Michel Valente

My essentials for Stereographics ©Michel Valente

LES ESSENTIELS DE MICHEL VALENTE

Je n’ai pas réfléchi longtemps pour choisir mes essentiels. Par contre, je me suis longtemps questionné pour savoir comment j’allais les représenter ces essentiels. Après des semaines de tâtonnements, d’expérimentations, d’échecs, j’ai finalement choisi cette image que je m’imagine être un négatif de mes essentiels. Un négatif de moi-même.

Dr MARTENS : Je ne m’imagine pas vivre sans une paire de Dr Martens. Les chaussures parfaites. Celles-ci, ce sont les premières que j’ai juré à ma mère de garder toute ma vie.

Feuille BLANCHE / Feutre NOIR : Brel disait que sans travail, un don n’est rien qu’une sale manie. Je ne sais pas si j’ai un don mais oui, j’ai une sale manie : celle de dessiner partout sauf chez moi. En cours, en réunion, au bureau. Partout où je ne devrais pas. Le bruit du feutre sur la feuille a sur moi, le même effet que le diamant se posant sur le vinyle. Il m’apaise.

Fernando PESSOA / Le livre de l’intranquillité : Daniel Darc disait que plus fort que ce livre, il n’y avait pas. Je l’ai lu, c’est certain, où je ne sais pas, impossible de retrouver l’interview. Peut-être l’a-t-il dit pour d’autres livres, peu importe. Quand je dessine au bureau, je pense souvent à Pessoa et plus particulièrement à son hétéronyme, Bernardo Soares, le personnage du Livre de l’intranquillité. J’aimerai que mes dessins aient la même force que ses écrits même si je sais que c’est un vœu pieux.

AMALIA Rodrigues / Canta Portugal : Pour ne pas oublier d’où je viens. Pour ne pas oublier d’où vient ce disque. Pour cette pochette mélancolique qui résume à elle seule, la saudade. Parce que cette saudade vieille de plusieurs siècles et qui coule dans mes veines m’a, j’en suis convaincu, conduit vers cette pop mélancolique que j’aime tant.

MOTOWN Complete Singles / 1966 : Non pas pour ce que représente 1966 dans l’histoire de la pop mais plutôt parce que ce coffret contient mes deux chansons préférées de la Motown : Heaven must have sent you et Beauty is only skin deep. Ce ne sont pas les plus grandes chansons de ce label incroyable. Ni les plus belles d’ailleurs. Seulement mes plus belles à moi.

Un JEAN : J’ai une quantité, comment dire, non négligeable de jeans. Je me suis mis à les acheter comme les disques : avec obsession.

Une paire de TONGUE : Je souffre tellement des pieds qu’il m’est impossible d’imaginer une vie sans tongue. Plus qu’essentiel, indispensable.

Bret Easton Ellis / LUNAR PARK : Le livre que j’aurai aimé écrire.

Yves Adrien / Novövision : Un livre qui est plus qu’un livre. C’est une œuvre d’art. Rien de moins.

Un Tire-BOUCHON : Pour le plaisir d’ouvrir une bouteille de vin.

Une boîte avec les dents de laits de mes ENFANTS : Je sais que plus tard, quand ils seront partis, je regarderai cette boite pour me souvenir de leurs rires d’enfants.

BIRDIE / Some Dusty : C’est le disque vers lequel je reviens le plus souvent. Il est, pour moi, mon disque parfait. Il est la synthèse de mes obsessions musicales. L’élégance et la douceur de cette voix féminine, la mélancolie des refrains, la douceur des instruments. Ce disque est un rêve. Ou plutôt, allez soyons égoïste, mon rêve musical qui serait devenu réalité.

FELT / Let The Snake Crinkles Their Head To Death : Dans la liste de mes projets que je ne réaliserai jamais, il y a ce film sur l’enfance. Je n’ai pas l’histoire précise je n’ai en tête que la scène d’ouverture : Le printemps. L’après-midi. Un enfant sur un vélo, zigzaguant. Musique de fond, Song for William S. Harvey.

Elvis PRESLEY / The Complete 50’s Masters : Louis Skorecki a écrit que le rock était né en 1954 et mort en 1958. Je ne voyais pas où il voulait en venir jusqu’au jour où j’ai découvert les Sun Sessions d’Elvis Presley. J’ai alors compris où il voulait en venir. Je ne peux que lui donner raison.

IPHONE : Comment je faisais avant ?

IPOD : Xavier de Maistre a écrit Voyage autour de ma chambre, je rêverai d’écrire Voyage avec mon Ipod.

Un appareil PHOTO : Pour enfin, franchir le pas et oser l’argentique.

The SOPRANOS : Ma madeleine de Proust.

Jean-Jacques SCHUHL / Intégrale : Il est à la littérature ce que The Velvet Underground est à la musique. Un monument. Peu de personnes ont lu Rose Poussière mais tous ceux qui l’ont lu se sont lancés dans la littérature.

The VELVET Underground / Peel Slowly and see : Ils sont à la musique ce que Jean-Jacques Schuhl est à la littérature. Un monument. Peu de personnes ont acheté The Velvet Underground & Nico mais tous ceux qui, à l’époque, l’ont écouté ont monté un groupe.

Une CRAVATE : Je ne conçois plus de me rendre sur mon lieu de travail sans porter une cravate.

The BEATLES / Intégrale MONO : Qui n’a pas écouté Rubber Soul en Mono n’a jamais écouté Rubber Soul.

Un badge MONO : Parce que Phil Spector.

Marvin GAYE / Let’s Get It On : Marvin Gaye au somment de son art. Amoureux. En souffrance.

Un tourne-DISQUE : Tourne, tourne et tourne encore.

Louis SKORECKI / D’où viens-tu Dylan ? : J’aime le Louis Skorecki qui parle cinéma mais je préfère le Louis Skorecki qui parle musique et ce petit livre sur Bob Dylan, recueil d’articles sur le bonhomme, est non seulement fascinant mais il est, outre un autre regard sur Dylan, une porte d’entrée vers d’autres musiques.

Jean-Pierre GEORGE / Le Diable et la Licorne : Un livre d’une élégance rare. Un livre culte.

Sharleen SPITERI / Melody : Le plus beau des disques-hommages. Et puis, il y a cette pochette, magnifique, qui résume à elle seule toute la musique que j’aime.

The RONETTES / Presents Veronica : Pour, entre autres mais surtout, le cataclysmique Be My Baby, sommet inatteignable de la pop.

Otto PREMINGER / Le Cardinal : Dans cette fresque humaine, il y a les deux plus beaux, les deux plus admirables, les deux plus douloureux portraits de femmes que j’ai vu au cinéma. Romy Schneider n’a jamais été aussi belle et émouvante. Jamais.


Michel Valente
Mai 2016

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Matthieu Dufour

My essentials for Stereographics © Matthieu Dufour

LES ESSENTIELS DE MATTHIEU DUFOUR

Mon mini-bureau Muji où une grande partie de tout se passe. J’adore leur esthétique zen, minimalisme et pragmatique. Comme beaucoup de choses du Japon d’ailleurs.

Quelques unes de mes obsessions littéraires et poétiques.
Fitzgerald, Duras, Reverdy, une édition originale de Rivage des Syrtes de Gracq qui me vient de mon père. Je suis rarement emporté par les auteurs du moments alors je me réfugie dans la poésie ou mes classiques personnels que je peux relire sans fin. Je conseille d’ailleurs à tous ceux qui ne le connaissent pas de lire La littérature à l’estomac de Gracq où ils trouveront des lignes savoureuses sur le milieu et les prix littéraires qui sont d’une actualité féroce. Parmi ceux que je lis aujourd’hui, Franck Magloire, l’un des meilleurs stylistes qui soit en ce moment en France, un auteur qui n’hésite pas à se confronter aux zones d’ombre de notre société mais qui n’a malheureusement plus d’éditeur. Il est notamment l’auteur du formidable Ouvrière.

Quelques unes de mes obsessions musicales en version vintage.
Daho par Pierre & Gilles, ce vinyle est une véritable madeleine de Proust comme ces K7 de New Order, Morrissey ou Marc Seberg. Je navigue aujourd’hui entre les merveilles de cette époque fondatrice et la formidable vitalité de la scène actuelle, notamment en France. Si j’ai grandi avec la pop anglaise, j’ai toujours eu un fort penchant pour la langue française en musique.

C’est ce que j’essaye de faire vivre aujourd’hui avec mon blog Pop, Cultures & Cie.
Né sur un coup de tête, sans ligne éditoriale ni plan, il m’est devenu essentiel. Il me permet d’assouvir un goût ancien pour l’écriture et cette passion pour la musique sous toutes ces formes. Paradoxalement, cette entreprise très égoïste s’est révélée être une formidable aventure humaine parsemée de superbes rencontres et d’échanges passionnants. De personnes devenues essentielles pour moi. Ce billet sur ton blog en est la preuve. Aller voir des concerts deux ou trois fois par semaine, prendre des centaines de photos floues, enregistrer des Mega Octets de pirates saturés, faire des interviews, découvrir une magnifique chanson dans un lien envoyé par un artiste inconnu : ce blog a changé mon quotidien.

Jamais sans mon Mac. Bien qu’attaché à la tradition physique des objets livre et disque, je suis aujourd’hui totalement accro à mon environnement digital et connecté : Mac, hub USB, iPhone, disque dur de 4 To (pour stocker les photos floues et les pirates saturés, entre autres, je suis un parano obsédé par la perte de ces données digitales, j’ai plusieurs disques de sauvegarde chez moi, je n’ose pas dire combien), lecteur multicarte, micro USB pour enregistrer des chroniques pour l’émission de Greg Bod sur Radio U, Le cabinet des curiosités. Une heure sans wi-fi et je passe en hyperventilation.

Essentiel aussi le casque pour ne pas effrayer mon fils lorsque j’écoute des choses un peu radicales ou m’attirer les foudres du voisinage lorsque je chronique un peu tard dans la nuit.

Manquent sur cette photo une tasse de thé vert japonais qui est en train d’infuser dans la cuisine, ma chemise en chambray fétiche qui est dans la machine et mon appareil hybride Fuji X-T10 avec lequel je prends cette photo et qui ne me quitte plus.


Matthieu Dufour
Janvier 2016

Plus d’informations sur Matthieu Dufour :
Pop, Cultures et Cie
www.facebook.com/dufour.matthieu

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