Noémie Lecoq

Noémie Lecoq
My essentials for Stereographics © Noémie Lecoq
Elles s’appelaient Jessica, Courtney ou Noémie. C’était leur personnage des réseaux sociaux, leur avatar, leur échappatoire surtout. Le masque, voire le mensonge blanc comme on dit en anglais (sur leur nom, leur genre, leur milieu…), offraient une autorisation pour une autre vie : celle qu’elles avaient décidé. C’est depuis cette existence parallèle, plus large et plus exaltante que celle imposée par la farce sociale que ces jeunes femmes m’écrivaient aux Inrocks, racontant les ponts entre elles et moi, expliquant la résonnance assourdissante que quelques mots dans un article avaient révélés en elles. Parfois, elles attendaient le PS pour révéler la vraie raison de leur e-mail ou courrier : obtenir par le compliment et la complicité les contacts directs de PJ Harvey, Morrissey ou Nick Cave. Je n’étais là que pour tenir les chandelles.

Mais j’ai rencontré, après des échanges enrichissants, Noémie Lecoq et elle s’appelait bien Noémie, ne vivait effectivement que pour les chansons et les concerts, partageait sa vie avec un chat et vouait à sa mère un culte intime. Étudiante alors en rédaction d’un mémoire obsédé de culture anglaise, elle vint me voir au siège du magazine, rue de Rivoli, juste pour échanger, sans CV, sans autre ambition que de mettre un visage sur des chroniques. Après cinq questions précises et méticuleuses, je savais que j’avais déniché une journaliste, une passeuse. Noémie ne le savait alors même pas elle-même. Mais elle possédait l’essentiel : sa culture et sa mauvaise foi, sa rigueur et ses lubies, sa curiosité et ses dogmes, sa nonchalance de façade et ses rituels chevillés au corps. Je ne suis jamais allé chez elle, mais j’imaginais ainsi son home sweet home. Un bazar maniaquement ordonné. Un enchevêtrement d’essentiel et de dérisoire, car ainsi vont nos vies d’inadaptés sociaux ! Dans un coin, on voit un panier pique-nique prêt à décoller, ouvert aux aventures. On ne sait jamais : Pete Doherty peut appeler et avoir une soudaine envie de toast à la Marmite. — JD Beauvallet

LES ESSENTIELS DE NOÉMIE LECOQ

Les lunettes de vue, l’agenda vert clair et le stylo à encre noire
Des objets pas très intéressants, mais indispensables.

Le tourne-disque Fisher Price de quand j’étais petite
Je croyais l’avoir perdu au gré de mes déménagements et je l’ai retrouvé dans un carton stocké chez ma tante. Il fonctionne sans pile, grâce à un mécanisme qui marche toujours et dont je ne me lasserai jamais. C’est l’objet qui incarne le mieux mon premier déclic pour la musique – et puis ça m’évite d’avoir à choisir entre des albums de Nirvana, de PJ Harvey, des Smiths…

Le dictaphone et le carnet ligné
Mes outils de travail, en dehors de l’ordinateur. Je pourrais enregistrer mes interviews avec mon téléphone, mais je préfère ce dictaphone qui m’indique uniquement ce que j’ai besoin de savoir sur le moment (les minutes qui s’écoulent et le niveau de batterie). Quand je prépare mes questions, je les note à la main dans ce carnet, ce qui m’aide à les apprendre par cœur pour idéalement ne pas du tout les regarder durant l’entretien. Elles n’arrivent pas au hasard, leur ordre dirige la conversation vers ce que j’ai envie que la personne me dévoile. Je passe beaucoup de temps à préparer ces questions, à imaginer comment tirer les ficelles en toute discrétion.

La machine à écrire Royal
Je l’ai découverte au fin fond d’une ressourcerie pendant l’été 2020. J’ai eu l’impression que ce géant de fonte m’attendait. 10 €, mais même à ce prix-là personne n’en voulait : poussiéreuse, inutile et surtout beaucoup trop lourde (ce modèle, le KHM, date des années 1930, bien avant les machines portatives). Depuis, je l’ai bichonnée et elle fonctionne. J’adore son esthétique, mais aussi son pouvoir d’évocation. En plus, Jessica Fletcher a la même dans Arabesque : la classe absolue.

Le livre London Birth of a Cult d’Hedi Slimane
Il fait partie de ces objets dont la simple vue fait rejaillir en moi plein d’images et d’émotions fortes. En 2004-2005, quand j’étais encore étudiante, j’ai passé beaucoup de temps à Londres, complètement immergée dans la scène rock menée par Peter Doherty et ses Babyshambles. Un autre Français était souvent présent, Hedi Slimane, styliste de légende, également grand photographe. On a un peu sympathisé et un jour il a eu l’immense gentillesse de me faire envoyer par coursier ce beau livre qui documente à merveille toute cette période.

Le panier à pique-nique
Pour rêver des beaux jours, des retrouvailles entre amis pour grignoter ensemble des petits plats maison que chacun apporte pour l’occasion.

Le fouet à spirale
Je m’en sers tout le temps, non pas pour tyranniser mes proches mais en pâtisserie ! C’est une passion qui a le mérite de me faire oublier les écrans et d’obtenir cette satisfaction rare de façonner quelque chose à la main, à partir de rien. J’aurais aussi pu mettre un cahier de recettes qui part en lambeaux et qui contient toutes mes annotations maniaques pour atteindre mon idée de la perfection (telle marque de chocolat à dessert, tel temps de cuisson pour tel four, tel ordre pour incorporer les ingrédients…).

Le mug Alice in Wonderland
Juste pour mentionner le thé noir, mon principal carburateur, et le livre de Lewis Carroll que j’ai lu un nombre incalculable de fois, avec les illustrations de Tenniel.

La pile de post-its sous le mug
Des petits mots d’amour que ma maman me laisse de temps en temps. Ça n’a l’air de rien, un post-it, mais ceux-là sont pour moi des trésors.

Le chat
Je n’avais pas prévu de l’inclure, car ce n’est pas un objet, mais Basil a eu envie de s’incruster sur la photo. Il a été trouvé au printemps 2020, minuscule chaton affamé, abandonné en pleine campagne. Depuis, il est devenu un magnifique compagnon, curieux et taquin, qui m’émerveille tous les jours.


Noémie Lecoq
Mars 2022

Plus d’informations sur Noémie Lecoq
facebook.com/noemie.lecoq
instagram.com/noemielecoq

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