’on avait envie de se marrer, quand même, avec ce fanzine.

© Le Mange-DIsque / Fred Le Falher

Et le format carré ?
FLF — On voulait faire un objet un peu soigné, un beau fanzine, pas un truc punk photocopié en A4. On se disait “tant qu’à faire un fanzine de vieux, autant le faire bien”. Le choix du format carré s’est imposé assez vite, et pas seulement carré : 18 cm de côté, comme un 45 tours. Et ça collait bien avec la forme du journal : un mange-disque, ça ne permet de lire que des 45 tours, donc format carré.

Du coup, vous tenez un concept ?
FLF — Oui, car ce format-là, en plus, nous permettait de vendre le fanzine dans une pochette plastique transparente (comme les 45 tours). Du coup, non seulement la pochette rappelait le 45 tours tout en mettant en valeur le fanzine, mais en plus ça permettait de glisser notre fameux cadeau à l’intérieur, chose impossible sans la pochette. Et ça, c’était vraiment la cerise sur le gâteau de notre projet : accompagner chaque numéro d’un petit cadeau-collector, comme le Pif-Gadget de notre enfance.
En fait, on s’est dit “voilà, le Mange-Disque sera le Pif-Gadget du fanzine rock”. Ça veut dire qu’à chaque numéro, on devait trouver un petit cadeau différent, mais pas cher car sinon on se retrouvait avec des cadeaux plus chers que le coût du journal.

“On s’est dit : voilà, le Mange-Disque sera le Pif-Gadget du fanzine rock” — Fred Le Falher

Qu’avez-vous fait comme cadeaux ?
FLF — On a fait des cartes postales, des stickers, des sous-bocks, des magnets, des ballons, des préservatifs, des badges… Ça fait des petits objets-promo marrants, c’est cool.
On a même fait très fort pour notre numéro 10 : le cadeau, c’était un vrai 45 tours, un split-record avec un groupe sur chaque face , Les Glums et les Cracbooms, deux jeunes groupes d’Aurillac qu’on aimait bien, en vinyle rouge (!), et avec une pochette ouverte et réversible (pochette avec photos de Daniel d’un côté, et des dessins à moi de l’autre côté). Et tout ça pour 1 euro de plus qu’un numéro ordinaire. Bon, inutile de te dire que ce numéro-là a été épuisé très vite !!!

© Le Mange-Disque / Fred Le Falher
Les cadeaux du Mange Disque : badges, 45t collector, cartes postales, stickers, sous-bocks, magnets, ballons, préservatifs…

AU FIL DES NUMÉROS

Comment se sont répartis les rôles dans le fanzine ?
FLF — Le plus important, c’était que chacun fournisse des articles. Pour le reste, on a fait en fonction des compétences ou des envies des uns et des autres… Bruno M. s’est occupé de la compta, il est plutôt bon là-dedans. Fred S. s’est chargé de l’aspect administratif : numéro ISBN, dépôt des statuts de l’association, ce genre de choses assez carrées.
De mon côté, j’ai pris en charge tout l’aspect graphique du fanzine et ça, c’est vraiment LE truc qui me plait à fond avec le Mange-Disque. Concevoir les couvertures, illustrer les articles des uns et des autres, dessiner tous les titres, faire toute la mise en page, m’occuper du cadeau, mettre au point les affiches-promo… Ça prend un temps de malade, mais j’adore ça.

Chaque membre de la rédaction se prend donc en charge une rubrique, qu’il fait vivre au fil des numéros ?
FLF — Ce ne sont pas tant de “vraies” rubriques que des petites marottes personnelles que chacun défend de numéro en numéro.
Daniel, notre vétéran bien-aimé, nous fait revivre de l’intérieur ses concerts préférés, à grand renfort d’anecdotes qui sentent parfois un peu fort le vécu… Ça donne des chroniques de concert où il n’est quasiment pas question de musique, mais plutôt de l’art et la manière de planquer un appareil-photo dans un sac-à-dos rempli de linge sale pour tromper la vigilance du service d’ordre… Fred S. , dans l’édito comme dans ses articles, est le seul capable de caser des mots comme “corollaire” ou “éthéré”, une exigence littéraire compensée quelques pages plus loin par les familiarités langagières de Bruno M., pas du genre à tourner autour du pot.
Pour ma part, je me suis spécialisé dans le plébiscite de groupes pas très respectables, genre les Charlots, les Poppys, Niagara, Graziella de Michele, OMD, ou même… Johnny Hallyday (album “La Génération perdue”, un bon cru de 1969 !)… Des trucs que j’aime vraiment bien, mais qui ne jouissent pas d’une grande crédibilité-rock, c’est le moins qu’on puisse dire. Chaque numéro ou presque accorde une place à un article Reggae, signé par l’ami Jeff. On a aussi les interventions drolatiques de Bruno V. alias Placid Souplex, pour deux à quatre pages de dessins foutraques flirtant dangereusement (encore heureux !) avec le n’importe-quoi… On a aussi le poster central, une simple double-page, ne rêvons pas, chasse gardée de Daniel.

“On peut dire que les articles de chacun n’ont (presque) pas besoin d’être signés, tellement ils portent l’identité de leur rédacteur” — Fred Le Falher

© Le Mange-Disque / Fred Le Falher
Les amis du Mange Disque (de gauche à droite) : Xavier Hup, Fred Le Falher, Fred Sérager, Jeff Vidal et Bruno Mosnier


Vous cultivez donc la liberté d’expression individuelle ?

FLF — On peut dire que les articles de chacun n’ont presque pas besoin d’être signés, tellement ils portent l’identité de leur rédacteur. Mais ça colle bien avec l’esprit du Mange-Disque : liberté de ton totale, comme au bon vieux temps des radios pirates… mais sur papier. On n’est pas organisés au point d’avoir des rubriques systématiques : on fonctionne essentiellement à l’envie, au coup de cœur, à l’initiative individuelle.
Les intervenants extérieurs, et les initiatives ou contributions qu’ils peuvent apporter, sont toujours les bienvenus : le cercle du Mange-Disque, tel un 45 tours élargi au 25 cm puis au 33 tours, est fait pour s’agrandir !

Un article signé Dominique A, une collaboration avec Renaud Monfourny, on ne se refuse rien au Mange-Disque ?!
FLF — Oui, nous sommes assez fier d’avoir eu Dominique A parmi nos rédacteurs (numéro 11), avec un article complètement inédit sur Bridget Saint-John. On l’avait rencontré pour une interview au Théâtre d’Aurillac en 2010, il avait particulièrement apprécié qu’on perpétue la tradition du fanzine-papier, du coup il nous avait promis un article : promesse tenue, merci M’sieur A !
Quand à Renaud Monfourny, lui aussi sensible au support imprimé, il nous a proposé de sélectionner des séries de 6 portraits par thématiques. Les photos étant carrées (avec la fameuse bordure noire du négatif, signature du maître), c’était parfait pour les pages du Mange-Disque. On n’est pas peu fiers d’avoir exhibé des Lou Reed (série “New-York”), Jesus & Mary Chain (“Dirty British”), Elliot Smith (“Mythes US”) et autres PJ Harvey (“Girls”) dans notre petit fanzine aurillacois… Pour l’anecdote, quand Monfourny est venu à Aurillac en 2012, dans son discours d’inauguration pour son expo, il a d’ailleurs dit “Oui, c’est vrai, je suis photographe aux Inrocks, mais enfin, je travaille surtout pour le Mange-Disque“, ah ah !

© Le Mange-Disque / Fred Le Falher

© Le Mange-Disque / Fred Le Falher
Interview de Dominique A / Portfolios de portraits par Renaud Monfourny

Chaque couverture du Mange-Disque contient un élément glissé dans le décor qui évoque un 45 tours. Comment choisis-tu le thème de l’illustration de couverture ?
FLF — En fait, le thème de l’illustration n’a aucun rapport avec le contenu du sommaire. A l’inverse d’un magazine classique qui fait sa Une sur le sujet-vedette du numéro, la couv’ du Mange-Disque est un dessin complètement libre.
Le seul impératif que je me suis fixé, et qui est commun à toutes les couvertures, c’est d’intégrer un objet ou un élément de décor qui évoque le 45 tours. Une soucoupe volante (numéro 2), une crêpe (numéro 3), un morceau de glace sur la banquise (numéro 5), un gâteau d’anniversaire (numéro 10), le tracé du rond central sur un terrain de foot (numéro 11), le motif d’un bouclier viking (numéro 12)…
Faut pas croire, mais c’est assez compliqué à alimenter, comme concept ! Et maintenant, impossible de faire machine arrière, je dois me creuser la tête pour trouver des idées. Heureusement, notre rythme de parution, tout sauf stakhanoviste, me laisse du temps ! Mais il est déjà arrivé que tout soit prêt, sauf la couverture…

“En fait, le thème de l’illustration n’a aucun rapport avec le contenu du sommaire. A l’inverse d’un magazine classique qui fait sa Une sur le sujet-vedette du numéro, la couv’ du Mange-Disque est un dessin complètement libre” — Fred le Falher


Comment avez-vous distribué Le Mange-Disque ? Chez les disquaires, dans les bars ou les salles de concert, par abonnement ?

FLF — Dans la plus pure logique DIY, le Mange-Disque est en dépôt chez les disquaires indépendants : La Voix du Laser à Aurillac (fermé depuis quelques années, conjoncture oblige, argggh !), Spliff à Clermont, The Rev’ à Tulle… On a aussi élargi à quelques bars hautement fréquentables comme le Bikini à Clermont.
Mais on vend aussi directement aux copains, ou aux aficionados du Mange-Disque dans nos soirées-vinyles. Et aussi par correspondance pour nos lecteurs éloignés (mais oui, il y en a !). Bref, on se débrouille comme on peut pour écouler notre (modeste) stock, sachant qu’on ne tire qu’à 130 exemplaires, ce qui est assez dérisoire.

© Le Mange-Disque / Fred Le Falher

GRAPHISME ET FANZINE

Parlons de toi maintenant. Quel est ton parcours ?
FLF — J’ai fait les Beaux-Arts : d’abord deux ans à Clermont-Ferrand, puis trois années en option Communication visuelle et audio-visuelle à St-Etienne parce que les Arts plastiques purs et durs, très peu pour moi. Mon projet de diplôme était construit autour de Chris Evans, un rockab’ stéphanois qui entrera dans la postérité pour avoir signé “Ma pin-up est une grosse truie”… Ensuite, deux ans d’objection pour éviter l’armée, et après il a bien fallu se mettre à bosser alors j’ai atterri à Aurillac pour être prof d’arts appliqués au lycée St-Géraud, un établissement assez génial dédié aux filières Arts appliqués et Arts graphiques. C’était en 1994, et je n’en suis jamais parti. Vingt-deux ans maintenant que j’enseigne les joies du graphisme à des élèves de Bac Pro Communication visuelle.

© Le Mange-Disque / Fred Le Falher

Il se trouve qu’avec quelques collègues passionnés, on a fait le choix — complètement arbitraire — de travailler presque exclusivement autour de ce qu’on pourrait appeler la culture rock : l’image liée à la musique, ça reste quand même une obsession. On a mis en place toute une série de partenariat avec les structures du coin, notamment la Coopérative de Mai à Clermont ou les festivals Hibernarock ou Europavox, qui nous permettent de monter des projets super excitants avec nos artistes préférés de passage dans la région : de Daniel Darc à Heavy Trash en passant par Charlotte Gainsbourg, Katerine, Dominique A, Miossec, les anciens Bérus, et même Patti Smith (!). On a fait des super beaux boulots en graphisme, et vécu comme nos élèves des moments mémorables avec du beau monde.

En parallèle, j’exerce une petite activité de graphiste très indépendant, en dessinant des pochettes de disques pour des groupes aux noms croquignolets tel que Man Made Monster, La Position du Tireur Couché, The Plastic Invaders, The Balladurians…, des affiches de concert et de festivals rock, des visuels pour la Coopérative de Mai ou pour le Wakan Théâtre…
Le Mange-Disque, c’était l’occasion de se frotter à un environnement visuel complet : illustration, mise en page, typo, objets-promo, affiches pour annoncer les nouveaux numéros ou les soirées DJ… Presque un travail de Directeur artistique, mais en version Minus !

“Il se trouve qu’avec quelques collègues passionnés, on a fait le choix de travailler presque exclusivement autour de ce qu’on pourrait appeler la culture rock : l’image liée à la musique, ça reste quand même une obsession” — Fred Le Falher

© Le Mange-Disque / Fred Le Falher

Quelles sont tes influences et tes références en terme de graphisme et d’illustrations ?
FLF — Je suis un gros fan de Serge Clerc, que j’ai découvert dans les pages du Rock&Folk du début des années 80, ou de Métal-Hurlant. Lycéen, j’ai passé des heures à recopier ses dessins, forcément ça marque. Ça reste un de mes dessinateurs préférés. J’aime aussi beaucoup Yves Chaland, un peu dans la même famille, la Ligne Claire, tout ça. Ça remonte à Hergé, que j’ai beaucoup scruté aussi. Globalement, je ne suis pas très attiré par les dessins hyper réalistes, minutieux, avec plein de petites hachures. J’aime bien Jijé, ceci dit, les Jerry Spring en noir et blanc, avec les fameux contre-jours, j’adore.
J’ai vraiment un faible pour les images très stylisées, et les gros aplats de couleurs. “Pravda la Survireuse”, le bouquin-culte de Guy Peelaert, trône dans mon salon. Les affiches de Saul Bass, j’en suis dingue : “The man with the golden arm”, “Anatomie d’un meurtre”, c’est super simple mais c’est génial. Tout le monde le copie allègrement, moi le premier, normal : c’est le meilleur. Je déteste viscéralement le jazz, par contre j’adore certains mecs qui ont signé des pochettes de disques démentes, notamment dans les années 40 et 50 : Jim Flora, Alex Steinwess, ou Reid Miles chez Blue Note, un pur graphiste, qui ne dessinait pas mais savait cadrer une photo et placer une typo dessus : chacune de ses pochettes est une leçon de mise en page.

“Les affiches de Saul Bass, j’en suis dingue : “The man with the golden arm”, “Anatomie d’un meurtre”, c’est super simple mais c’est génial. Tout le monde le copie allègrement, moi le premier, normal : c’est le meilleur” — Fred Le Falher

© Le Mange-Disque / Fred Le FalherDans les mecs plus contemporains, j’aime beaucoup Art Chantry, qui vient du graphisme punk : une bonne photocopieuse et une paire de ciseaux, ça peut suffire. Je suis aussi très marqué par tous ces américains qui font du gig-poster (Jeff Kleinsmith, Furturtle Print, Methane Studios…), il y a là-dedans une créativité tout azimut qui est vachement stimulante.
Plus proche de nous : j’adore Blexbolex (né dans le Cantal !) et ses bouquins toujours épatants ; j’ai suivi de près ce qu’on publié les éditions du Rouergue (basées à Rodez, pas loin non plus) quand Olivier Douzou était à la barre du secteur Jeunesse ; et en ce moment je suis très admiratif de ce que fait Alexandre Clérisse, un petit gars du coin exilé à Angoulême : son “Eté Diabolik” est un petit chef-d’œuvre, chaque page mérite qu’on s’y arrête. Je peux citer aussi des découvertes assez récentes : Jean Mosambi ou Marcel Bontempi, des mecs qui font des pochettes de disques et pas mal de sérigraphies dans un style très sixtie’s imprégné de cartoon, vraiment chouette.
En fait, chaque jour je peux être émerveillé par une affiche, une pochette de disque, un livre pour gamin… Je suis tout le temps en train de récupérer des flyers, des brochures, des magazines, des tas de trucs que j’entasse dans des cartons… C’est un peu compulsif. Heureusement, j’ai la chance d’avoir une grande baraque, avec un vaste grenier… et aussi une meuf compréhensive !

Comment organises-tu ton travail de graphiste sur le fanzine ?
FLF — A la base, je ne suis pas quelqu’un de très organisé… Sur le fanzine, je me fais violence : je dois être un peu méthodique parce que 60 pages à organiser, ça ne peut pas s’improviser. Pour ne pas être débordé, je gère les articles au fur et à mesure qu’ils arrivent.
La confection d’un numéro entier peut prendre plusieurs mois, du coup, parce que tant que j’ai du pain sur la planche, je laisse les copains m’envoyer les articles à leur rythme. Moi le premier, je suis assez lent à écrire (surtout quand je me lance sur un article fleuve à propos de Niagara !). Le truc très long et très chiant, aussi, c’est de lire tous les articles envoyés pour corriger les fautes d’orthographe et typographiques : j’essaie d’être le plus rigoureux possible avec ça, fanzine ou pas c’est une exigence qui me parait utile.
Côté maquette, je fais en sorte que tout le journal fonctionne par double-page : un article va occuper deux, quatre, six ou huit pages, jamais de chiffre impair. Je répartis le texte dans des colonnes, toujours en corps 9, et selon le volume qu’il occupe, j’évalue ce qui me reste de place pour faire ma petite garniture à moi : le titre et les images. Ce que je préfère, c’est les articles un peu longs parce que sur la première double-page, je me fais plaisir : gros titre, grosse illustration. Les lettres dessinées du titre, ça fait vraiment partie de l’identité visuelle du Mange-Disque.

© Le Mange-Disque / Fred Le Falher

“Gros titre, grosse illustration. Les lettres dessinées du titre, ça fait vraiment partie de l’identité visuelle du Mange-Disque. La somme de contraintes créé le style, au bout du compte, et ça j’aime bien, comme principe” — Fred Le Falher

Il faut savoir que je fais tout sur le logiciel X-Press, qui n’est pas du tout un logiciel de dessin mais de mise en page. Sauf que même pour faire de la mise en page, plus personne ou presque n’utilise X-Press, c’est In Design qui a pris le relais. Illustrator, je ne connais pas et je refuse d’apprendre à travailler dessus, presque par principe. C’est aussi de la flemme, évidemment, parce que je ne suis pas du tout sensible à la technologie.
Je dessine sur un écran parce que c’est super pratique, mais je suis venu à la PAO sur le tard, un peu à contrecœur. Aux Beaux-arts, par exemple, j’étais un fervent adepte du tout-manuel, je détestais les ordinateurs.

Aujourd’hui, je dessine avec une souris mais pour autant, je reste un vrai nul en PAO, et je ne ressens pas du tout le besoin de progresser. Paradoxalement, c’est devenu une petite spécificité que je cultive : je dessine sur un logiciel qui n’est pas fait pour ça. Et bizarrement, dessiner sur X-Press, ça me plait vraiment. Pourtant, c’est hyper contraignant : il faut tracer des polygones fermés pour pouvoir les remplir d’une couleur ; on ne peut quasiment pas tracer de courbes fluides ; il n’y a pas de calques comme sur la fameuse “suite Adobe” mais ça c’est pas grave parce que les calques, je n’y ai jamais rien pigé. Tout ça m’oblige à adopter un dessin un peu schématique, plutôt anguleux, dans les illustrations comme dans les titres, ce qui rejoint les esthétiques stylisées que j’affectionne, ce côté un peu cartoon, genre Hannah Barbera… Non seulement je m’en accommode, mais j’y trouve mon compte. Mieux que ça : j’en rajoute. Par exemple, à l’intérieur du Mange-Disque où j’ai carte blanche, je m’impose une autre règle stricte : du noir, du blanc, et une seule et même valeur de gris, toujours en aplat.

© Le Mange-Disque / Fred Le FalherLa somme de contraintes créé le style, au bout du compte, et ça j’aime bien, comme principe. Ceci dit, il n’y a pas que des dessins dans le Mange-Disque : on essaie aussi d’accorder une belle place à la photo, et ça fait du bien d’alterner les deux, selon les articles. Ça rythme la lecture. On a notre fameux Daniel qui pratique la photo de concert en pur amateur depuis quarante ans, et la double-page centrale lui est (quasiment) toujours réservée. Mais on a aussi eu les portraits de Renaud Monfourny, qui me permettait de me fantasmer de temps en temps en maquettiste des Inrocks-mensuel… J’essaie de ne pas utiliser d’images chopées sur internet ou scannées sur un bouquin mais je dois reconnaître que j’ai eu recours plusieurs fois à ces solutions de facilité. Nobody’s perfect, hein…
L’étape finale, quand les 60 pages sont remplies, c’est de répartir tout ça de façon équilibrée : j’alterne articles longs (6 ou 8 pages) et articles courts (une double-page), articles plutôt sérieux et article marrants, dessins et photos… Faut pas croire mais c’est assez conséquent, tout ça, comme boulot. A une époque, on sortait trois numéros par an et franchement, je ne sais pas comment on faisait !

DU FANZINE AU COLLECTIF DJ…

Le Mange-Disque, c’est aussi des soirées DJ dans les bars d’Aurillac ?
FLF — Oui, au départ, on a commencé par organiser des soirées dans les bars d’Aurillac pour chaque sortie de numéro.
On passait des disques (vinyles exclusivement), on en profitait pour vendre quelques numéros, on faisait la bringue, c’était chouette.
Et petit à petit (assez rapidement, en fait), on s’est retrouvés à être sollicités pour animer des soirées dans les mêmes bars, ou ailleurs, parce que forcément, des mecs qui ne passent que des 45 tours à Aurillac, il n’y en avait pas des masses. Surtout, on a toujours fait ça en se marrant et en faisant marrer les gens : on passe un peu tout et n’importe quoi, plein de vieux tubes, des trucs des années 80, des hymnes pop, parfois même de la bonne vieille varièt’, des trucs que tout le monde connait et qu’on peut brailler à tue-tête, sans hiérarchie, sans snobisme (des fois on passe vraiment des trucs très limite, mais on s’en fout). Ça va de Plastic Bertrand à Nirvana en passant par AC-DC, les Poppys, The Clash, Cure, Sheila, les Calamités, les Soup Dragons, Deee-Lite, Eric Morena (Oh mon Bâteau), Orchestral Manœuvre, Taxi Girl, les Bérus, Niagara, Gotainer, des musiques de film, bref, c’est un peu n’importe quoi mais on se marre bien.
Du coup, aujourd’hui les gens ont un peu oublié qu’à la base, le Mange-Disque c’est un fanzine. On est devenus un collectif de DJ plus tout jeunes et passablement agités, qui dansent comme des tarés, grimpent sur les tables pour faire du Air-guitar sur Highway to Hell, et se font payer en bières… Bah, on a l’image qu’on mérite !

© Le Mange-Disque / Fred Le Falher
Le Mange-Disque à la Route du Rock en 2012. De gauche à droite : Bruno Verger (aka Placid Souplex), Jeff Vidal, Bruno Mosnier, Fred Le Falher…


En sommeil depuis 2013, le Mange-Disque est de retour ?

FLF — Oui, car c’est une activité qui me manque vraiment, en fait. C’est pour ça que je suis en train de relancer tout le monde pour qu’on refasse un numéro, après 3 années de sommeil …
La faute au boulot, à la vie de famille (on est tous papas), à l’enthousiasme qui faiblit aussi, évidemment… Mais merde, je me dis que c’est trop con de s’être laissés endormir, et qu’il suffit de s’y remettre pour retrouver l’énergie du début. Les groupes de rock se reforment, Les Objets sont réédités (!!!), y’a pas de raison pour que les rédacteurs de fanzine se ramolissent. The show must go on !!! Yeaaaaaaaah !!!

Pour information, pour le prochain numéro “Le Retour du Mange-Disque”, on cherche des nouvelles “plumes”, alors à bon entendeur… !


Pascal BLUA
Septembre 2016
Iconographie © Le Mange-Disque / Fred Le Falher


Plus d’informations sur Le Mange-Disque
www.facebook.com/lemangedisque
www.facebook.com/fred.lefalher

Christophe Corneau

My essentials for Stereographics © Christophe Corneau

LES ESSENTIELS DE CHRISTOPHE CORNEAU

De l’enfance, il y a le souvenir de chansons entendues à la maison, Aznavour, Bécaud, Brel, Dassin puis les années collège au cours desquelles je commence à m’intéresser à ce qui passe à la radio mais le réel déclic a lieu en camp d’ados en 1978 en Corse où je sympathise avec un petit parisien qui est venu avec des cassettes de groupes dont j’ignore l’existence. Parmi ces groupes, il y a The Clash. Je rentrais chez moi avec le premier album sous le bras, acheté avec mon argent de poche chez un disquaire à Ajaccio.
Je ne cesserai alors de décortiquer l’actualité musicale à la recherche de nouvelles trouvailles dans la presse de l’époque Rock’n’Folk, Best puis un peu plus tard Les Inrockuptibles dont j’attendais la sortie avec impatience et auxquels je dois une partie de ma discothèque.

Cette passion qui m’anime encore et toujours aujourd’hui m’a permis de faire de belles rencontres et de construire des liens d’amitié durables avec certaines d’entre elles. Rien d’étonnant donc si cette sélection tourne beaucoup autour de la musique.

 1/ Sparklehorse : Vivadixiesubmarinetransmissionplot
J’ai acheté ce disque sur le conseil avisé d’un ami et l’en remercie encore aujourd’hui.
Je me souviens parfaitement de la première écoute. Dès les premières notes de “Homecoming Queen”, j’ai été envoûté par l’univers intime et mélancolique si particulier de Mark Linkous compositeur / bricoleur, multi-instrumentiste de talent, qui livre sur ce premier album pas moins de 16 titres, qui alternent entre ballades magnifiques et morceaux plus rock.
Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître ! Le reste de son œuvre est tout aussi recommandable et m’accompagne régulièrement. J’ai eu la chance de le voir sur scène à Paris en 1996, à l’époque où il était en fauteuil roulant. Un souvenir inoubliable. RIP Mister Linkous.

2/ Charles Mingus
Reconnu comme l’un des plus grands jazzmen du XX siècle, c’est avec ce “Live in Europe” acheté au début des 90’s que j’ai découvert cet immense contrebassiste et compositeur. J’ai depuis amassé une petite trentaine de vinyles et CD.
Je recommande la lecture de son autobiographie ”Moins qu’un chien”, qui permet de mieux connaître et comprendre ce personnage passionnant, écorché vif et engagé.

3/ Le jardin potager
C’est un peu par hasard, s’il y a plusieurs années au sein d’une association de mon village, je me suis retrouvé à cultiver une parcelle de 300m2. Vrai lieu d’échanges intergénérationnels (on apprend souvent des anciens) et de partages.
Le compost, la rotation des cultures, le calendrier lunaire et l’utilisation de la Grelinette n’ont plus de secret pour moi. C’est surtout un vrai plaisir de cuisiner, manger et partager ce que l’on a planté et cultivé de façon raisonnée et bio.
TOUS AU JARDIN POTAGER !!!!

4/ Adidas, modèle Samba
Je suis assez difficile pour me chausser et quand je trouve un modèle qui me plaît, j’y suis fidèle.
Pour les baskets c’est La Samba !

5/ Serge Clerc
J’ai découvert les dessins de Serge Clerc dans Rock’n’folk à la toute fin des 70’s.
Il a beaucoup dessiné autour de la musique dans diverses publications, dont Métal hurlant et le NME. Plusieurs jolies pochettes de disques sont également à noter (Cramps, Comateens, Bijou, Joe Jackson, Fleshtones etc.) que je possède pour la plupart. Cette intégrale dédiée au Rock rassemble l’ensemble de ces travaux. Cet immense dessinateur a également publié nombre de bandes dessinées dont les aventures de Phil Perfect que je conseille.

6/ iPod Classic
Je dois bien l’avouer, nous sommes Apple addict à la maison. Mon iPod Classic ne me quitte jamais. Je l’écoute partout, dans les transports et au bureau. Véritable petite merveille qui me permet de me balader avec une partie de ma discothèque dans la poche.

7/ Objets Vintage
L’oncle de mon épouse, qui est malheureusement parti, était un brocanteur érudit. Il m’a donné le goût des objets anciens, et a éclairé et nourri ma curiosité. J’ai une affection particulière pour ces objets chinés sur les vide-greniers, pour certains avec lui. Ils sont là, posés sur une étagère et me rappellent de beaux souvenirs.
– Un vaisseau spatial de 1973 d’origine tchécoslovaque encore en état de marche avec sa boîte.
– Un briquet de bureau paquebot du milieu des 70’s.
– Ce drôle d’Esquimau en céramique et fil de fer des 60’s, production des potiers d’Accolay.

8/ Jacques Tati : Mon oncle
J’aime tout Tati, depuis ses courts-métrages jusqu’à Parade. L’humour, la poésie, mais aussi la modernité dépeinte et moquée dans mon oncle, en font un chef d’œuvre que je ne me lasse jamais de revoir.

9/ XTC : Skylarking
J’ai acheté pratiquement tout ce que XTC a enregistré, parfois en double avec les rééditions en CD qui contiennent des titres bonus. Pierre angulaire sans l’ombre d’un doute de la discographie du groupe de Swindon, Andy Partridge et Colin Moulding sont sur “Skylarking” au sommet de leur art. Il convient d’y ajouter la merveilleuse face B du single “Grass” tiré de l’album, Dear God.
Voilà bien un groupe que je regrette de ne pas avoir vu sur scène, si ce n’est à la télé dans l’émission Chorus en 1979.

10/ The Clash : London Calling
Comme évoqué plus haut, c’est ce groupe qui m’a donné l’envie de m’intéresser à la musique.
Il y a d’abord cette pochette culte qui fait référence à Elvis Presley où l’on voit Paul Simonon fracasser sa basse avec à l’intérieur ces textes appris par cœur, à force de les lire et relire et les photos du groupe en tournée que j’examinais avec envie et intérêt. Mais c’est surtout musicalement que ce troisième disque est important. Le groupe ouvre sa musique à des univers aussi variés que le reggae, le ska, la pop ou le rockabilly ; le résultat est une réussite totale, d’un bout à l’autre de ce double album.
L’urgence, l’énergie de ces chansons n’ont pas pris une ride. REVOLUTION ROCK !

11/ The Pale Fountains : Pacific Street
Michael Head, compositeur de génie signe avec ce premier album un classique Pop. Comment ne pas tomber sous le charme de ces compositions aux mélodies imparables, arrangées de façon majestueuse et de cette trompette qui virevolte tout du long.
Je dois également aux Pale Fountains de m’avoir fait découvrir Love, lors de leur concert à l’Eldorado en 1985 où ils jouèrent “A House Is Not a Motel” ce soir-là. Je suis depuis, avec toujours autant d’intérêt, les différents projets du bonhomme, Shack, Mick Head & the Strands ou Mick Head & the Red Elastic Band.
Voulant partager à tout prix ce petit bijou, je l’ai offert à plusieurs amis pour leur anniversaire à l’époque.

12/  Pillows and Prayers : Cherry Red (1982-1983)
Véritable petite mine d’or que cette compilation éditée par Cherry Red Records au début des années 80, grâce à laquelle j’ai fait plein de belles découvertes musicales. Five or six, The Monochrome Set, Felt, Eyeless in Gaza, Joe Crow et la galaxie EBTG (Marine Girls – Ben Watt – Tracey Thorn). J’ai dû en faire des allers et retours chez New rose et/ou aux puces de Saint-Ouen pour dénicher leurs disques.

13/ Mes enfants
Selfie au pied de la Giralda à Séville qui trône sur mon bureau.

La composition graphique est de Corentin COR.


Christophe Corneau
Mai 2016

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