Anne Marzeliere

My essentials for Stereographics © Anne Marzeliere
Mexico City, le 10 août 2022,
Pour Anne, extraits

Déclic
Amitié argentique
Rock’n’roll monochromatique
90/91: souvenirs mythiques
Modèles cinématographiques
accompagnés de textes et de musiques
Expositions énergétiques, quasi télépathiques

Zoom progressif
Autodidacte talent instinctif
Déclencheur créatif
Anaïs Nin et poèmes expressifs
alimentent un besoin impératif
Pop! Bang!
Flash flash! Click click!

Lévi’s délavés, pull marine et petites baskets
Sur les yeux la mise au point est nette
Saxo, silhouette, cigarette, puis nicorette
Bar enfumé genre Blue Note mal éclairé
Sous les néons infrarouges saturés
C’est voulu, ce flou artistique
Toute reproduction interdite

Profondeur de champs ajustée
Son travail dans une revue papier glacé
Aller-retours fréquents en TGV
Bobines remplies d’émotionnalité
Mais soudain, flashback adolescent
Je me souviens de doubles expositions en noir et blanc
Quel bonheur, rétrospectivement parlant.



Gwenael Rattké
French-German graphic artist living in Berlin


LES ESSENTIELS D’ANNE MARZELIERE
Notes d’été, Août 2022

Cher Pascal, j’ai une terrible envie de rebaptiser ‘Mes Essentiels’ en ‘My Favorite Things’.

 
LA MUSIQUE en général, le saxo et les cuivres en prise rapprochée.

John Coltrane toujours,

Miles Davis, Bill Evans, Sonny Rollins et Chet Baker, c’est la joyeuse bande son de mon enfance, la grand-messe du dimanche matin. Un père libraire et collectionneur de disques ; j’ai eu cette chance de grandir entourée de piles de bouquins à perte d’oblique et de vieux vinyles de Jazz qui tournent et craquent. J’avais 16 ou 17 ans quand j’ai suivi des cours de saxo, indolente et rêvant de solos interminables au son déchirant, fragmenté à l’infini. Raté…
 
Mais le Jazz est là, les musiciens, l’ambiance des clubs, dans ma tête…, les pochettes de disques, Blue Note s’il faut une ligne directrice. L’émergence du cool, les signatures respirées. Les archives photo de cette période me nourrissent ; Bill Evans, classe ultime. Qui sait, si dans une autre vie je ne m’éternisais pas tous les soirs à Greenwich Village au 178 de la Septième avenue, au temple Vanguard.

Le Jazz, corps secoué qui transpire et avale la lumière ; je le trouve partout. Dans le cinéma : Cassavetes, Jarmush et son compère John Lurie, revisitant Ornette Coleman ; addiction !

Retour sur mes années lycée section Lettres & Arts. Rennes, rues bourgeoises mais le rock submerge la ville. Je fréquente l’Ubu, traîne chez Rennes Musique où l’on attend fébrilement, chaque mercredi, l’arrivée des nouveautés du catalogue Sarah Records – empreinte indélébile…

Ma chambre d’ado, c’est Field Mice, Blueboy, qui tournent en boucle, tripes secouées. Souvenir d’affiches maintenant fanées des Smiths, de pâles numéros du Melody Maker. On devine des traces de rouge à lèvres sur des pochettes de disques ; ma nature.

Plus tard, je n’aurai de cesse de chercher des accents de sax, des renforts de cuivres partout et dans tous les genres musicaux ; ça remue, ça embarque plus loin.

Il suffit que j’écoute Roxy Music, les Dexys, Orange Juice ou Pale Fountains, et je jubile puis fonds. Ce même héritage retrouvé chez Violette avec la jeune et enthousiaste génération Tigers & Flies. La musique est omniprésente dans ma vie, c’est ainsi. Je me trouble face aux arrangements et au phrasé de Whitney K, Perio. Enceinte nomade partout, addict sans états d’âme. 


LA PHOTOGRAPHIE, ma respiration.

Je flashe ici à l’improviste, là à l’instinct, sur la trace de ce que j’ai lu, écouté, comme si tout devait avoir un sens finalement ; ce cinéma intérieur.
J’aime de plus en plus filmer – j’ai installé une application caméra Super 8mm sur mon téléphone. Prête à raconter.
Déclencher, zoomer, cadrer, surexposer, c’est mon truc ; l’œil s’installe à l’extrémité du procédé.
Je ne suis pas une collectionneuse d’appareils photos, j’en possède plusieurs toutefois, sans y compter.
Je ne résiste pas aux livres d’Art en général, de photographie en particulier. Étourdie, parfois je m’offre des tirages numérotés, c’est mon dada, plus que les bijoux !     
Je suis toujours en quête d’une édition du Rock Diary d’Hedi Slimane, dans sa version originale, épuisée à date. Faîtes offre svp. 


LIRE – ECRIRE
Mes carnets d’écriture.

On l’entend siffloter et conseiller un client, des pinces double clip sur son bureau, le parfum de la colle à reliure, et celui de son écœurant tabac brun qui flotte dans l’air.

C’est lui, mon père qui a su me transmettre sa passion des livres, l’objet si précieux – et le goût de lire comme on embarque pour un voyage, avec ses escales, ses errances, ses rencontres.

J’aime les correspondances passionnées, la poésie italienne. Je suis aussi Beat Génération, je suis libre. 

J’admire ceux qui savent mettre en mots, les émotions, les textures.

J’empile des cahiers que je nomme affectueusement nightscapes, petits carnets saturniens, journal de rêves. J’écris très mal, c’est parfois même indéchiffrable, mais je laisse ces traces. Flashs foutraques et fulgurances, ça réfère à l’urgence, c’est éphémère et volatile, comme un baiser volé. Mais c’est là.

Et je collectionne ces éclats de mots, paroles de chansons, étincelles, comme les pièces d’un puzzle abscons et …. j’en fais des photographies.


LE TEMPS DE L’ADOLESCENCE.
J’ai été très touchée par ce poème d’ouverture, rédigé depuis Mexico par mon ami Gwenaël, véritable soulmate dès nos années lycée.
Je reste fixée sur cette période mais pas de façon nostalgique.
Car tout recommence, tout revient, et nous sommes toujours curieux, en appétit.  
J’ai retrouvé une partie de notre correspondance, sur papier Xerox style. Il m’écrivait à l’été 88, lézardant sur la pelouse de Regent’s Park ; on esquissait alors nos horizons.
Je suis fière de son parcours ; artiste reconnu, esthète et passionné, il est un comme un miroir, une boussole.
Rester connectés avec nos aspirations, rêves et désirs de jeunesse, vérifier que l’on ne s’en éloigne pas trop finalement, je trouve ça essentiel.       

 
MARCHER.
Il parait que je suis une génératrice d’énergie, j’ai du mal à m’arrêter de gamberger, et même quand je semble contemplative, ça bouillonne à l’intérieur. Pour calmer cette frénésie, je marche, je marche beaucoup et longtemps, fais l’éloge des chemins de la lenteur.

CONDUIRE.
C’est grisant de conduire, j’adore ma voiture ; je roule trop vite en campagne et pas assez sur autoroute, je me sens libre et inspirée quand je suis au volant. J’entretiens d’ailleurs, depuis quelques années, une relation épistolaire brûlante avec les agents de la sécurité routière. Labyrinthique et dispendieuse.

EN VRAC.
Un vieux pull marine tout déchiré aux coudes,
Des écouteurs,
Mes badges A Love Supreme et Pasolini,
Le livre ‘Le cas Coltrane’ d’Alain Gerber.
Des horribles sucrettes,
Un tee-shirt Basquiat trop petit pour moi,
Mon médaillon symbole soleil,
Un tube de lipstick, couleur Red Hot ou Cinéma.  
Des crayons noirs yeux charbons, 
Deux parfums adorés, un d’hiver, un d’été.



Fin de notes et avant derniers mots.
“Love is a stream, it’s continuous, it doesn’t stop”
John Cassavetes.

Anne Marzeliere
Janvier 2023

Plus d’informations sur Anne Marzeliere
annemarzeliere.com
facebook.com/anne.marzeliere
instagram.com/anne.marzeliere

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