Hugues Blineau

Les Essentiels d’Hugues Blineau pour Stereographics / Photographie par Hugues Blineau
“Je ne suis pas surpris de voir Hugues Blineau entrer dans le Panthéon des Essentiels de Pascal Blua. Pour être franc, je dirais même que l’on a failli attendre ! Je ne parle pas d’impatience, mais d’évidence.
Il me semble, pour avoir lu passionnément son « Vies et morts de John Lennon » puis d’avoir accueilli trois de ses récits pour Écoutons nos Pochettes, qu’Hugues porte en lui une sorte d’éternité faite de mots, de sons et d’images qui agissent comme les frontières et les paysages d’un entre-monde dans lequel il se promènerait, toujours au bord d’une ligne de crête.
Bien sûr, nous avons tous nos entre-mondes. Mais celui d’Hugues est d’une infinie richesse. Il suffit d’être là quand, lorsqu’il en sort, l’écouter nous le faire partager.
Alors, entre ici, Hugues Blineau. Et restes-y avec nous !  ».

Gilles de Kerdrel


LES ESSENTIELS D’HUGUES BLINEAU

Sous ses formes toujours éminemment passagères, l’art est pour moi aussi essentiel que l’air que l’on respire. Et le champ des arts dits visuels, le rock ou la littérature constituent pour moi autant de territoires que de dérives possibles, pour le regard et la pensée. Rien de plus essentiel donc, afin de me sentir porté, et, sans nul doute, plus vivant que je ne l’aurais été. Leur absence, impossible.

En regardant l’image de ces quelques références obligées, je me rends compte combien certains chocs d’adolescence continuent de s’irriguer en moi, de me traverser comme autant de paysages bouleversants, et, en plus d’un sens, miraculeux. Car, en leur matière, le temps importe peu, leurs foudres toujours intactes. Les années qui passent n’altèrent jamais l’intensité de certaines images, la puissance électrique de certains morceaux, ou même la densité sensible des mots écrits et de ce qu’il suggèrent, ou laissent affleurer d’une possible expérience littéraire du vivant.

Aussi, lorsque je me déplace encore aujourd’hui, dans les rues, dans les trains ou les paysages, c’est toujours un casque sur les oreilles, pour écouter fort assez exactement ces mêmes titres qui bouleversèrent mon adolescence. Cet objet, un autre essentiel. Assez exactement, pour l’écrire encore, comme lorsqu’à l’âge de 16 ans, j’écoutais déjà, sous les combles de ma chambre, dans la pleine obscurité, les gouffres paradoxalement lumineux de Disintegration de Cure, l’un des disques de ma vie, assurément.

Une ligne de fuite, et ces jeux d’échos qui ont peu peu fini par rythmer et accompagner mon existence, en mots et en musiques, mais aussi en images. De l’improbable cartographie de la terre russe du Stalker de Tarkovski, aux visages des amants que filme Mizoguchi sous la brume, jusqu’aux découpes azur de la ville Malaparte qu’architecture Godard dans Le Mépris.

D’autres fantômes de cinéma encore, si loin, si proches, chez Chantal Akerman ou James Gray. Et puis les chemins du désir filmé par Wong Kar-wai, quelques phares dans la nuit d’Anatolie captés par la caméra de Nuri Bilge Ceylan.

D’autres apparitions nocturnes encore, périphériques au monde, celles d’Apichatpong Weerethakul ou de Pierre Huyghe. Et puis le personnage aussi fantasque qu’instable joué par Mathieu Amalric dans Comment je me suis disputé…, et ce fantasme toujours vivace de prendre part à cette fête estudiantine, forcément parisienne, sur le C’mon Billy de PJ Harvey. Car, l’essentiel est aussi dans ce que l’on est pas soi-même. Pour de multiples raisons.

D’autres essentiels, d’autres spectres encore. Dans les romans et les livres de philosophie. Et puis cette mélancolie qui m’étreint toujours, un peu, depuis l’écoute de ces sommets d’adolescence que furent pour moi les disques de Joy DivisionNew Order, ceux des Smiths et de CureCloser, Low-Life, The Queen is dead et Disintegration pour modeler le monde à leurs mesures -. Sans que je n’oublie de puiser, toujours, un peu de lumière au creux de leurs gouffres, dans les traversées qu’ils esquissent, dans les promesses qu’ils augurent, toujours. Réversibilité des sentiments, et, plus encore, de l’écoute de ces musiques tant aimées.

D’autres essentiels encore, enfin, sous les notes synthétiques du jeune Dominique A du temps de La Fossette, dans l’émotion que suscitent, toujours en moi aujourd’hui les voix de Beth Gibbons et de Stuart A. Staples, celles de PJ Harvey ou de Jarvis Cocker, parmi d’autres, d’autres, de nombreuses autres. Et puis les mots d’Annie Ernaux et de Patti Smith, ceux de Jean-Philippe Toussaint ou d’Éric Laurrent période Minuit. De Sébastien Berlendis éclairant si sensiblement ses paysages parcourus. Par la langue, l’image et la force du souvenir.

Impossible donc de les faire tous entrer dans un seul et même cadre. Celui de la photographie. Alors y placer un vieux boîtier 6 x 6 qui accompagna ces années de formation artistique, plus encore que musicale, et penser à Denis Roche qui utilisa souvent le même appareil pour cartographier le sentiment amoureux à sa mesure, et le corps de Françoise, sa femme. Boîtier de mélancolie, comme le poète-photographe l’écrivit si bien. Alors je pense à la puissance désirante de l’image, des images, et même de toutes les images que je n’ai pas encore capturées – par le dessin, la photo ou la vidéo – : car les plus essentielles sont toujours à venir.

Hugues Blineau
Juillet 2026


Plus d’informations à propos d’Hugues Blineau
huguesblineau.fr

Ouvrages par Hugues Blineau
Le jour où les Beatles se sont séparés
Vies et morts de John Lennon

Mes Essentiels pour Stereographics par Hugues Blineau
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