France de Griessen

Les Essentiels de France de Griessen pour Stereographics / Photographie par France de Griessen

 

 

LES ESSENTIELS DE FRANCE DE GRIESSEN
French version, please scroll for the english translation (bottom of the page)

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UNE CONSTELLATION DE TRÉSORS CHERS A MON COEUR
Texte et photographie de France de Griessen

FENDER MALIBU
Je suis très grande et j’aime les petites guitares
. J’ai acheté cette Fender Malibu vintage à New York. Je l’ai vue, essayée et aimée. Parfois, les choses sont aussi simples que cela. Au fil des années, ma connexion avec ma Malibu adorée est devenue de plus en plus forte à travers le nombre et la superposition d’expériences, d’émotions, de technique, d’aventures, de tournées, d’enregistrement en studio… ce qui a donné à cette connexion une densité très profonde et riche de sens, permettant à l’instrument de devenir une extension de mon corps et de mon esprit.
Ces guitares ont été fabriquées aux USA entre 1965 et 1971. Des modèles de guitare Fender Malibu sont toujours produites aujourd’hui ; elles sont cependant différentes à bien des égards. Quand je l’ai eu entre les mains, ma Fender Malibu n’était pas en très bon état, aussi elle a passé du temps entre les mains d’un luthier pour recevoir les soins et l’attention qu’elle méritait. Redonner vie à un instrument et l’entendre chanter à nouveau, c’est une expérience profondément émouvante. Je remercie tout spécialement Ben’s Guitar Repair Shop à Bruxelles !
J’utilise les sangles de guitare vegan Couch. Elles sont fabriquées en Californie, en utilisant principalement des matériaux de récupération comme du deadstock de revêtement de sièges de voiture, des sangles de ceinture de sécurité recyclées, du vinyle recyclé provenant de diverses sources industrielles et automobiles… cette entreprise est 100 % vegan et propose une gamme incroyable de sangles, exempte de cruauté envers les animaux. Ils en ont même une avec un imprimé pigeon que j’adorerais avoir car j’adore les pigeons. Certaines personnes les considèrent comme des nuisibles, ce qui est totalement inexact. Ce sont des animaux domestiques abandonnés qui ont sauvé des vies en portant des messages pendant les guerres, ils sont très amicaux, sensibles et doux ; nous devrions être reconnaissants de partager les villes avec les oiseaux et prendre soin d’eux. Lorsque les gens commencent à réaliser que les pigeons sont des créatures merveilleuses qui essaient simplement de vivre dans un environnement qui leur est hostile à cause des humains, très souvent, ils commencent à remettre en question beaucoup d’autres choses qu’on leur a dites et qu’ils ont répétées sans même se demander : “Est-ce vrai ?” L’un des rôles de l’art est de remettre en question les hypothèses, d’encourager le questionnement ; un pigeon sur une sangle est donc un symbole puissant.

BIJOUX VINTAGE
Une sélection de ma collection de bijoux fantaisie vintage. Ces magnifiques pièces tirent leur valeur du design, du savoir-faire, du symbolisme et du pouvoir évocateur plutôt que de matériaux précieux. Ils étaient portés par les actrices dans les films de l’âge d’or d’Hollywood, par les femmes élégantes lors de cocktails puis, entre les mains d’artistes surréalistes, ils sont devenus des œuvres d’art. Regardez les designs oniriques de Schiaparelli ! Elsa a collaboré avec Salvador Dalí et Jean Cocteau dans les années 1930’, et aujourd’hui la marque continue de flouter la frontière entre mode et art.
J’aime porter des pièces de ma propre collection, ou des bijoux que l’on me prête, avec une veste de foot italienne colorée des années 80, un kimono, une cape, une blouse romantique, ou… n’importe quoi, tout est possible ! Les bijoux fantaisie sont une merveilleuse expression de style et de créativité et il n’y a aucune raison de ne pas les porter quand on en a envie, de jour comme de nuit. Mon amie Virginie Sebbagh a une incroyable boutique de bijoux vintage aux Puces de Saint-Ouen, dans le Marché Vernaison. Je suggère une visite à tous ceux qui ont besoin d’une dose de glamour et d’excentricité flamboyante et princière ! Le strass est merveilleux sur toutes et tous, et “more is more” quand il s’agit de bijoux fantaisie. Il y a environ un an et demi, j’ai fait une reprise de All the Best de John Prine avec Pacôme Genty, duo qui est ensuite devenu un court métrage musical. Des bijoux fantaisie vintage ont été utilisés dans le film comme langage symbolique qui crée des narrations multiples. On peut créer des poèmes visuels avec les bijoux.

SHRUTI BOX
La shruti box est un instrument indien dont le son rappelle celui d’un harmonium. Il permet de créer des arrière-plans enchanteurs et obsédants. Je souhaite partager une citation d’un brillant article du chroniqueur culturel, historien de la musique, producteur de disques et pianiste de jazz Ted Gioia (The Honest Broker / @tedgioia) Drone Attacks: The New Sound of Contemporary Music : “L’histoire du rituel —qui est la la forme originelle de la performance live, je dois le souligner— documente une longue tradition de basses fréquences dont les pulsations sont associées à la transe et aux états extatiques. Ce genre de musique nécessite toutefois d’être joué pendant près de dix minutes avant d’exercer pleinement son effet sur le corps.(…) Si le temps ne me faisait pas défaut, je pourrais fournir un rapport sur l’histoire fascinante de ces puissants sons graves, qui opèrent à un point liminal où la musique devient une sorte de texture auditive continue, qui immerge l’auditeur dans un espace sonore global…”
J’ai reçu ma Shruti Box en cadeau. J’ai été très émue lorsqu’on m’a offert ce merveilleux instrument car il résonnait profondément avec qui je suis et il est devenu une partie très importante de mon expression musicale. Ce cadeau transcende les circonstances personnelles car il incarne une partie de ma créativité, laissant une marque durable qui conserve sa valeur quels que soient les changements de la vie. J’espère, tout au long de ma vie, avoir réussi à offrir de tels cadeaux.

ROUGE À LÈVRES ROUGE VIF
Le rouge à lèvres rouge vif est un élément incontournable de mon style personnel.
Je ne me maquille généralement pas beaucoup, mais le rouge à lèvres rouge vif est une affirmation. Même les jours où ma peau est loin d’être parfaite, un rouge à lèvres rouge vif fonctionne toujours. La nuance de rouge que je préfère est le « Scarlet Red ». Certaines marques de maquillage commercialisent cette teinte sous les noms de « Poppy Red », « Royal Red » ou bien d’autres encore. Ce qui compte vraiment, c’est la couleur ! Le sort de tous les êtres sensibles m’importe, et étant vegan, je ne veux ni participer à, ni tolérer, ni promouvoir la cruauté envers les animaux. Je choisis donc des rouges à lèvres vegan, de marques qui ne sont pas vendues en Chine, où les tests sur les animaux sont obligatoires. En ce moment, mes préférés sont ceux de deux marques françaises : Charlotte Bio et Pomponne.
Même si, hormis le rouge à lèvres, mon maquillage est très léger la plupart du temps, j’adore les livres sur le sujet, en particulier les livres de précédentes décennies. J’apprécie particulièrement les descriptions de Way Bandy sur la manière de créer des couleurs précises, à la manière d’un artiste utilisant sa palette. Il est l’auteur d’un livre dont le titre est  “Styling your face : An illustrated guide to fifteen cosmetic face designs for women and men”. Il a débuté sa carrière dans la seconde moitié des années 60 et est devenu très célèbre dans les années 70 et 80 en créant des maquillages qui ont un côté poupée, une élégance romantique, raffinée, sensuelle, puissante, glamour et qui a résisté à l’épreuve du temps.
Le rouge à lèvres rouge vif me rappelle aussi toujours les héroïnes de David Lynch, l’un de mes réalisteurs préférés. « Lynch est parvenu à ses visions par le hasard, les états de rêve et l’intuition. Les rencontres fortuites faisaient souvent partie de son travail. » (Ismail Muhammad, The lives they lived , The New York Times). Pour moi, le rouge à lèvres est bien plus qu’une simple manière de mettre en valeur son visage : tout ce que l’on aime nous amène à penser à d’autres choses que l’on aime. C’est pourquoi une teinte très spécifique qui résonne profondément en nous est si puissante.

COURONNES 
J’adore les belles couronnes
. Couronnes de fleurs, couronnes-bijoux anciennes, couronnes de feuilles, parures de tête… J’en ai toute une collection, que je porte sur scène comme au quotidien, car chaque jour peut être spécial si on le souhaite. Pour moi, elles symbolisent la magie qu’on peut apporter dans son existence, et aux moments qui nous importent. J’ai un tatouage sur l’avant-bras droit qui dit « King Captain ». Cela signifie que lorsqu’on est artiste, on est un capitaine qui navigue en mer, qu’on explore et qu’on manœuvre, tout en veillant à sa sécurité, même lorsque la mer est déchaînée, et on est le roi du monde que l’on a créé. Je pourrais aussi dire « reine », bien sûr. Mais j’ai choisi « roi » précisément parce que je suis une femme et que c’est ma façon d’exprimer que ce qui importe, c’est la personne que l’on est, et non son genre. Faites-vous preuve de gentillesse ? De compassion ? De respect ? C’est cela qui devrait avoir de l’importance. Rien de grand n’est accompli par des personnes au cœur rempli de haine.
Enfin, je pense qu’il est extrêmement important d’apprendre à se couronner soi-même. Cela n’a absolument rien à voir avec la vanité, l’arrogance ou l’égocentrisme. Il s’agit d’être assertive/f, de célébrer et de cultiver sa singularité sans attendre ni avoir besoin d’une validation ou d’une permission extérieure pour le faire. C’est beaucoup de travail, mais cela en vaut la peine.

LIVRES
Flocon le petit mouton texte de Gilbert Delahaye, illustrations de Simonne Baudoin. J’adore les livres pour enfants, surtout des années 40 aux années 80, car la plupart d’entre eux sont dessinés ou peints à la main, ils ne sont ni ironiques ni cyniques, ils sont poétiques, plein de compassion et d’imagination, et la nature est une présence constante. Tout cela me réconforte beaucoup. Certaines histoires comportent également des éléments mystérieux et sombres, comme les contes de fées. Ce qui me fait peur, c’est un monde sans art, centré uniquement sur les entreprises, les marques et le profit. Les livres de ma collection créent un monde dans lequel je peux vivre.
Sœurs, Saintes et Sibylles de Nan Goldin. L’artiste dédie ce livre de photographies à “toutes nos sœurs qui se sont suicidées ou ont été internées pour leur rébellion.” Il a changé ma vie. Nan Goldin a traversé de nombreuses périodes difficiles mais a néanmoins produit une œuvre extraordinaire. C’est très encourageant pour les gens qui ne se reconnaissent pas dans les cadres existants et je suis emplie de gratitude quand je regarde son travail. Je vois une telle beauté dans ses photographies. Je sais que certaines personnes pourraient décrire certaines photos comme « horribles », telle que celle de son bras couvert de brûlures de cigarettes et de plaies ouvertes. Pour moi, c’est une photo qui dit “ voici l’état terrible dans lequel j’étais et pourtant, j’ai pris cette photo, j’en ai fait de l’art, qui a du sens.”
L’art est la lumière qui ne détruit pas l’obscurité mais la domine.

 

France de Griessen
Juin 2026


Plus d’informations à propos de France de Griessen
francedegriessen.com
francedg.bandcamp.com
prohibitedrecords.com/fr/artists/france-de-griessen
Instagram @francedegriessen 


Mes Essentiels pour Stereographics par France de Griessen
© France de Griessen / Tous droits réservés / Reproduction interdite sans autorisation de l’auteur

 

 

MY ESSENTIALS BY FRANCE DE GRIESSEN 

Introduction by Cannonball Statman
“When I first heard France de Griessen’s music, I was on tour with my band in Hasselt, Belgium. We had just put our laundry up to dry on the front patio of the home of a fan who was kindly hosting us while we were in town. This patio was a small space and the clothesline was set unusually low, so our clothes kept hitting us in the face while we were walking around, and we realized we had to sit down to avoid being hit by our clothes.
So while we were sitting on the patio, drinking soda and waiting for our clothes to dry, we decided to listen to France de Griessen’s music; we’d just met her at a concert in Paris earlier in the tour, and we had no idea what her music would sound like, but we had a feeling it’d be really good. And, it turns out we were right! When her music came on the sound system, it made me so happy that I forgot I was holding a glass of soda. So the next thing I knew, I’d dropped my glass and spilled my soda all over the table!
Later on, after seeing France perform live on stage and getting to know more about her creative process through working with her on studio albums and other artistic projects, that experience makes more sense to me. Because France is one of those rare artists whose work immediately transports her audience to another plane of existence; somewhere that is at once completely otherworldly and, at the same time, profoundly intertwined with this world we live in.She sometimes says that when she performs her music, she enters a state she calls hyper-presence: a state of being fully there in the physical, mental, and emotional space that she’s creating in the room with us from moment to moment. But I’d say she’s also fully there in the spaces she’s creating with us far beyond this realm. We’re all there, too, just as we’re all in the room with her. So while all this is happening, it can be easy to suddenly forget you’re supposed to be holding a glass of soda; but even if you end up spilling it all over the table of a kind stranger whose table would’ve preferred not to be drenched in soda that day, you might also find something incredible you’d never thought you’d find.”

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A CONSTELLATION OF BELOVED TREASURES
Words & photography by France de Griessen

FENDER MALIBU
I am very tall and I love small guitars. I got this vintage Fender Malibu in NYC. I saw it, tried it and loved it. Sometimes things are as simple as that. Over the years my connection to my cherished Malibu became stronger and stronger through layers of experiences, emotions, technique, adventures, touring, recording music…which gave this connection a density that is very deep and meaningful, allowing the instrument to become an extension of my body and mind.
Those guitars were manufactured in the USA, from 1965 to 1971. New Fender Malibu guitars are manufactured today; they are, however, different in many ways.
When I got it, my Fender Malibu was not in great condition, so it spent time in a luthier’s hands, receiving the care and attention it deserved. Bringing an instrument back to life and hearing it sing again; what a deeply moving experience. Special thanks to Ben’s Guitar Repair Shop in Brussels!
I use vegan Couch guitar straps, which are made in California using mostly reclaimed materials, like deadstock car upholstery, recycled automotive seat belt webbing, upcycled vinyl from various industrial and automotive sources…this company is 100% vegan and cruelty-free, and they have an amazing range of straps to choose from. They even have one with a pigeon print that I don’t own yet but would love to, as I adore pigeons. Some people see them as pests, which is totally inaccurate. They are abandoned domestic animals who saved lives by carrying messages during wars, they are super friendly, sensitive and sweet; we should be grateful for sharing cities with birds and take care of them. When people start realizing pigeons are wonderful creatures who are simply trying to live in an environment that is hostile to them because of humans, very often, they start to question many other things that they have been told and have repeated without even asking themselves: “Is this true?”
One of the roles of art is to challenge assumptions, to encourage questioning; so a pigeon on a strap is a powerful symbol.

VINTAGE COSTUME JEWELRY
A selection from my collection of vintage costume jewelry. These magnificent pieces derive their value from design, craftsmanship, symbolism, and evocative power rather than precious materials. They graced old Hollywood films, adorned cocktail parties, and, in the hands of Surrealist artists, became works of art; have a look at Schiaparelli’s oneiric designs! Elsa collaborated with Salvador Dalí and Jean Cocteau in the 1930’s, and today the brand continues to blur the line between fashion and art.
I love to wear pieces from my collection, or borrowed ones, with something like a colorful Italian track jacket from the 80’s, a kimono, a cape, a romantic blouse, or…anything, really! Costume jewelry is a wonderful expression of style and creativity, and there is no reason not to wear it whenever one feels like it, day or night. My friend Virginie Sebbagh runs an incredible vintage costume jewelry shop at the Saint-Ouen Flea Market, in the Marché Vernaison. I suggest a visit to anyone who needs a dose of glamour, and flamboyant and princess-like eccentricity. Also, I think everyone looks great wearing strass, and that “more is more” when it comes to costume jewelry. About a year and a half ago I did a cover of John Prine’s All the Best with Pacôme Genty, which then became a musical short film. Vintage costume jewelry was used in the film as a symbolic language to tell stories. You can create visual poems with jewelry.  
SHRUTI BOX
A shruti box is an Indian instrument which produces a sound that is reminiscent of a harmonium. It provides sustained drones, creating enchanting and haunting backgrounds. I want to share a quote from a brilliant article by cultural critic, music historian, record producer, and jazz pianist Ted Gioia (The Honest Broker / @tedgioia) Drone Attacks: The New Sound of Contemporary Music: “The history of ritual—which is the original live performance, I should point out—documents a long tradition of throbbing low frequencies associated with trance and ecstatic states. But this kind of music really needs to be played for close to ten minutes before it exerts its full effect on the body.(…) If I had time, I could provide a fascinating survey of the entire history of these powerful low sounds, which operate at a liminal point where music becomes a kind of encompassing aural texture to the soundscape…”
I received my shruti box as a gift. I was very moved when I was presented with this wonderful instrument as it deeply resonated with who I am and became a very important part of my musical expression. This gift transcends personal circumstances because it embodies a part of my creativity, leaving a lasting mark that retains its value regardless of life’s changes. I hope I have given people gifts in that way throughout my life.

BRIGHT RED LIPSTICK
Bright red lipstick is an essential part of my personal style. I usually don’t wear a lot of makeup, but bright red lipstick is my statement. Even if it’s a day when I have very imperfect skin, a bright red lip always works for me. The color I love the most is Scarlet Red. Some makeup brands will sell this shade as “Poppy Red”, “Royal Red” or many other names. What really matters is the color! Other sentient beings matter to me, and being vegan, I do not want to participate in, condone or promote cruelty towards animals; so I carefully chose vegan lipsticks, by brands who are not sold in mainland China, where animal testing is mandatory. Right now, my favorites are by two French brands: Charlotte Bio and Pomponne.
Even though my makeup is quite minimal, I adore books on the subject, especially vintage ones. I love Way Bandy’s descriptions on how to create precise colors, like an artist using a palette. He’s the author of a book called Styling your face: An illustrated guide to fifteen cosmetic face designs for women and men. He started his career in the second half of the 60’s and went on to become very famous in the 70’s and 80’s. He created a romantic, refined, sensual, powerful, glamourous and doll-like elegance that stood the test of time.
Red lipstick also always reminds me of David Lynch’s heroines. He is one of my favorite filmmakers. “Lynch arrived at his visions through serendipity, dream states and intuition. Chance encounters often found their way into his work.” (Ismail Muhammad The lives they lived, The New York Times). Red lipstick, to me, is much more than a form of adornment: anything that you love leads you to think about other things you love. This is why a very specific shade that deeply resonates with you is so powerful.

CROWNS & WREATHS
I adore beautiful crowns. Flower crowns, vintage costume jewelry crowns, wreaths, headdresses…I have quite a collection, which I wear onstage and in everyday life, because every day can be special if you want it to be. To me they are the symbol of bringing magic into one’s life and into events. I have a tattoo on my right forearm that says “King Captain” whose meaning is that when you are an artist, you are a captain sailing the sea, exploring and navigating, and keeping yourself safe, even when the sea is raging, and you are the king of the world you created. I could also say queen, of course. But I picked king specifically because I am a woman and that is my way to express that what’s important is the person you are, not one’s gender. Are you kind? Compassionate? Respectful? That’s what should matter. Nothing great is accomplished by people with a heart full of hate.
Also, I think it’s extremely important to learn to crown oneself. It has absolutely nothing to do with being conceited, arrogant or egotistical. It’s about being assertive, about celebrating and cultivating one’s uniqueness without waiting for or needing external validation or permission to do so. It’s a lot of work, and it’s worth it.

BOOKS
Flocon le petit mouton (Flocon the little lamb) text by Gilbert Delahaye, illustrations by Simonne Baudoin.
I adore children’s books, especially from the 40’s to the 80’s, because most of them are hand-drawn or painted, they are not ironic nor cynical, they are poetic, compassionate and imaginative, and nature is a constant presence. All this is very comforting to me. Some stories also have elements of darkness and mystery, like fairy tales. What scares me is a world without art, focused solely on businesses, brands and profit. The books from my collection create a world I can inhabit.
Nan Goldin’s Sisters, Saints and Sibyls. The artist dedicates this photo book to “all our sisters who have committed suicide or been institutionalized for their rebellion.” This book changed my life. Nan Goldin has faced many difficult times but has nonetheless produced an extraordinary body of work. This is very encouraging for people who do not fit in and I am so grateful when I look at it. I see such beauty in her photographs. I know some people could describe some of them as gruesome, like the one of her arm covered in cigarette burns and open wounds. To me it is a photo that says “this is the terrible state I was in and yet, I took this photo, I created meaningful art.” Art is the light that does not destroy the darkness but overpowers it.

France de Griessen
June 2026


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My Essentials for Stereographics by France de Griessen
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Mathieu Persan

My essentials for Stereographics © Mathieu Persan

LES ESSENTIELS DE MATHIEU PERSAN

Livre /La couleur du souvenir” de Geoff Dyer
Je ne suis pas un grand lecteur. Toujours est-il que ce livre est peut-être celui qui m’a le plus touché. Sans doute parce que son propos me parlait particulièrement à l’époque où je l’ai lu.
C’est l’histoire d’une bande d’amis à Londres dans les années 80. Pas vraiment marginaux, pas voyous, mais juste inadaptés pour le monde « normal » qu’on leur propose. Je ne l’ai pas relu depuis longtemps, mais je me souviens du style particulier de Geoff Dyer, de la musique omniprésente, des images, des couleurs, de l’humour. Il a aussi écrit un autre roman, qui se passe Paris dans le XIeme arrondisement, que j’avais beaucoup aimé. Incontestablement, c’est un livre qui m’a beaucoup marqué.

Disque / The Divine Comedy – Casanova
Difficile de parler simplement de ce disque, tant Neil Hannon est une personne d’une importance capitale dans ma vie. Cela peut passer pour un propos un peu adolescent, mais ma vie n’aurait pas été la même si je n’avais pas connu sa musique.
J’ai découvert The Divine Comedy vers 18 ans, à une période où je n’étais pas très bien dans ma peau. Voir qu’un petit irlandais, composant et enregistrant ses chansons presque seul, pouvait produire une musique si brillante et capable de me parler avec tant de justesse, d’humour et d’ironie, a été une véritable inspiration.
Cette soif de reconnaissance, qu’on peut sentir dans ses trois premiers disques, cette posture de séducteur qu’il prend dans Casanova, quand il semble avoir pris sa revanche sur le monde, cet apaisement teinté de mégalomanie dans les disques suivants, m’ont poussés. Après tout, peut-être que moi aussi je pouvais faire quelque chose.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas écouté ses disques mais dernièrement, je me suis replongé dedans. L’émotion est intacte. En dehors d’avoir l’impression de retrouver une époque lointaine, j’ai à nouveau trouvé, 20 ans après, des phrases qui m’ont parlées comme jamais. Une résonance parfaite avec des événements que je vis. Je crois que Neil Hannon m’accompagnera toute ma vie. J’aimerais bien, un jour, prendre un café avec lui juste pour lui dire ça !

Audrey Hepburn
Regardez Vacances Romaines, Breakfast at Tiffany’s, Funny Face, Sabina et il n’y a pas grand chose à ajouter. Audrey Hepburn, c’est l’incarnation de l’élégance et de la bonté. A la fois, brillante à l’écran et tellement généreuse et portée vers les autres dans la vie, elle était quelqu’un de tout à fait exceptionnel. J’ai découvert ses films grâce à une chanson de The Divine Comedy (A Woman of the World sur l’album Casanova qui raconte l’histoire de Breakfast at Tiffany’s).
Toujours à cette période de pleine construction, vers 20 ans, je me souviens m’être inventé une vie. J’avais régulièrement rendez-vous avec elle. Nous allions au cinéma ensemble dans le quartier Latin regarder ses films. A l’époque, il n’y avait pas Spotify ou Deezer, et j’avais trouvé par hasard, chez un disquaire d’occasion ce disque sur lequel se trouve la version de Moon River qu’elle chante juste accompagnée d’une guitare dans Breakfast at Tiffany’s. J’avais l’impression d’être le seul au monde à posséder ce disque. En plus d’avoir Audrey au cinéma, je l’avais aussi à la maison. Le bonheur.

Ordinateur / Souris
L’élément central de mon activité aujourd’hui. Je ne vis pas de l’illustration, j’ai un travail alimentaire qui me prend beaucoup de temps. Du coup, être mobile, avoir toujours sur moi mon ordinateur, me permet de travailler à ma passion dés que j’en ai le temps. J’aime travailler dans différents endroits. C’est très inspirant. On devrait tous travailler dans des cafés, je suis sur que tout irait mieux !
J’ai une relation affective à cet objet. J’ai été élevé dans une sorte d’angoisse du lendemain, où la stabilité absolue était fondamentale. Un travail stable et « normal » étant un des éléments centraux. Mais, je n’ai jamais adhéré à ce principe ; depuis la première minute où j’ai mis les pieds dans une grande entreprise, mon souhait a été d’en sortir. Ça fait presque 15 que je me bats pour ça. Sortir de ce système aliénant et absurde.
Il y a un an, mon activité de graphisme s’est mise à me prendre plus de temps. J’ai eu besoin d’un ordinateur pour travailler entre midi et 14h, et ma mère m’a fait un gros chèque pour m’aider à le payer. Une vraie marque de confiance, qui m’a terriblement touchée et même libéré. Une façon de dire, « je te fais confiance, fonce ». Ma mère n’est plus là aujourd’hui, mais je fonce, et j’essaye de tendre vers mon idéal : ne plus dépendre d’un employeur, être indépendant, et vivre libre.

Embouchure de trompette, médiator, balais de batterie
La musique a toujours été un élément fondamental dans ma vie. Écrire des chansons, les enregistrer, les jouer sur scène, tout cela a occupé une grande partie de ma vie entre 18 et 27 ans. Sans renier ce que j’ai fait à ce moment là, il est vrai que j’ai pris beaucoup de recul par rapport à tout cela.
L’amour de la musique est toujours intact, cette passion pour les instruments, cette volonté de toujours vouloir en apprendre de nouveaux ne m’ont jamais quitté. Du coup, il y a trois ans je me suis mis à la trompette et à la batterie, pour un projet de comédie musicale. Au final, je ne maitrise aucun instrument parfaitement, très loin de là ! Mais je sais en jouer suffisamment, pour prendre du plaisir et créer ce que j’ai envie de créer.
Au final, je joue de la guitare, du piano, de la basse, de la batterie, de la trompette, de la clarinette, du sax… mais j’ai de moins en moins de temps pour m’amuser, avec tout ces jouets formidables !

Papier, crayon et café
Les illustrations, ça commence toujours par un croquis sur du papier blanc bien lisse avec un (bon) café. J’utilise des criteriums Pentel 0,7, que je charge avec des mines bleues par pur snobisme.
La phase de recherche est une des plus intéressante. On cherche, on tourne autour de l’idée, on réfléchi, c’est un vrai exercice, autant intellectuel qu’artistique. Et puis, l’avantage énorme, c’est que dessiner, on peut le faire partout, même dans l’open-space d’une société côté en bourse.
Il y a 5 ans, je ne savais absolument pas dessiner. J’ai tout appris au bureau ! Pareil avec le logiciel Illustrator, l’outil que j’utilise sur ordinateur pour faire mes images. J’ai appris sur des tutoriaux en ligne. Internet, c’est quand même formidable. Quel que soit ce qu’on veut apprendre, il y a presque toujours quelqu’un quelque part qui a écrit un article ou fait une vidéo pour expliquer comment faire !

New York
La ville qui a attisé tout mes fantasmes depuis ma tendre enfance. Jusqu’à il y a 3 ans, j’étais totalement paniqué à l’idée de prendre l’avion. Et puis, j’ai réussi à prendre le dessus.
Je me suis donc rendu à New York et que dire… Cette ville est fascinante. Une bête gigantesque en perpétuel mouvement, aussi insalubre que moderne, aussi violente que chaleureuse.
Et puis New York, pour un petit français, c’est tout l’imaginaire qui va autour. C’est se promener dans des films, vivre une autre vie. C’est l’Art Déco partout, dans les moindres détails. Une source d’inspiration infinie.

Comédie musicale (au Châtelet)
Je ne me souviens plus de la première comédie musicale que j’ai vu là-bas… Ce que je peux dire avec certitude, c’est que c’est en sortant d’un spectacle comme celui-ci, que j’ai su ce que je voulais un jour faire dans ma vie. Cette sorte d’accomplissement absolu qu’on a tous, mi-fantasme, mi-réel pour lequel on serait prêt à tout.
J’y travaille depuis 4 ans maintenant. J’ai écrit le scénario, les chansons et fait les images d’une comédie musicale illustrée qui se passe à New York dans les années 30. Je travaille avec la société de production Camera Lucida sur ce projet. Même, si le fait de monter ce projet sur scène n’est pas à l’ordre du jour, c’est un projet qui m’anime plus que tout. Si j’ai un rêve, ultime, ce serait de pouvoir m’asseoir un jour au premier rang des corbeilles, parfaitement au centre, au théâtre du Châtelet et assister à ma comédie musicale. Rêvons encore plus, Neil Hannon pourrait y tenir un rôle !
Je regrette tellement aujourd’hui, de voir que les créations de ce genre de spectacles ne vont que vers la basse variété. A part le Châtelet, qui ose monter avec un talent inouï,  les joyaux du Broadway des belles années, la comédie musicale est devenue un genre de variété TF1.

Costa Café
La carte de fidélité du Costa café, élément fondamental ! Je vais souvent y travailler sur le boulevard des italiens. C’est en face de mon travail alimentaire, le café y est bon, les gens sympas, c’est très propre et confortable. Bref, l’endroit parfait pour aller travailler sur des projets qui ont du sens, pendant la pause syndicale. Attention toutefois, prévoir un casque, la playlist y est absolument insupportable (mais j’en ai touché deux mots au manager.

Gonzaï
Je ne peux pas séparer Gonzaî de son fondateur, Thomas. Je dois énormément à notre collaboration. Lorsque j’ai commencé à travailler sur ma comédie musicale illustrée, j’ai proposé à Thomas de faire des dessins pour Gonzaï. Quelque mois plus tard, il m’a appelé et m’a dit : « il reste un page dans le prochain Gonzaï, fait ce que tu veux mais c’est pour dans deux jours ».
De fil en aiguille, nous avons collaboré de plus en plus souvent et un jour je me suis décidé à lui parler de mon projet. Il m’a convaincu de commencer à en parler. Sans lui, je n’aurais jamais rencontré toutes les personnes qui m’aident à essayer de faire exister ce projet.
Par ailleurs, Thomas m’a fait confiance sur Gonzaï pour faire les couvertures et pas mal d’illustrations intérieures. Cette visibilité a été déterminante pour mon activité. Je peux dire que sans Gonzaï, je n’aurais pas la vie que j’ai aujourd’hui.

Reza – Tornado
J’ai rencontré Reza un peu par hasard sur Facebook car il souhaitait illustrer son nouvel album, Tornado. Il m’a contacté, nous avons déjeuné ensemble et j’ai tout de suite été sensible à sa démarche, son disque, son envie. Il m’a dit « Je veux quelque chose de différent, je fais de la musique avec mon coeur, et ça me fait de la peine qu’elle finisse dans une boite en plastique impersonnelle.”  J’ai été très touché qu’il pense à moi.
Je sais ce que c’est que de faire un disque et je sais que le visuel est très important. C’est le premier contact qu’on a avec la musique et c’est fondamental de servir au mieux l’atmosphère. Au final, j’ai créé un boitier en bois, qui fait aussi office de cadre dans lequel on peut présenter l’illustration que l’on souhaite, car chaque chanson a été illustrée. C’est un projet dont je suis très fier. Du vrai artisanat, tout a été fait à la main. Les boitiers ont été découpés au Laser dans un Fablab, les défonces pour insérer le disque ont été faites à la main par mon père et ensuite, j’ai procédé au montage et au marquage de chaque boitier, un par un.
Ce mode de fonctionnement correspond vraiment à un genre d’idéal : plus besoin d’usines, de sommes d’argent gigantesques, juste beaucoup d’envie, des idées, des gens qui travaillent ensemble dans le but final de créer un bel objet.

Montre
J’adore les vieilles montres. J’aime le design des années 40/50. Le fait que le mécanisme soit manuel, et, ce mouvement si particulier de la trotteuse, qui donne au temps un côté plus vivant que cet inquiétant battement du quartz.
Et puis la montre, évidement, c’est le temps. Et plus j’avance en âge, plus il semble s’accélérer et plus j’ai la sensation que chaque seconde est comptée. Il y a tant de choses que je veux encore faire, apprendre, tant de lieux que je voudrais visiter, qu’il n’y pas une seconde à perdre.


Mathieu Persan
Février 2016

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My essentials for Stereographics by Mathieu Persan
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