Discorama #2 – Le SuperHomard

Discorama #2 – Le SuperHomard


Apéro-talk avec Christophe (le musicien) et Cyril (le graphiste/musicien), pour évoquer le graphisme dans la musique du SuperHomard (et vice versa).

Le SuperHomard est le projet parallèle du musicien français Christophe Vaillant du groupe Pony Taylor. La musique du SuperHomard évoque le meilleur de Stereolab, les rêves sixties de Saint Etienne, les arrangements délicats de Sean O’Hagan (The High Llamas) ou encore les petites symphonies orchestrales du compositeur français Medhi Zannad (aka Fugu).

« Maple Key », le premier album du SuperHomard, est sorti en août 2015, sur le label japonais Rallye. Il sera publié début 2016, sur le label anglais Mega Dodo. Christophe Vaillant (guitare et claviers) est accompagné sur ce disque par son frère Olivier Vaillant (basse et batterie) et par Pandora Burgess (chant). L’artwork de l’album est signé Cyril Pooley.


 

The Strawberry Smell (Cyril et Christophe / 1993)

The Strawberry Smell (Cyril et Christophe / 1993)

AU DÉBUT

Messieurs, je crois que vous êtes tous les deux musiciens ?
Cyril Alors j’me présente je m’appelle Henri, heu Cyril, je suis graphiste professionnellement depuis 1989 et je joue de la musique, plus qu’un hobby, avec Christophe depuis…1989, autant dire qu’on ne peut pas parler de collaboration mais d’osmose.
Christophe Pareil, sauf que je m’appelle Christophe et que je ne suis pas encore graphiste.

Quels sont vos premiers souvenirs musicaux et/ou graphiques ?
Cyril Pour moi, c’est forcément le flyer du premier concert des Strawberry Smell (le 1er groupe que nous avons crée ensemble), et donc la première identité typo(graphique) du groupe.
Christophe On a appris à jouer de la musique ensemble quand on était encore des ados, on a aussi découvert beaucoup de disques, de pochettes de disques et une partie de l’univers visuel de la musique pop ensemble.

Est-ce un point de départ dans vos parcours ?
Cyril Certainement, comme tout à commencé en même temps, graphiste au sein d’un groupe de rock pop psychédélique, mon travail a toujours été influencé par la musique, et également par les pochettes des groupes qu’on reprenait au début avant d’avoir nos propres compos et notre propre identité graphique.

Cyril, l’association de la musique et du graphisme, est-elle une démarche volontaire ou le fruit du hasard de tes rencontres ?
Cyril Par la force des choses, donc plutôt le hasard des rencontres que ce soit dans la musique avec mes vieux potes du groupe (je ne citerais pas leur âge) ou mon premier stage dans le graphisme, où Christian A., le patron, m’a offert un emploi dans son bureau de stylisme et m’a donné ma chance dans un métier qui est toujours le mien.

« Mon travail a toujours été influencé par la musique, et également par les pochettes des groupes qu’on reprenait au début avant d’avoir nos propres compos et notre propre identité graphique » — Cyril

Le SuperHomard "Maple Key" — Artwork © Cyril Pooley

Le SuperHomard « Maple Key » — Artwork © Cyril Pooley

 

GRAPHISME ET MUSIQUE

Certains mouvements musicaux ont accordé une place essentielle à l’image et au graphisme. Avez-vous toujours fait attention à cet aspect visuel dans votre propre parcours ?
Cyril De toute évidence, c’est indissociable. La pochette, c’est ce qui te donne envie de découvrir l’univers musical qui se cache derrière. Mais c’est comme une étiquette de vin, il y a des albums géniaux avec des pochettes moches et inversement, une belle étiquette et de la piquette dedans.
Et puis l’imagerie d’un groupe, c’est aussi les clips vidéo, on en fait régulièrement avec Christophe pour nos divers projets.

La pochette est-elle l’empreinte du disque qu’elle contient ?
Cyril — Je pense qu’il faut qu’elle le soit, une extension sensorielle, les yeux qui manquent aux oreilles. Et ce n’est pas toujours le cas, les Beatles par ex., on aime Sergent Pepper pour la pochette et la musique, alors que l’album blanc, il reste juste la musique, hahaha.

« La pochette, c’est ce qui te donne envie de découvrir l’univers musical qui se cache derrière (…) une extension sensorielle, les yeux qui manquent aux oreilles » — Cyril

En tant que musicien et graphiste, quelle importance accordez-vous à une pochette de disque ?
Cyril + Christophe
(à l’unisson) — Essentiel !!!

Que pensez-vous du « retour » en force du vinyle, face à la dématérialisation de la musique et de sa distribution ?
Cyril Ha bon ? c’est encore le retour en force du vinyle, on entend ça tout les 3 ans, on en fabrique certes mais est ce que les gens les achètent ? Nous, on a toujours été des adeptes de la secte vinyle donc c’est plutôt bien que ça revienne en force, et c’est plus sympa comme surface visuelle
Christophe On fait des vinyles depuis nos débuts en fait ! On a toujours été fans de pochettes cartonnées et colorées !

 

ARTWORK

Comment avez-vous envisagé cette nouvelle collaboration sur la pochette du Super Homard ?
Cyril
On l’a envisagé sous l’angle de l’apéro (angle droit), on discute autour d’un verre, Christophe avait envie d’un visuel assez minimaliste, Lorène (alias Kimi Kimoki), sa compagne qui est illustratrice, avait fait une veille d’affiche rétro japonaise et de couvertures de bouquins scientifiques, et on a tchatché autour de cet univers visuel un peu technologique-rétro-pop.
Christophe Je savais déjà pendant que je faisais le disque que Cyril en ferait la pochette. Même le nom de SuperHomard vient du nom du label/studio que nous avons créé ensemble avec des copains pour sortir certains disques de nos autres projets (Pony Taylor par exemple). Ce nom date aussi de l’époque des Strawberry Smell, il est tiré du nom d’une boite de nuit pop dans le film 60’s « Ne Nous Fâchons Pas » dont le thème musical a été le premier morceau que nous avons appris à jouer.

Pouvez-vous résumer l’intention du disque et de la pochette ? Le visuel principal, comment l’avez-vous construit ?
Cyril
J’ai proposé quelques pistes graphiques, re-apéro, puis on fait un mixe de deux pistes qui plaisait à Christophe, une hyper épuré avec seulement un motif vintage et une plus chargée (qui pour moi correspondait mieux à la musique assez sophistiquée du Superhomard), et Kimi a réalisé les illustrations additionnelles, pour habiller l’intérieur.

Illustration © Kimi Kimok / Artwork © Cyril Pooley

Illustration © Kimi Kimok / Artwork © Cyril Pooley

Cyril, selon toi, la pochette doit-elle être une véritable réflexion sur la mise en image de la musique où une démarche purement artistique ?
Cyril
Parfois l’un, parfois l’autre, parfois les 2 ensembles. Ca me plait bien parfois de faire des pochettes, par exemple pour des groupes purement sixties, qui s’inspirent gravement de l’univers visuel des pochettes sixties, des clichés type EP américain. Il y a beaucoup de groupes qui ont déjà une vision de l’ambiance qu’ils veulent sur leur pochette, ce sont des artistes aussi, ne l’oublions pas.
J’ai fait des pochettes de Death Metal, (si, si !), autant dire que les codes étaient imposés.

« Parfois je trouve que ça peut être bien si tous les groupes du label sont assez proches niveau style, comme chez le label Ghostbox de Julian House » — Christophe

Pensez-vous qu’un label doit avoir un univers visuel et graphique qui lui est propre ?
Cyril
Je dirais non, il me semble que c’est l’univers du groupe qui prime. Par contre, je suis un fan absolu (que Jimmy et Janis m’en soient témoin) du Fillmore Auditorium à San-Francisco où les graphistes résidents ont créé un univers visuel propre au lieu, au travers des posters des groupes qui y jouaient.
Christophe Parfois je trouve que ça peut être bien si tous les groupes du label sont assez proches niveau style, comme chez le label Ghostbox de Julian House (un graphiste designer anglais cultissime).

Christophe, quelles sont tes attentes vis à vis de la personne avec lequel tu collabores sur une pochette ? Un bon apéro ?
Christophe
Avec des cacahuètes, très important les cacahuètes ! Plus sérieusement, être sur la même longueur d’onde que le designer. Avec Cyril c’est comme quand on joue de la musique ensemble, on se connaît tellement bien qu’on a même plus besoin de se parler en fait !

Artworks by Cyril Pooley

Artworks by Cyril Pooley

 

HALL OF FAME

Quels sont le ou les éléments (images, typographies, message…) qui font une bonne pochette?
Cyril Pour moi, une belle photo et un bon choix typo suffisent souvent à faire une belle pochette.

 

LE TOP 5 (DES PLUS BELLES POCHETTES)

Cyril

The Strawberry Alarm Clock – Incense And Peppermints
The Who – Sell out
Cotton Comes to Harlem – B.O.F (toutes les pochettes des B.O de Blaxploitation en général, avec composition illustrée)
Cucumber – The French Job  (auto-promo, j’en suis fier, j’y ai mis mes trip(e)s)
Chicago – (pour la série complète de pochette déclinée sur la même base)

Disocrama_Top5_SuperHomard
Christophe
Je rajouterai aussi :
The Strawberry Smell – Odorama  (auto promo bis mais une super belle pochette quand même !)
Stereolab – Dots and loops
The Music Machine – Turn On

 

Plus d’informations sur l’univers de Christophe et de Cyril :
www.facebook.com/lesuperhomard
www.facebook.com/Pony-Taylor
« Ne nous fâchons pas avec Le SuperHomard » (Soul Kitchen)
« Pooley, Cucumber, Cyril Jean » (Ave The Sound)

 

« Maple Key » —Le Super Homard (2015)

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